La voie humide de Coralie Trinh Thi

septembre 28, 2009 par lytter

L’ouvrage de Coralie Trinh Thi « La voie humide » est superbe d’un double point de vue. Tout d’abord au niveau de la forme. Les illustrations, que ce soit la photo de Coralie ou bien les tarots, sont très belles. Les citations, dont beaucoup font référence au Cure ou à Sister of mercy, sont également très pertinentes. Ensuite, au niveau du fond. Les aspirations libertaires de Coralie, racontant ses expériences, que cela soit comme punkette anarchiste en train de se chercher, comme actrice du porno, comme précaire du système néo-libéral, comme passionnée de musique et de concert de groupes alternatifs, comme co-réalisatrice avec Despentes de « Baise-moi », comme amoureuse toujours déçue, passant dans un style à la Bridget Jones ou à la nouvelle Eve (Karin Viard) d’une aventure à une autre (son morale est remonté à bloc par Jodorowski). Tout cela est – pour reprendre une formule que Deleuze appose à la pensée de Proust- une toile d’araignée où tous les points, les angles, les lignes de bifurcation se regroupent autours du principe de liberté, liberté d’être soi, sans culpabiliser et sans avoir à se justifier face aux autres.

 

En effet, ce livre est un plaidoyer pour les idées libertaires et pour le pluralisme des modes de vie et de pensée. L’ombre de Proust, de Baudelaire tout comme celle de Rimbaud sont présentes dès les premières pages du livre, où Coralie parle du rapport entre les expériences de la vie, le dérèglement des sens et l’offrande des corps à quelque chose qui les dépasse (p. 11). La littérature, la philosophie, les lectures ne sont pas pour elle des moyens de s’évader, de fuir la vie mais au contraire des « mondes » permettant de « voir » et de « comprendre » la réalité avec une conscience élargie : « Ce que je lis existe autant pour moi que ce que je vois, ou vis » (p. 22). On sent d’ailleurs un vif intérêt pour la littérature du XIXe, dont le livre importe les principales thématiques dans un monde contemporain où vibre la musique des Cure et Joy Division : «  Le XIXe siècle m’hypnotisait. Le mal de vivre, l’absurdité du monde, l’effondrement des valeurs religieuses et morales, de l’amour et de l’esprit même, l’exploration des passions et des sens par les drogues et le sexe…Les romantiques parlaient la même langue que moi » (p. 49). Livre aussi très marqué des idées de Nietzsche, notamment de la Généalogie de la morale plaidant pour aller par-delà le Bien et le Mal (p. 272-273). C’est bien le plaidoyer pour le pluralisme des modes de vie libertaires et immanents qui est le fil conducteur de ces 781 pages, écrite comme un exorcisme, comme une volonté de faire sorti presque en un jet quelque chose de sombrement lumineux, enfoui dans un coin reclus de l’âme. La liberté de choisir (si chère aussi à Isaiah Berlin), de croire et d’adhérer à des valeurs qui sont les nôtres au lieu de se les voir imposer par autrui (idée aussi très chère à Virginia Woolf), d’aller vers les pratiques qui sont les nôtres et non celles du groupe, que ce soit dans le domaine des goûts artistiques, des engagements politiques ou de la sexualité. Cela ne veut pas dire d’aller vers un individualisme autarcique. Coralie précise bien que « plus je me nourrissais de nouvelles influences, plus je pouvais devenir moi » (p. 71). Il s’agit plutôt « d’expérimenter », au sens que Deleuze donne à ce terme, des états de fait, des situations face auxquels on est confronté.

 

 

 

 

Cette expérimentation conforte et construit de manière immanente ce que sera notre personnalité, et empêche que ce soit les autres qui le fassent à notre place, notamment quand on passe de l’embrigadement scolaire à l’embrigadement du monde professionnel sans avoir pris le soin de se demander qui on est et qu’est-ce que voudrait faire. Coralie revient avec beaucoup de lucidité sur son engagement adolescent et sur son look punk : «Mon apparence provoquait toujours autant d’intérêt. Je ne m’en formalisais pas. Un look n’est pas un simple caprice d’adolescent. Affronter les regards ironiques des autres demande beaucoup de courage. C’est sans doute la première manifestation contrôlée de sa différence. Bien que le jeune ait une fâcheuse tendance à être différent à plein – affirmer sa singularité …en copiant un modèle ! – il affirme ainsi ses convictions musicales, culturelles ou politiques…Un look extrême implique certainement une âme bien trempée. Et l’âme reste fixée dans le corps, bien après la disparition du look». Cette expérimentation a lieu aussi dans le domaine de la sexualité et du corps. Coralie raconte ses expériences dans le porno, où elle découvre ce que signifie être en contact avec un ou des corps devant une caméra. Les passages, s’ils ne tombent pas dans l’amertume et dans la noirceur d’une Rafaëlla Anderson, semblent néanmoins verser parfois dans une certaine romantisation. Ok, on peut adhérer à la déshomogénisation du porno. Il est faux de dire que pour le porno, on en a vu un on les a tous vu. Coralie montre qu’il y a des différences entre les films de John B. Root, Andrew Blake et John Love. Le porno, c’est comme les westerns peut-on dire : les westerns de John Ford avec John Wayne sont différents de ceux de Sergio Léone avec Clint Eastwood. Ok, ça on rejoint. Par contre, on  a du mal à suivre les narrations de Coralie parlant de ses orgasmes sur les plateaux de tournage et de l’éclate, voire de l’excitation, que l’on ressent à s’exhiber (type p. 140 etc). De ce point de vue, on est plus convaincu (intellectuellement parlant) par les écrits d’Ovidie à ce sujet dans son Porno Manifesto, où on voit une véritable objectivation du métier de hardeuse digne d’un mémoire de recherche universitaire. Mais peu importe. D’ailleurs, on suit entièrement Coralie dans les pages 158 et suivantes, où elle insiste sur la nécessité de confronter la réalité de l’acte avec les représentations que l’on sent fait. Tout comme on peut être intéressé par les critiques qu’elle adresse au milieu, notamment lors des derniers tournages. L’essentiel n’est pas de discuter ce qui nous semble réel ou pas. Pour nous, ce qui est marquant c’est ce plaidoyer pour la liberté d’être soi (p. 492), c’est cet amour pour la liberté et le pluralisme, qui fait voler en éclat toute idée de « tolérance » : «Je n’aime pas ce mot. J’étais ouverte. En grand. La tolérance, c’est un truc de tafiole qui se pose en juge, mine de rien. Je ne voulais pas tolérer les différences des autres, j’espérais les aimer. Et rien de ce que je faisais n’était mal, je ne transgressais que des interdictions morales. J’étais contre la morale. » En même temps, être contre la morale ne signifie pas pour Coralie n’avoir aucune éthique. Voilà sa réponse à un de ses potes qui lui reproche d’être trop tolérante et de tout accepter au nom de la liberté sexuelle : « J’étais choqué par ces amalgames : bien sûr que non j’étais contre la pédophilie ou la zoophilie. Si je n’avais aucune limite morale, j’avais le respect de l’autre – et de moi-même. Tous les actes sexuels librement consentis entre majeurs devaient être respectés. C’est si évident pour moi ! […]  Pour la scatologie, je trouvais ça ignoble, et je ne le ferai jamais. Mais si d’autres jouissent de se faire caca dessus, je n’avais rien à y redire, du moment qu’on ne m’obligeait pas à le faire. Cela s’appelle la liberté sexuelle. ». Son interlocuteur la critique vivement là dessus : «  Je ne me rendais pas compte, la liberté sexuelle c’est n’importe quoi, est-ce que j’imaginais sérieusement un monde où tout le monde baiserait avec tout le monde, tout le temps ? Lui n’en voulait pas. J’étais effondrée : les gens ne comprenaient même plus ce qu’était la liberté, ils ne la concevaient que comme une obligation de faire l’inverse […] Il semblait convaincu de ce qu’il disait. Il fallait que la loi soit tyrannique parce que les gens passeraient ses limites» (pp. 179-180 ; voir aussi pp. 303-306 et pp. 414-416). Voilà à quoi s’oppose Coralie, à cette tyrannie moralisante qu’un certain nombre de personne exerce sur les autres, au nom d’une vision moniste et réductrice de la liberté, de la morale, de l’ordre, des valeurs. Ces gens là sont la plaie de toute société (d’autant plus qu’ils sont souvent majoritaires) car ils empêchent le pluralisme (même un pluralisme éthique et non relativiste) d’exister. Coralie explose très pertinemment les théories anti-porno de certaines féministes qui ont une idée figée et normative de ce qu’est la dignité de la femme, en parlant avec condescendance de ce qu’est le respect : « Le seul respect est le respect du choix de l’autre. Sans jugement : car c’est le comble de la stupidité et de la prétention, de se croire plus apte qu’un autre à juger ce qui est bon pour lui. On peut se moquer du sens de la dignité de cet autre, tant qu’on a pas compris que la seule dignité est dans la fidélité à soi-même…et que pour cette raison il n’y a pas deux dignités identiques. Ceux qui se croient dignes parce qu’ils respectent la morale dominante sont loin de l’être à mes yeux. Confier sa dignité à la morale dominante, n’est-ce pas se soumettre aux normes culturelles, au prêt-à-penser, à la pression sociale ? » (p. 272, voir aussi p. 344).  

