Publié dans Cinéma

Festival international du cinéma d’auteur à Rabat : 21 au 30 juin 2008

 

Ca y’est, on est parti pour la 14e édition du festival du film d’auteur de Rabat, présidé par Andrzej Zulawski, dont les films « L’amour braque », « Mes nuits sont plus belles que vos jours » et « Chamanka » sont des petits bijoux. J’ai découvert cet événement il y a deux ans grâce à Wadii Charrad, étudiant à COM’SUP à cette époque et passionné de cinéma, et grâce à Hammadi Guerroum, qui dirige ce festival et qui a emmené quelques élèves pour participer au visionnage des films et aux leçons de cinéma. C’est génial d’avoir quelque chose de cet ordre là au Maroc. Un festival avec des films d’auteurs, en VO sous titrés en français et qui ne sont a priori pas pour le grand public, mais que l’on présente gratuitement dans les principales salles de ciné de Rabat. C’est génial de pouvoir entrer sans invitation, qui que l’on soit, et de regarder tous ces films. Ca, c’est formidable et il faut féliciter l’initiative. Il y a deux ans j’y suis allé juste comme ça, par curiosité. J’étais aussi pris par mille et une choses et je n’ai pu y voir que quatre films. « Negah » (Le regard), film iranien racontant l’histoire d’un retour au pays. « Attente », du réalisateur palestinien Rashid Masharawi. Inspiré par l’histoire vraie de la construction d’un théâtre en Palestine financé par l’Union Européenne et détruit par les bombardements israéliens (ce qui au passage complexifie sacrément la thèse du complot sioniste soutenu par l’Occident), le film raconte la quête initiatique d’un metteur en scène palestinien qui traverse le Liban, la Syrie et la Jordanie pour faire un casting. Tout comme « Intervention divine », il nous fait prendre conscience de la gravité du conflit israélo-palestinien à travers le quotidien des arabes qui le vivent. Les deux autres films vus font partie du cinéma égyptien contemporain. Il s’agissait de « Al Ichkou wa al hawa » (Passion et amour) et « Damou al ghazal » (sang de gazelle), dénonçant les ravages du fondamentalisme religieux en Egypte. Ce dernier film est avec Mouna Zaki et Yousra, qui étaient présentes ce jour là dans la salle archi pleine du cinéma 7e art et qui se sont prêtées avec beaucoup de gentillesse à une séance photo et autographe avec les fans. Mais c’est surtout l’année 2007 que nous avons découvert ce festival et que nous avons pu nous imprégner de l’atmosphère qui règne dans ses différentes salles. Nous y avons vu 8 films et non plus 4. On y a consacré les deux week end et quelques soirées en semaines, aux séances de 22heures. Le premier week end, nous avons commencé gentiment avec « Nuages de mai » du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan (connu pour son formidable « Uzak » et « Les climats ») dans la salle du 7e art, où l’on regarde le film assis dans des fauteuils rouges confortables et avec un public ultra silencieux (on entend les mouches voler) et ensuite on a filé au Royal, l’autre cinéma de Rabat, qui se trouve juste à côté, pour y voir « What a wonderful world » de Faouzi Bensaïdi. Mais là c’est un autre type de salle, un autre public, une autre ambiance. Au Royal, on est plus dans l’atmosphère vieux cinéma de quartier (ça a son charme), avec des vieux fauteuils un peu durs et surtout une salle comblée, très bruyante. Le public est d’une autre nature. On est moins dans le style costume, jeunesse estudiantine type école privée ou bien décolleté et jean taille basse des jolies filles du 7e art (je ne parle même pas du gratin qui va au théâtre Mohamed V pour assister à la projection du film de l’inauguration). Même s’il faut bien insister sur l’homogénéité et la complexité des différents publics qui constituent une salle de cinéma, on voit plus au Royal les classes moyennes, les gens non cinéphiles, les étudiants (mais plutôt de la fac), les gens des bars d’à côté, les jeunes qui viennent s’amuser. C’est à ce niveau que le festival du film d’auteur de Rabat est génial. On y voit un pluralisme, une multitude de style de vie, une richesse, une société composite. Parfois, on voit aussi des rencontres entre ces gens très différents qui peuplent le Maroc, comme le soir où le Royal passait en avant première «La fiancée errante » de Ana Katz. Il y avait dans la salle des gens en jeans et chemise côte à côte avec ceux vêtus de djellaba, des jeunes et des moins jeunes. Des femmes occidentales d’une quarantaine d’année style très libérale pouvaient côtoyer ces petits jeunes marocains en t-shirt moulant et aux pectoraux nourris par le body building, un peu macho, plus bête que méchant, qui draguent les filles comme si elles étaient de la merde, et elles ont su très bien les remettre à leur place. Toutefois, à tort ou à raison, les clivages sont très forts. Le public du 7e art n’est justement pas celui du Royal et que ceux qui vont au premier cinéma vont rarement au 2e et vis et versa. Au 7e art, c’est plus la discipline, le sérieux, les gens silencieux à fond dans le film et gare à celui qui dérange, il est pris à parti par toute la salle. C’est bien aussi qu’il y ait cela. De plus, pour l’étranger que je suis au Maroc, il est plus facile pour moi d’ouvrir des dialogues avec des gens à la