Publié dans Littérature

Le cosmopolitisme de Nikos Kazantzakis

Il fut un temps où je disais : celui-là c’est un Turc, un Bulgare, celui-ci un Grec. J’ai fait, moi, pour la patrie, des choses qui te feraient dresser les cheveux sur la tête, patron. J’ai égorgé, volé, brûlé des villages, violé des femmes, exterminé des familles. Pourquoi? Sous prétexte que c’étaient des Bulgares, des Turcs. Pouah! Va-t-en au diable, salaud, que je me dis souvent en moi-même en m’engueulant. Va-t-en au diable imbécile! Maintenant voilà ce que je me dis: celui-ci, c’est un brave homme, celui-là un sale type. Il peut bien être Bulgare ou Grec, je ne fais pas de différence. Il est bon ? Il est mauvais ? C’est tout ce que je demande aujourd’hui. Et même ça, maintenant que je vieillis, je te jure sur le pain que je mange, il me semble que je vais commencer à ne plus me le demander. Mon vieux, qu’ils soient bons ou mauvais, je les plains tous. Quand je vois un homme, même si je fais celui qui s’en fout, ça me prend aux tripes. Voilà, que je me dis, ce malheureux aussi mange, boit, aime, a peur; lui aussi il a son Dieu et son diable »

 

                                N. Kazantzakis, Alexis Zorba  

Comme nous pouvons le voir dans la citation ci dessus, les thèses deNikos Kazantzakis, l’écrivain grec connu pour ses romans « Alexis Zorba » et « La dernière tentation du Christ », sont en faveur d’un monde cosmopolite, capable de transcender la folie des nationalismes de toutes sortes. C’est au nom de ces derniers que bien souvent on tue et on méprise celui qui n’est rien d’autre que notre frère humain. Les cultures, les nations, les mythes, les traditions enferment les individus dans ces « voiles épistémologiques » dont parle Gaston Bachelard. Ils font passer pour « naturel » ce qui n’est que « culturel ». Avant d’être enfermés dans les frontières artificielles de la nation ou de telle ou telle culture nous imposant malgré nous ce que nous devons être ou penser, les individus sont des êtres humains, composés de chair, de sang, d’affects et de désirs. Le reste est quelque chose d’artificiel qui s’impose arbitrairement à nous et nous donne l’illusion de l’idendité. Bien sûr, on peut comprendre que suite au colonialisme ou bien face à une mondialisation qui a pour vocation d’imposer un impérialisme culturel, certains cherchent à construire une « identité » qui soit propre à une nation, à un territoire ou à un peuple. Toutefois, le danger est d’ occulter derrière des idéologies monistes, des injonctions prescriptives ou des stéréotypes ce qui relève de l’hybridité, du métissage, de la symbiose. Comme le disait Edward Saïd dans « Culture et impérialisme », aucune culture n’existe à l’état pur. Toutes sont mélangées, hybrides, métissées. Les individus qui les constituent peuvent être tentés par le communautarisme, le nationalisme comme ils peuvent souhaiter s’orienter vers les multiplicités, les échanges, les mixités, les métissages. Comme le dit Kazantzakis, il faut laisser la liberté aux gens de choisir. Nombreux sont ceux qui composent leur propre existence (je n’ose parler de personnalité) à partir d’un ecclectisme qui leur est propre. Pour ma part, je pense être dans cette seconde nébuleuse de l’existant. Je suis né aux Etats Unis, d’origine grecque, naturalisé français et vivant au Maroc. Je crois au cosmopolitisme, à la diversité, au pluralisme. Cela n’implique pas que je sois relativiste et qu’il n’y a pas certaines attitudes que je peux trouver discutables. Mais cela relève plutôt d’attirance ou de répulsion vis-à-vis d’êtres humains singuliers et non pas de rejet de toute une nation ou d’une catégorie entière d’individus. Plutôt que plaider pour la pluralité des cultures, je crois surtout à la diversité des gens évoluant au sein de ces cultures. Celles-ci ne doivent jamais aboutir à ces monismes dogmatiques nuisant à l’épanouissement des individus, en les privant de leur liberté négative, c’est-à-dire d’espace au sein desquels personne n’a le droit de s’immiscer pour nous obliger à choisir. Ce que l’on fait au nom de telle ou telle religion dans le monde me semble parfois inadmissible. On enferme la pluralité de la vie dans des monismes transcendants. On dit aux gens qu’ils sont juifs, chrétiens ou musulmans et que donc ils doivent obligatoirement faire ceci ou cela. Pour reprendre les mots de Gilles Deleuze, les hommes oublient que c’est Dieu qui les a crées et se mettent à créer Dieu, à partir de leurs lectures privées et personnelles des textes religieux. A ceux qui parlent de Judaïsme, de Christianisme et d’Islam, nous répondons que nous ne croyons qu’aux judaïtés, aux chrétientés et aux islamités, c’est-à-dire à la pluralité de la vie. La vocation des cultures n’est pas d’homogénéiser le corps social en brandissant tel mythe unificateur outel morale dogmatique. S’il existe plusieurs cultures (et non pas plusieurs civilisations), je crois dès lors à la liberté dont dispose (devrait disposer) chacun des individus évoluant dans telle ou telle société .

Quelquesliens pour découvrir Nikos Kazantzakis

http://www.evene.fr/celebre/biographie/nikos-kazantzakis-6300.php (bref ; y’a quelques citations sympas, notamment sur son rôle de prof, qui sait se changer en pont et aider ses élèves à le franchir). En effet, pour Kazantzakis, le prof n’a pas pour rôle d’apporter un savoir dogmatique aux élèves mais plutôt de les amener à un stade de liberté où ils seront capables de penser et de sentir par eux-mêmes. Toutefois, comme semblent le montrer les pages de sa lettre au Greco, Kazantzakis est de ce point de vue plus proche de Nietzsche (ou du Gide des Nourritures terrestres) que de Kant)

http://www.theplaka.com/literature/kazant.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis

http://www.bookrags.com/biography/nikos-kazantzakis/

sur La dernière tentation du Christ, voir http://scepticismescientifique.blogspot.com/2008/03/la-dernire-tentation-du-christ.html

 

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