 

Coralie insiste sur le rapport entre subjectivité et réalité (p. 86, p. 221) : la réalité sociale, que cela touche à la morale ou aux normes, est perçue à travers une hétérogénéité de subjectivité qu’il s’agit de laisser libre d’avoir leur propre vérité sur les choses (en dehors de toute volonté d’encodage normatif diraient Deleuze et Guattari, dont Coralie est très proche à ce niveau). Comme l’avait dit Nietzsche, la culpabilité est notre plus grand ennemi, notamment la culpabilité que nous fait ressentir la pression sociale (p. 321). D’ailleurs, croire au Bien et au Mal ne rend pas forcément bon et n’implique pas que l’on soit en paix avec soi-même. Il est effarant de voir la hargne, la persévérance, voire la haine, avec laquelle tous les prescripteurs de morale se battent pour imposer publiquement leur vision, y compris par la force, la violence et le meurtre. Coralie parle de la croisade que l’on a mené contre le film « Baise moi », tiré du roman de Despentes (p. 507 et s, voir surtout pp. 526-529) : « Il fallait rester debout. Même dans la boue qu’on nous jetait au visage. Si nous n’avions pas été deux, si unies, nous n’aurions jamais tenu la pression. Je répétais sans cesse : Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort » (p. 513).

 

Le livre de Coralie est profondément deleuzien. Il va très loin dans l’immanence inhérente à la vie, à travers laquelle une liberté de choix peut réellement exister. En écrivant sur lui, on a plus voulu dire ce que l’ouvrage nous a fait, lorsqu’il est venu se « brancher » avec la singularité de notre vie à nous, que de chercher à l’expliquer ou dire comment il aurait dû être écrit (p. 713, où là encore on trouve quelque chose de proche de Deleuze).    

Jean Zaganiaris           

L’étrange festival – Paris 2009

septembre 16, 2009 par lytter

 

Gros week end à Paris, avec notre ami Nicolas NSB, qui vient de finir son nouveau court métrage (nous en parlerons lors d’un prochain article). Entre conférences (je garde un super souvenir du 10e congrès de l’association française de science politique à Grenoble) et visite à la famille, on a eu le temps d’aller voir des films le soir au Forum des images. On avait déjà préparé le terrain, à la maison, pour être bien dans l’ambiance du cinéma bis de l’Etrange festival. On s’est fait quelques films comme le génial “L’autre enfer” de Bruno Mattei et Claudio Fragasso, filmant l’enquête d’un prêtre détective (Da Vinci code n’a rien inventé) dans un couvent où des nonnes se font trucider. On a vu aussi de bons films fantastique ou horreur du style “nightmare à dayton beach”, “dementia 13″ (le premier film de Coppola datant de 1963), “la morsure de la veuve noire” (avec Coralie) ou “Butcher boy” de Neil Jordan, sans parler de “Baise moi” de Virgninie Despentes et Coralie, petit bijou du film noir adapté du roman trash et avec une BO d’enfer. Bon, vendredi soir, on a bien commencé avec “Amoklauf” (1993) de Uwe Boll (Bloodrayne, Postal). Le film, vu dans la salle 50 (petite salle avec datacho), raconte l’histoire d’un serial killer prôche de l’insensibilité de “L’étranger” d’Albert Camus, avec un fond de Schoppenhauer. “Je tue des gens pour bien détruire tout espoir en moi, pour me dire que la vie ne vaut pas la peine d’être vécu”. Voilà le ton sur lequel démarre le film. Au départ,  je me suis dit que bon si c’est pour voir un truc morbide à connotation expérimentale c’était pas la peine. Puis ensuite le film prend une autre allure et j’ai beaucoup aimé. Y’a des scènes d’auto-dérisions, montrant le tueur en train de regarder à la télé une exécution public en mettant un fond sonore de jazz et faire suivre cela d’une émission style “Qui veut gagner des millions”. Ou bien la scène hilarante où il regarde un film x à la télé et où on sonne de manière insistante à la porte. Le type ouvre la porte sans se demander qui c’est, poignarde la fille qui tapait, puis la laisse mourir dans son salon, en prenant bien soin de remettre en place le tapis du salon et en regardant la fin du film. Bref, des idées pas mal. Ensuite on a vu “The proposition” (2005) de John Hillcoat, dans la grande salle 500, avec écran géant et super son. c’est un western sombre et violent, superbement accompagné par une BO de Nike Cave. Ensuite, on a fini avec ce qui est pour moi le coup de coeur de ce festival “Embodiment of evil” (2008) de José Monica Marins; un film de vampire brésilien complétement déjanté et bien gore. Des passages dans une athmosphère gothique (la scène avec la croix est superbe, tout comme les passages dans le caveau du vampire, avec une musique géniale). Il y a un superbe travail psychologique sur le personnage principal, le vampire vieillissant, qui revoit défiler sa vie, avec des spectres et des remords qui reviennent le hanter. Bref, de quoi nous faire apprécier la pizza qu’on s’est mangé à 1heure du matin près des Halles.

