Publié dans Cinéma

Un hymne au pluralisme : les « American pie »

L’expérimentation nous fait sortir du surcodage de tous ces énoncés tyranniques qui, dès notre enfance, s’ancrent dans notre chair et notre esprit. L’inconscient est une substance à fabriquer et non pas quelque chose que l’on doive enfermer dans des symboles, dans des dogmes. Il s’agit d’un espace social et politique à conquérir, à travers les connexions et les agencements que nous pouvons produire. Dans la série des American Pie, tous les rapports d’intimité qui viennent conclure la grande soirée de beuverie sont l’occasion pour chaque protagoniste d’expérimenter librement une infinité de plaisirs, de fantasmes, de sensations. Les personnages peuvent être à deux, à plusieurs, faire l’amour avec des gadgets (le 5e épisode va très loin dans ce domaine) ou devant des films pornos, avec des partenaires du même âge ou bien d’un âge différent (Finch et la maman de Stifler), avec des gens du même sexe, de sexe différent (voire assumant une certaine bisexualité, comme le montre le 2e épisode). Ils échappent l’espace d’un instant à toutes les conventions. On est par-delà tout normativisme moralisateur à connotation religieuse (plaidant contre les pratiques sexuelles hors mariage) ou machiste (réduisant le désir à la simple question de savoir si l’homme « s’est fait » la femme). Dans un même espace, il y a la co-existence de ceux qui vont avoir des relations sexuelles sans aucun sentiment (pure sensation charnelle) et ceux qui décident simplement de passer le reste de la nuit l’un dans les bras de l’autre (pur amour platonique, à l’image du footballeur romantique et de la chanteuse du 1er épisode). Il n’y a pas de norme majoritaire, d’étalon de mesure, de bonnes manières de faire. Juste des singularités, des différences, des devenir, des modes d’expérimentations. Ces derniers sont la sève du pluralisme et nous montrent que « les multiplicités de la production désirante peuvent faire sauter les formes sociales dominantes et majoritaires ». Les multiplicités sont ces flux qui échappent aux transcendances qui empoisonnent la vie. Leur existence est liée au respect des libertés fondamentales auxquelles chaque individu a droit, que cela ait trait à son corps ou sa conscience.

Sans doute l’un des plus grands combats qu’il reste à mener est celui de la reconnaissance de cette pluralité sociale dans un monde où des discours normatifs tentent de détruire, y compris par la violence physique, la diversité des modes de vie et de pensée.

G. Deleuze, F. Guattari, L’Anti-Oedipe, Paris, Minuit, 1972, p. 138.

 

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Un commentaire sur « Un hymne au pluralisme : les « American pie » »

  1. Bienvenue sur la Blogosphère, Lytter ! 🙂
    J’aime l’idée de mélanger la culture populaire à des réflexions exigentes et complexes. Ne pas être intimidé par les hiérarchies qui nous emmerdent la vie, sans pour autant tomber dans les discussions de bistrot (on a rien contre les bistrots).

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