fin des projections, notamment en français. On sent plus de sociabilité, de dialogue. Au Royal, tout un ensemble de barrières sociales empêche bien souvent les contacts spontanés avec ceux que l’on ne connaît pas mais c’est plus ludique, c’est moins discipliné. Il y a ceux que cela dérange mais pour ce qui nous concerne, du moment qu’il y a les sous titres c’est pas gênant. C’est bien qu’il y ait les deux styles d’ambiance. C’est ce pluralisme qui à notre sens fait la grande richesse du festival Au Royal, il y a ceux qui applaudissent dès que le générique apparaît, qui commentent à haute voix le film, qui répondent au téléphone, qui fument une clope pendant la séance, qui mâchent des graines de courge bruyamment, qui sont là en couple pour trouver un peu d’intimité sur les fauteuils situés aux extrémités de la salle et échapper au regard oppressant de la société. Le jour où ils ont passé « The only journey of his life » du réalisateur grec Lakis Papastathis, film d’auteur très complexe et compliqué mais qui était regardé par un public familiale et jeune, on a vu deux filles se lever et danser le long de l’allée sur le rythme d’une des chansons grecques du film et sous les applaudissements de la salle. C’est ça l’ambiance festival film d’auteur au Royal et pourvu que l’on y retrouve la même chose cette année. La pire des choses seraient la répression et le rappel à l’ordre moralisant de cette belle spontanéité. Si l’on prétend sensibiliser au cinéma le public des gens vivant au Maroc, en faisant ce type d’événement, il faut alors laisser à ce même public la possibilité de s’approprier les films de la manière la plus libre qu’il soit possible d’envisager, en respectant dans un cadre éthique la pluralité des pratiques de visionnages des uns et des autres. Mais revenons encore aux films vus. Outre le fait qu’ils sont de qualité (mais trouver que les films sont de qualité est une question de goût), ils ont surtout l’avantage d’être cosmopolite et là encore, cela constitue l’une des richesses du festival du film d’auteur de Rabat. On y voit des films marocains, turcs, grecs, égyptiens, français, belges, roumains, qui ont de plus participé à des festivals prestigieux tels que Cannes ou Le Caire…On y a vu par exemple le très beau film « California Dreamin » de Christian Nemescu montrant à travers la rencontre tragique entre un casque bleu américain et une jeune roumaine l’urgence qu’il y a à cultiver le cosmopolitisme et le respect mutuel en notre monde. Le meilleur moment du festival a été pour nous le vendredi qui a précédé sa clôture. Déjà c’était le début du week end. On arrive à Rabat pour la séance de 18h et on voit un petit bijou au 7e art, « Nu propriété » de Joachim Lafosse avec Isabelle Huppert et Jérémie Renier. Le film raconte l’histoire d’une mère divorcée qui n’est jamais arrivée à rompre le lien ombilical avec ses deux enfants qui vont le lui faire payer au cours de leur adolescence, au moment où elle décide de vendre la maison commune et de refaire sa vie avec un autre homme dont elle est amoureuse. Une fois le film terminé on a filé à médina, à dix minutes à pied du cinéma, et on est allé prendre un sandwich à emporter chez TBIB, un endroit pour connaisseur où l’on y fait des très bonnes merguez, que l’on a descendu vite fait avec une bière dans l’un des bistrots mal famés juste à côté des cinémas. A 20heures, on était au Royal pour voir «La fiancée errante », dont on a parlé plus haut et auquel on a pas du tout accroché. A 22 heures, on était au 7e art (les deux cinémas sont vraiment à 5mm à pied l’un de l’autre) pour voir notre palme d’or à nous du festival, à savoir le film de Marie Helia « Microclimat ». C’est l’histoire d’une famille bretonne qui se réunit pour la venue de l’une des filles qui fait ses études à Paris et qui vient présenter son fiancé. L’intérêt du film est dans la psychologie des personnages, tous très profond et qui derrière leur côté drôle ont chacun aussi leur part de souffrance. La direction des acteurs est fortement marquée par le théâtre d’improvisation et cela constitue un atout majeur, notamment lors d’une des scènes finales où tout le monde, notamment le père, pète radicalement les plombs et termine le repas quasiment d’une manière bestiale sur le fond d’une image qui vire à la couleur verte. On est parfois très proche des scènes familiales de « Two days in Paris » de Julie Delpy. Voilà, comme vous pouvez le voir, le festival international du cinéma d’auteur à Rabat, c’est génial. Alors que sera l’année 2008 ??? On en parlera la semaine prochaine dans un prochain article

 

            Jean Zaganiaris, Enseignant à COM’SUP et Coordinateur pédagogique du 1er cycle.

 

 

Pour plus d’infos sur les programmes de l’édition 2008 et sur les films, voir les liens suivant :

 

 http://www.rabatfilmfestival.org/

http://www.evene.fr/culture/agenda/festival-international-du-cinema-d-auteur-de-rabat-18667.php

 

                        

Un commentaire sur « Festival international du cinéma d’auteur à Rabat : 21 au 30 juin 2008 »

  1. Dis-moi, tout ça me donne très envie de découvrir ce festival de cinéma. Peut-être pour l’an prochain ?

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