Le lendemain, pareil, 3 films. On a commencé par “Moon” (2009) de Duncan Jones, le fils de David Bowie, film de science fiction sans plus inspiré par “2001, l’odyssée de l’espace” de Kubrick. Après, Nicos NSB a vu “District 9″ en avant première et moi je me suis rabbatu sur ”Le cas de l’apprenti bourreau” (1969 ) de Pavel Juracèk, montrant une adatation des voyages de Gulliver dans une Tchécoslovaquie en proie à la tyrannie. Film superbe, en noir et blanc, avec une musique plannante. C’est est un beau mélange entre Fellini et Orson Wells. L’image de ce souverain, derrière lequel ne se cache que le pouvoir symbolique et non pas la force proprement dîtes, m’a bien plu. Et pour finir un film japonais “Osen la maudite” (1973) de Noboru Tanaka, qui a travaillé avec Immamura. Paysage et musique splendides. Même si le film aurait pu verser dans le drame (cela raconte l’histoire d’une geisha déchue qui sombre dans l’alcool et dans la prostitution de rue mal famée), on a quand même en prime une bonne petite touche d’humour. Là encore, on a bien apprécié notre pizza, après les projections, les ballades dans un Paris nocturne (“I love Paris) et les courses dans les boutiques de cd et dvd…vivement l’année prochaine !!!!

     

ALLEZ LE FUS DE RABAT

septembre 2, 2009 par lytter

Ca y’est, c’est parti la saison de football, que cela soit en France(allez l’OM!!!), au Maroc (allez le Raja !!!) ou en Grèce (allez Panathiakos !!!).

Cette année, dans le championnat marocain, je pense que l’on va aussi supporter le FUS de rabat. J’ai failli aller les voir samedi soir au complexe Moulay Abdellah. Du coup, j’ai vu le match à la télé et j’ai vraiment été conquis par leur jeu, par leur volonté, leur dynamisme, leur envie de briller face à un grand. D’ailleurs, ils ont ouvert le score et de plus, mené 2 buts à 1 par une excellente équipe du WAC, ils ont eu la volonté d’égaliser avant d’être battu 3 à 2 par un but encaissé à la 83e minute. Et même après ça, ils ont continué de se battre et de chercher le 3 à 3, notamment en nous gratifiant d’un beau coup franc.

Sur Arradia, hier soir, il y a eu des commentateurs inquiets quant au faible recrutement du FUS ; peut-être est-ce une stratégie de garder les joueurs qui ont favorisé la montée en L1, et compter sur les mécanismes et la solidarité du groupe (c’est ce qu’a montré la rencontre de samedi soir). De plus, comme le montre d’ailleurs le club de Boulogne sur mer dans le championnat français (voir le match vaillant qu’il a fait contre Lorient et contre St Etienne), les petits poucets peuvent procurer à leurs publics de sacrées sensations de football et arriver à de sacrées exploits.

On ira au stade pour voir cela et les supporter !!!! allez le FUS !!!!

pour des liens sur le FUS voir :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fath_Union_Sport_de_Rabat (il y a un bon historique)

http://www.fus.ma/

pour le calendrier du championnat marocain :

http://www.lequipe.fr/Football/FootballResultat27423.html

voilà ci dessus un article intéressant commentant la première journée du championnat par nos amis de Libération

L’exemple par le FUS et par Arriyadia : Réactions colériques et réflexions xénophobes

L’exemple par le FUS et par Arriyadia : Réactions colériques et réflexions xénophobes
Le professionnalisme de notre foot bien-aimé démarre sur les chapeaux de roue. Décidément, on ne fait jamais rien comme tout le monde. Le comble, c’est quand la déception vous est servie d’entrée par ce même club qui est censé servir d’exemple et montrer la voie du professionnalisme à tous les autres.
Si l’on a doté le FUS de Rabat d’autant de moyens et si l’on a mis à sa disposition, et à sa tête, tant de cracks, ce n’est sûrement pas pour qu’il permette à ses joueurs de gesticuler ou de protester à chaque coup de sifflet, ni à son entraîneur qui comme par hasard, fait partie du quatuor ( !) chargé du sort du Onze national, de gratifier les dix sept lois du football d’une interprétation bien à lui. Plutôt étonnant de la part d’un Ammouta pour qui le football ne doit pas avoir de secret. Que l’on ne s’empresse surtout pas de chercher à déceler quelque parti pris au profit d’un certain X ou au détriment de quelque Y. Sur ces mêmes colonnes, l’autre entraîneur, Baddou du WAC, n’a jamais été ménagé quand il trouvait un malin plaisir à charger l’arbitrage, chaque fois que le résultat n’était pas à son goût.
Le pire, on le doit à ce communiqué dûment signé par l’honorable comité du même FUS qui demande (ordonne ?) que l’arbitre Rouissi ne soit plus désigné pour ses matchs. Si cela le professionnalisme, alors, non, merci !
Et ce n’est pas non plus avec l’incorrigible « Arriyadia » et ses super-commentateurs ou consultants que l’on pourra s’approcher de l’objectif visé.
Pitié en cette rentrée sportive et en ce mois de Ramadan.
Que peut bien signifier « un but à 100% marocain, avec des pieds marocains, un talent et un génie marocains » ?
Qu’est-ce qu’il voulait bien insinuer le commentateur de service de ce même FUS/WAC, en disant d’Ammouta qu’il n’avait d’autre souci que de limiter les dégâts ?
Et ce consultant que l’on aimait bien du temps où il était joueur, mais qui, maintenant, se laisse aller vers des propos frisant la xénophobie et le racisme. Sinon, comment s’expliquer cette bourde qui l’a poussé à dire qu’« un entraîneur national a battu un entraîneur étranger » en parlant de la victoire de l’ASS face au KAC ? Et pourquoi a-t-il omis de parler de la défaite du « national » du WAF contre « l’étranger » du HUSA ?
Messieurs, arrêtons de continuer à tirer notre football vers le bas.
Mercredi 02 Septembre 2009
Mahmoud Adli

Libération Maroc : article sur le bouquin

juillet 21, 2009 par lytter

Nouvel ouvrage de Jean Zaganiaris :

Penser l’obscurantisme aujourd’hui

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le politologue Jean Zaganiaris publie un nouvel ouvrage intitulé «Penser l’obscurantisme aujourd’hui. Par-delà ombres et lumières » aux Editions Afrique Orient (Casablanca). Ce livre sur l’obscurantisme est un plaidoyer pour la pluralité des modes de vie et de pensée, dans un cadre humaniste. Il milite pour la diversité, la symbiose, l’ambivalence.

“Pour penser l’obscurantisme aujourd’hui, il ne faut pas croire qu’il existe en soi. Il ne s’agit pas de chercher une bonne définition ou une essence. L’obscurantisme n’existe que dans une perspective interactionniste. On est toujours l’obscurantiste de quelqu’un. L’obscurantisme n’existe pas sans des discours ou des acteurs sociaux, qui vont définir quelqu’un, personne ou groupe, comme étant obscurantiste. C’est « l’autre » qui nous définit comme étant « obscurantiste », en raison de nos paroles ou de nos pratiques, ou bien c’est « nous » qui désignons « autrui » comme « obscurantiste », si nous ne parvenons pas à accepter, voire à respecter sa différence », souligne l’auteur. Refusant de réduire son propos à l’opposition entre «Ombres » et «Lumières », ce dernier précise : « Les discours sur l’obscurantisme sont avant tout des pratiques sociales et non pas simplement une lutte acharnée entre le « bien », symbolisé par la pensée éclairée, par la raison, et le « mal », incarné par les préjugés, l’irrationalisme, l’idéologie.”

Pour Jean Zaganiaris, qualifier l’autre d’obscurantisme est tout d’abord une pratique sociale, aux composantes multiples. C’est pour cela que le politologue a voulu penser l’obscurantisme aujourd’hui à partir non pas d’une définition mais d’une opposition qui est celle entre “monisme” et “pluralisme”. « L’obscurantisme se retrouve dans les pratiques sociales qui refusent le pluralisme des modes de vie et de pensée existant et tentent d’imposer des vérités uniques, des dogmes, des moralismes religieux et non religieux. A ce sujet, comme nous l’avons dit dans le livre, il serait absurde de réduire l’obscurantisme à sa dimension religieuse, comme le font notamment les discours islamophobes. Il existe des formes d’obscurantisme non religieuses telles que la raison d’Etat, le machisme, le racisme, le capitalisme. Ce sont les jalons d’une réflexion sur tout cela que nous avons posés dans ce livre », dit-il.

 

Repères

Jean Zaganiaris est docteur en sciences politiques. Il est l’auteur de Spectres contre révolutionnaires, interprétations et usages de la pensée de Joseph de Maistre (XIXe-XXe siècles), Paris, L’Harmattan, 2006. Et avec Edwige Rude Antoine, Croisée des champs disciplinaires et recherche en sciences sociales, Paris, Presses Universitaires de France, 2005. Il enseigne à COM’SUP.

Je tenais à exprimer un grand merci à Alain Bouithy, qui était venu il y a trois ans aux conférences que j’ai données sur cette question et qui a ouvert avec moi un dialogue fructueux. L’interview faîtes dans le journal marocain  Libération montre qu’il a lu mon livre de près et je remercie ce grand journaliste très chaleureusement pour son intérêt à l’égard de mes travaux.

voilà l’interview en ligne : http://www.libe.ma/Entretien-avec-le-politologue-Jean-Zaganiaris-Il-y-a-des-formes-non-religieuses-d-obscurantisme_a4467.html

Entretien avec le politologue Jean

 Zaganiaris : “Il y a des formes non

religieuses d’obscurantisme”

 

Entretien avec le politologue Jean Zaganiaris : “Il y a des formes non religieuses d’obscurantisme”
Politologue, enseignant et coordinateur pédagogique
à COM’SUP, Jean Zaganiaris est aussi chercheur associé au Centre Jacques Berque et au CURAPP (Université Picardie Jules Verne). 
«Penser l’obscurantisme aujourd’hui.
Par-delà ombres et lumières» est l’intitulé de son nouvel ouvrage publié récemment aux Editions Afrique Orient. 

Libé : Vous travaillez depuis quelques années sur le thème de l’obscurantisme. A ce titre, peut-on considérer votre nouveau livre, « Penser l’obscurantisme aujourd’hui. Par-delà ombres et lumières» comme l’aboutissement de vos recherches ?

Jean Zaganiaris : C’est à la fois un aboutissement et un point de départ. Un aboutissement, car je travaille depuis près de dix ans sur ce domaine de recherche. J’ai soutenu en 2004 une thèse en histoire des idées politiques sur cette question, et je suis arrivé à la conclusion que ce n’est pas à partir de l’opposition Lumières/Contre-Lumières qu’il faut penser l’obscurantisme mais à partir de la dichotomie Monisme/Pluralisme. L’obscurantisme n’est pas ce qui rejette la raison éclairée, qui elle-même peut se mettre au service du despotisme de la raison d’Etat, mais ce qui empêche la pluralité des modes de vie et de pensée d’exister. J’ai donc envie de clore, peut-être provisoirement, ce champ de recherche et de passer à autre chose. En même temps, c’est aussi un point de départ. C’est le premier ouvrage que j’ai écrit au Maroc et qui entend ouvrir un dialogue interculturel avec la pensée marocaine, sur des questions relatives à la politique, à la religion, à l’économie, voire à la sexualité.
De plus, il pose les jalons d’une interrogation nouvelle pour moi : comment penser un pluralisme non relativiste au sein de l’espace public de communication ?

Vous vous intéressez à une question actuelle et sujette à de nombreuses interprétations. Qu’est-ce qui nourrit la complexité de ce concept (obscurantisme)?

Ce qui rend le terme « obscurantisme » si complexe, c’est tout d’abord la subjectivité avec laquelle on l’utilise. Bien souvent, on l’utilise soit pour disqualifier un adversaire en le stigmatisant d’obscurantiste, soit pour rejeter des personnes dont les pratiques dérangent notre entendement. On va qualifier d’obscurantiste quelqu’un qui est fondamentalement pieux car on est choqué par des manières de vivre différentes des nôtres. Or, penser l’obscurantisme aujourd’hui, ce n’est pas commencer par désigner comme obscurantistes des personnes qui font le jeûne du Ramadan ou bien fêtent l’Aïd el Kebir. Quand il s’agit de dire qui sont les obscurantistes, il y a toujours des discours pour en désigner aux quatre coins de la planète, mais dès qu’il faut expliquer ce que signifie l’expression, il n’y a plus grand monde.   

«On est  toujours l’obscurantiste de quelqu’un», disiez-vous, il y a trois ans.  Dans vos récents écrits, vous ajoutez que «l’obscurantisme se retrouve dans les pratiques sociales». Pourriez-vous nous donner des exemples courants de ces formes d’obscurantisme que nous entretenons au quotidien, sans nous en rendre compte?

La thèse que j’avance dans mon livre est que l’obscurantisme n’existe pas de manière abstraite. On est toujours l’obscurantiste de quelqu’un qui nous désigne ainsi. Dès lors, c’est dans les pratiques sociales ainsi que dans les discours oraux ou écrits que l’on peut chercher à comprendre ce qu’est l’obscurantisme. Il y a des formes concrètes d’obscurantisme, au sens de refus du pluralisme, qui existent dans les pratiques sociales. On peut trouver des formes d’obscurantisme religieux au Maroc, comme dans tous les pays du monde, lorsque des gens refusent d’admettre que les autres puissent croire ou non à l’existence de Dieu. Il y a un obscurantisme religieux lorsque des gens ont un rapport irrationnel, dogmatique ou anti-humaniste au religieux, allant jusqu’à tuer au nom de la divinité ou bien récitant par cœur tel ou tel passage des livres sacrés pour prescrire aux autres ce qu’ils doivent faire mais en n’ayant pas du tout à l’égard d’eux-mêmes les comportements vertueux inhérents à la religion. En même temps, réduire l’obscurantisme à sa dimension religieuse est discutable. Il y a des formes non religieuses d’obscurantisme. La raison d’Etat en est une, lorsqu’elle recourt, entre autres, à la violence physique légitime pour restreindre le pluralisme des opinions au sein de l’espace public démocratique. Le capitalisme est une forme d’obscurantisme lorsqu’il impose au corps social une vision du monde moniste basée sur des impératifs de rentabilité et d’enrichissement individuel, et dénigre des valeurs humanistes telles que la solidarité, l’entraide et la juste redistribution des richesses. Le racisme, le colonialisme et le nationalisme sont des formes d’obscurantisme, refusant la diversité culturelle au nom d’un modèle uniforme et dominant. Enfin, le machisme et la répression morale ou policière de la sexualité sont des formes d’obscurantisme, lorsqu’elles refusent à des gens majeurs et consentant la pluralité des formes de désirs et de plaisirs auxquelles ils ont droit.

Certains événements malheureux (terrorisme, extrémismes religieux et politiques) ont galvaudé le terme “obscurantisme”, le réduisant à sa dimension religieuse au point qu’on a pu craindre «le choc des civilisations». Pensez-vous que cette perception a évolué?

J’espère. La thèse du choc des civilisations est de plus en plus discutée par certains intellectuels, qui se rendent compte de son caractère inopérant pour expliquer la réalité sociale. Il semble discutable d’opposer d’un côté un continent, « l’Occident », et de l’autre une religion, « l’Islam ». L’Occident est une entité fragmentaire, hétérogène, incluant et intégrant de nombreux musulmans en son sein. L’islam aussi est une entité multiple, constituée d’une diversité d’islamités et de plusieurs formes de foi (comme c’est le cas d’ailleurs pour toutes les religions). Ces deux entités « Occident » et « Islam » sont confrontées toutes les deux à des formes d’obscurantisme religieux et non religieux évoluant en leur sein. Le cinéma marocain, surtout cette année, s’est penché sur cette question.  «Le temps des camarades» de Mohamed Charif Triback montre les apories de la thèse du choc des civilisations, tout comme le film «Two Lakes of tears » de Mohamed Hassini. Ce long-métrage indique que par-delà nos particularismes nationaux, religieux, culturels, nous appartenons tous à la même humanité et c’est cela qui nous fait d’être semblables avant d’être différents. Le choc des civilisations n’est rien d’autre qu’une rhétorique politique, une idéologie de mauvais  goût et une incitation à la haine interculturelle.

Votre livre s’est intéressé à la pensée des auteurs comme Laroui, El Mandjra, Khatibi et Ghita El Khayat… En quoi leurs textes contribuent-ils à éclairer le lecteur sur cette thématique? Sinon quel était l’intérêt de recourir à leurs contributions?

J’ai essayé d’ouvrir un débat avec certains intellectuels marocains, sans chercher non plus à être exhaustif. Pour ce qui concerne la pensée de Abdellah Laroui, j’ai été très intéressé par ses thèses sur la tradition. On peut relier cela à la question de l’obscurantisme et dire qu’un attachement à la tradition est une forme d’aliénation qui peut nous amener à verser dans le monisme et à refuser la pluralité sociale. Au nom de valeurs admises, incorporées et reproduites sur le mode de l’allant de soi, on exerce un  rapport de domination avec les jeunes, les femmes, les étrangers, que l’on oblige à suivre un mode de vie dominant. Par contre, l’apologie du nationalisme ainsi que le ralliement à la raison d’Etat chez Laroui sont discutables car il y a à ce niveau refus du pluralisme. Le nationalisme peut être une forme d’obscurantisme, qui nous amène à un rapport acritique avec l’exaltation patriotique et à refuser la mixité, la symbiose, l’éclectisme culturel. Chez Mahdi El Mandjra, c’est la thèse qu’il avance sur le choc des civilisations qui m’a paru discutable, ainsi que la prétendue influence uniforme qu’exerceraient les médias étrangers sur les Marocains (alors que les pratiques de réceptions des médias par les différents publics qui se les approprient sont hétérogènes et diversifiées). Chez Khatibi, c’est son amour pour les multiplicités, pour le métissage culturel, pour la rencontre et l’amitié avec «l’Autre» qui m’ont fasciné. C’est le grand penseur marocain du pluralisme et on doit lui rendre hommage en ce sens. Chez Ghita El Khayat, c’est son souci d’améliorer la condition inacceptable des femmes arabes qui m’a intéressé. Son plaidoyer en faveur d’une émancipation des corps et des esprits féminins est un combat qui mérite d’être soutenu au sein du monde arabo-musulman.
 
Selon vous, «l’obscurantisme au Maroc n’est pas l’attachement au religieux mais dans cet enfermement conceptuel que l’on fait parfois des Marocains, en les particularisant au nom de la nation, de la tradition et de la religion ». Pouvez-vous expliciter ce volet?

Oui, comme je l’ai dit, l’attachement au religieux n’est pas une forme d’obscurantisme. Par contre, je trouve discutable d’entendre au Maroc certains discours particularisant les personnes, notamment les femmes, en faisant comme si elles étaient différentes des autres êtres humains sous prétexte qu’elles sont Marocaines !!! Une fois, quelqu’un nous a dit à propos d’une fille marocaine de Casa qui a beaucoup d’amis masculins : «Une étrangère peut se permettre cela, une Marocaine non »…J’ai été sidéré ! Je suis du côté de ces jeunes, de ces femmes, qui se battent contre ce type de discours moralisateurs, contre le poids d’une prétendue tradition marocaine puritaine, théocratique et rétrograde… Le Maroc a tout à gagner à se libérer du dogmatisme arbitraire de la gérontocratie ainsi que de la dureté et de la violence des pouvoirs paternalistes outranciers… Il a aussi tout à gagner en termes de liberté et de démocratisation à assumer de manière non hypocrite son caractère composite et accepter certaines pratiques libertaires existantes en son sein…

Finalement, l’obscurantisme d’aujourd’hui se distingue-t-il fondamentalement de celui d’hier, notamment des siècles passés ? Que reste-t-il de l’ancienne époque et peut-on imaginer de nouvelles formes d’obscurantisme dans le futur?

L’obscurantisme est un mot jeune. Il apparaît en France en 1819. Au cours des siècles précédents, la question qui occupait les esprits était celle du fanatisme, c’est-à-dire du combat que menaient ceux qui voulaient instaurer le royaume de Dieu sur terre contre leurs adversaires. Au XVIIIe siècle, l’opposition était entre d’un côté «les Lumières», «la raison » et de l’autre «le fanatisme», «la superstition». Au XIXe siècle, il y a un basculement qui s’opère progressivement. Habermas montre très bien cela dans son dernier livre consacré à la place de la religion dans l’espace public. L’existence de Dieu n’est plus une vérité allant de soi pour tous les peuples mais une opinion admise par certains et refusée par d’autres. Il en est de même de la raison. La philosophie des Lumières a été remise en cause tout comme l’a été aussi le rationalisme.  Pour penser l’obscurantisme aujourd’hui, il ne s’agit plus de chercher une vérité ultime pour déconstruire les préjugés, les erreurs. Notre époque actuelle est caractérisée par le fait qu’il est désormais admis qu’il existe plusieurs vérités concurrentes – ce que John Rawls appelle dans son livre Libéralisme politique «plusieurs conceptions du bien» – , sans qu’il y en ait une qui puisse s’imposer aux autres. Dès lors, l’obscurantisme se trouve actuellement à deux niveaux. D’une part, il est dans les pensées et les actes d’un certain nombre d’acteurs qui cherchent à détruire la pluralité sociale existante aujourd’hui, notamment lorsqu’elle ne respecte pas les normes morales et arbitraires qui lui sont imposées de manière non démocratique. D’autre part, il est en chacun de nous, lorsque nous sommes incapables de respecter l’hétérogénéité des modes d’existence qui nous entoure. Même si j’ai écrit un livre sur cette question, j’ai aussi ma part d’obscurantisme en moi. Quant aux obscurantismes futurs, ils viendront bien assez tôt à nous. Je vais m’abstenir de jouer au prophète et de faire des prédictions sans fondements empiriques sérieux. … 

propos recueillis par  Alain Bouithy

 

Source : libe.ma

15e édition du festival du cinéma d’auteur de Rabat : les montagnes russes

juillet 13, 2009 par lytter

Comme l’a dit le président du festival lors de la soirée de clôture, le festival du film d’auteur de Rabat connaît actuellement une phase de transition et explique qu’il y ait eu pas mal de problème de désorganisation : film russe passant au Royal mais sans aucun sous titres, film passant à l’ex place Piétri et qui s’arrête en plein milieu car les fusibles ont sauté (c’était le beau film de Moumen Smihi « Les cris de jeunes filles des Hirondelles »), projection bricolage (dvd+datacho)…Toutefois, lorsque on est amoureux de ce festival, on attend pas que l’on nous offre tout sur un plateau d’argent mais on va chercher son bonheur soi-même…D’ailleurs, on s’est rajouté même deux films en plus samedi après midi et dimanche : « Rafta, rafta » de Raj Sharma à la salle du Rif de Casa et « Morgan Ahmad Morgan » avec Adil Imam qui passait au Royal de Rabat. En effet, c’est dommage que, contrairement aux autres années, entre la séance de 16h et celle de 20h il n’y ait pas une séance à 18h ou bien que les séances de 22h aient été supprimé au Royal et au 7e art. Du coup, on a rempli ces vides. Cette 15e édition du festival du cinéma d’auteur de Rabat a été un peu comme les montagnes russes, avec des bas (comme on l’a dit) mais aussi des hauts. Elle a consacré, entre autres, un hommage au cinéma russe. Ca a été l’occasion pour nous de découvrir quelques films à la salle Gérard Philippe, dont « Skalolazka » de Oleg Chtrom. On y est allé lundi soir, un peu de manière improvisée. Et quelle n’a pas été notre surprise de constater que nous étions…le seule spectateur !!! Ca c’est génial et c’est la première que cela nous arrive. Il y avait dans la salle le producteur, deux ou trois personnes de l’ambassade russe et moi. L’équipe m’a même proposé de m’emmener dîner avec eux pour me remercier d’être venu. Pour eux, le fait qu’il y ait un seul spectateur dans la salle a même semblé quelque chose d’important : « le fait qu’il y ait eu un seul spectateur qui soit venu est très important et du coup on a bel espoir pour l’avenir ». Bon ça commençait bien, au niveau ambiance. De plus, « Skalolazka » (2007) est un film super sympa, une sorte de Lara Croft russe qui se bat sous fond de techno pour sauver le monde. Génial. Comme film russe, on a vu aussi le grand prix du festival « Ne pense pas aux singes blancs » (2008) de Youri Mamine. Très beau film sur le rapport à la folie (on pense à Michel Foucault et à son dépassement du couple raison/déraison). Il y a un enchantement et une poésie qui font rêver le spectateur, un peu comme dans les films de Fellini. Avec Madame, on est allé voir le film russe « Ellipsis » (2007)  de Andrei Achpei, racontant l’histoire d’une artiste russe qui retrouve un de ses anciens amants. Ambiance romantique et film d’époque, accompagné par la construction d’une statut de Lénine que confectionne le personnage principal. Ensuite, après le film, ça a été l’occasion de se faire une bonne bouffe à « Tanji et Tanjia », où ils font de bons de petits plats marocains, et de rentrer vers minuit après une bonne soirée. En fait, c’est bien ce festival. On va voir des films à 20h et on mange après. Un soir, on s’est fait également le film turc « Ice scream, I scream » (2007) de Yuksel Aksu à la salle Gérard Philippe (L’IF de Rabat a réussi à faire partie des partenaires de ce festival). Là encore ambiance sympa. Le film turc était sous titré en arabe et c’était agréable de voir parmi les couples mixtes de la salle les conjoints arabisant faire partager la traduction à leur voisin. Et ensuite, rebelote, on est allé manger des pattes à l’huile d’olive dans un bon petit restau italien avec Madame. Le festival a consacré également un hommage au cinéma palestinien. Obligations professionnelles obligent, nous n’avons pu voir qu’un seul de ces films : « laila’s birthday » (2008) de Rachid Mashani, racontant la journée d’un juge obligé de faire le chauffeur de taxi pour survire. Proche du style Jacques Tati que l’on retrouve dans « Intervention divine », « Laila’s birthday » nous montre le quotidien de cet homme à Jérusalem, entre tracasseries administratives, manifestations, tirs de roquettes, hommes armés dans la rue, misère sociale…Parmi les films que nous avons adoré, il y a « Quale amore » (2007) de Maurizio Sciarra, librement inspiré de « La sonate à Kreuzer » de Toltsoï et qui raconte la descente aux enfers d’un couple qui s’est marié trop tôt et trop vite. Le coup de cœur de ce festival a été « Pour un instant, la liberté » (2007) de Arash T. Riahi. Ce film raconte le périple d’un groupe d’exilés iraniens à Ankara, qui cherchent à obtenir le statut de réfugiés politiques et de pouvoir aller en Europe. Il y a ceux qui y arrivent et ceux qui y arrivent pas. Ce récit terrible sur la condition d’exilés et sur la vie des personnes qui attendent un espoir, une aide, une compassion de l’étranger est tout simplement magnifique. « London river » (2008) de Rachid Bouchareb est également superbe. C’est le calvaire d’une mère qui recherche sa fille, en compagnie d’un vieux garde forestier français d’origine centre africaine, dans un Londres marqué par les attentats de juillet 2005. Le film de Costa Gavras, « Eden à l’Ouest » (2008), racontant le voyage initiatique d’un clandestin qui fait le trajet d’Italie à Paris par ses propres moyens, est superbe. On pense beaucoup au poème « Ithaque » de Constantin Cavafy, qui dit que le plaisir du voyage est beaucoup plus intense que son arrivé à la destination prévue. C’est un peu ce que nous avons ressenti tout au long de ce festival. Le charme d’une ambiance, d’expériences, de rencontre et de discussions, de découverte de films et de week end agréables à aller entre les salles de cinéma du centre ville et le cyber pour faire la rentrée des notes sur les bulletins, plutôt que la recherche à tout prix d’un résultat, d’une satisfaction cinéphile, d’un jugement satisfait sur les films et sur l’organisation. On espère refaire ce même voyage l’année prochaine, avec la 16e édition…

 

Un grand film du cinéma marocain : LE REGARD (2005) de Nourredine Lakhmari

mai 18, 2009 par lytter

Vendredi dernier, les étudiants du ciné club de COM’SUP ont organisé au Megarama de CaVendredi dernier, les étudiants du ciné club de COM’SUP ont organisé au Megarama de Casa une projection de « Le Regard » de Nourredine Lakhmari. Bravo et merci à Mohamed Setti, aux profs et aux gens de l’équipe pédagogique de COM’SUP qui ont soutenu et aidé à tout cela. Bravo et merci à toute l’équipe, spécialement à Lamia qui a eu le courage de prendre la parole et de présenter le film à la salle pleine (si l’on veut lutter efficacement contre le post colonialisme, c’est en commençant par faire faire les choses à nos élèves afin qu’ils soient acteur de leur vie professionnelle, et non pas faire à leur place, en les maintenant dans un état perpétuel de minorité). Après le film, il y a eu lieu un beau débat, avec la présence du réalisateur qui a répondu, en compagnie de deux comédiens de talents, aux questions que lui a posé le public venu en grand nombre regarder le film. Comme nous l’avons dit, nous n’avons pas aimé « Casanegra ». Toutefois, nous avons adoré « Le regard ». Il s’agit d’un des rares films à traiter des violences coloniales qui ont eu lieu au Maroc au moment de la décolonisation en 1956. Albert, photographe de guerre à cette époque, revient au Maroc quarante ans plus tard pour rechercher des pellicules qu’il avait cachées dans une maison. Il retrouve la boite qu’il avait enterré mais les films ne sont plus à l’intérieur. Dès lors Albert va partir à leur recherche, accompagné par ses souvenirs, par cette mémoire « tatouée » sur laquelle on voit apparaître progressivement les horreurs et les violences que les militaires ont fait subir aux populations marocaines. Albert cherche non pas la vérité (il la connaît ; on ne peut pas se mentir à soi-même) mais à montrer la vérité, à la faire ressurgir, à la montrer aux autres ce qui s’est passé. La honte d’être un homme l’a dévoré toute sa vie. La honte d’avoir rien dit, d’avoir assisté en témoin passif à toutes ces immondités. La honte d’avoir pactisé, d’avoir abdiqué, d’avoir reçu une médaille pour avoir photographié les « exploits » de cinq militaires français lors de l’indépendance du Maroc. Tout cela le ronge et il a envie maintenant de dire tout cela, d’arrêter le silence et de « pousser un cri ». La pellicule qu’il cherche contient les photos des violences et des humiliations que les militaires français ont fait subir. Elles sont éparpillées dans tout le Maroc, tantôt vendues dans les souks, tantôt rangées dans un album photo que l’on ouvre jamais. La force du film de Lakhmari est d’avoir su, à la manière de Walter Benjamin, se saisir d’un souvenir du passé (la décolonisation en 1956) et de le faire briller dans le présent (le Maroc des années 2000) afin de nous prémunir des dangers du futur (la victoire du post colonialisme dans le Maghreb du XXIe siècle). La colonisation a été une abomination et il faut montrer les dégâts qu’elle a produit sur les pays colonisés, sans pour autant rallier les thèses les plus réactionnaires prônant un nationalisme dogmatique et méprisant toute altérité ou toute mixité culturelle, une quête d’un passé pré-coloniale mythifié ou l’extrémisme religieux. En même temps, il serait aveugle de ne pas voir la diversité du regard que les militaires français avaient sur les Marocains. Le regard d’Albert, jeune photographe effaré et puis écœuré par les violences des soldats, n’est pas le même que celui d’autres soldats torturant les rebelles, de ceux des chefs militaires souhaitant qu’on les traite comme des prisonniers ou bien des infirmières de guerre luttant pour sauver les victimes de cette folie, quelle que soient leur nationalité. « L’Occident » est fragmentaire. Il ne s’agit pas d’un tout homogène qui verrait le monde arabe de manière uniforme et homogène. Ensuite, le film de Lakhmari a le mérite de ne pas verser dans le choc des civilisations et de ne pas montrer les Français et les Marocains comme deux entités antagonistes, déterminé uniquement par le conflit. Même si l’amitié n’est pas chose facile (y compris entre des gens de même nationalité d’ailleurs), elle est quand même possible. Le rapport de Robert avec le photographe qui l’accueille lors de son retour au Maroc et qui l’aide dans sa quête est fantastique. Il montre que la plus belle chose au monde est lorsque deux êtres arrivent à construire quelque chose en s’aidant mutuellement pour aller par delà leur faillibilité respective. Au photographe français qui n’arrive pas à se sortir de ses traumatismes de guerre et qui cherche ses pellicules dans tout le Maroc, le photographe marocain apporte sa connaissance de la langue, des endroits, des gens ainsi que son réconfort et son amitié (quoi de plus beau que l’amitié pour l’étranger). Au photographe marocain qui n’a pas les moyens techniques et qui surtout n’a pas la confiance en lui pour croire en la beauté de son art, le photographe français apporte et donne son matériel, tout comme il prend les photos magnifiques que son ami n’ose pas montrer et les fait découvrir aux autres à sa place. La scène de photo dans le cabaret, avec cette cheikhat dansant derrière le portrait de Marilyn Monro dessiné par Andy Warhol est prodigieuse. L’art est universel. Tout comme les bières que l’on ingurgite dans le cabaret, l’art est aussi quelque chose quelque chose que l’on partage, quelle que soit notre nationalité et notre culture. Les photos ne sont plus celles du français ou du marocain. C’est simplement le sourire de la cheikhat sur l’image en noir et blanc qui reste. Là encore on sent que le film de Lakhmari est proche des idées de Walter Benjamin sur l’œuvre d’art. Aux photos en noir et blanc prise lors de l’indépendance en 1956 et montrant la barbarie, avec les soldats français qui sourient en posant leur couteau sur la gorge de leur prisonnier marocain se superposent très difficilement celles prises dans les années 90, où l’on essaie de montrer rire et insouciance. Qu’on le veuille ou pas, l’humanité a été souillée par cette partie de son histoire, par ce qui a été fait à ce moment. La scène où Albert, rattrapé par ses souvenirs, se saoule avec ses frères marocains dans le cabaret est magistrale. On est par delà le complexe de l’homme blanc et de toutes les conneries de ce style prônant une culpabilité décontextualisée et moralisatrice. La fragilité des êtres est plus belle que le moralisme de ceux qui donnent leur leçon, quel que soit leur position ou leur camp. La vie est marquée par tout un tas de souvenir qui passent pas, par tout un tas de trucs qu’on aurait pas aimé avoir fait mais que l’on a quand même fait ; et c’est d’ailleurs ça aussi qui nous rassemble, que l’on soit Français ou Marocain. La fragilité et la complexité des êtres, capables de regarder le bleu de la mer en étant côte à côté après avoir été face à face. C’est sans doute cela qui fait la grandeur de « Le regard », qui est l’un des films les plus profonds du cinéma marocain des années 2000. sa une projection de « Le Regard » de Nourredine Lakhmari.

 Jean Zaganiaris, Enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP.

« Le côté obscur de la force » : la punition comme forme d’obscurantisme pédagogique

mai 2, 2009 par lytter

Journée d’étude organisée par la Section Langue Française du CPR de Derb Ghalef

  « La punition à l’école. Faut-il punir pour enseigner ? »

 

Mardi 5 mai – Amphithéâtre LOUDIYI – 8h30-12h15.

 

Le programme

  1. 8h30          Accueil                                                                    9h00          Allocution de M. Le directeur du CPR               

9h20          Discours d’accueil de la section langue Française

           Première intervention 

           Domaine philosophique 

           M. Jean Zaganiaris Professeur-Sociologue

9h4O         Témoignage sur la punition à l’école                                   

           Elève Professeur Section Langue française

10h20         Deuxième intervention  

                    Domaine psychologique

            Dr. Abdelaziz  ELGhazi professeur_ psychologue

10h40         Troisième intervention

           Domaine pédagogique

           M. Hassan Boushel,  Directeur du collège ibn Habous

11h00        Projection audiovisuelle sur la punition à l’école     11h30        Pause café                                                                 

11h50        Débat                                                                        

12h15       Clôture

 

 

  1.  N.B :    Parallèlement au séminaire, une exposition de  

                 Caricatures sera montée par les élèves professeurs de     

                 la section arts plastiques

Présentation de Jean Zaganiaris, Enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP

 

 « Le côté obscur de la force » : la punition comme forme d’obscurantisme pédagogique

 

 

 

            L’objectif de cette communication est d’apporter quelques questionnements philosophiques et sociologiques sur la question de la punition. Vous corrigerez toutes les bêtises que je pourrai dire dans des domaines de connaissances qui ne sont pas les miens et que les futurs professeurs que vous êtes maîtrisent à merveille. Même si ce que je vais dire risque de heurter certains, mon but n’est pas de plaider pour une vision anarchiste de la pédagogie. Un enfant, un élève, un étudiant ont besoin de règle de vie, de cadre, de repère, de code. Toutefois, les règles de vie, les règlements intérieurs font également l’objet d’usages sociaux et s’il n’y a pas d’intérêt à respecter les règles, les élèves ne les respectent pas. Dans ses travaux sur la sociologie du droit, notamment dans le texte sur la codification publié dans Choses dîtes, Pierre Bourdieu a souligné ce point. On n’obéit pas à une règle si l’on a aucun intérêt à y obéir. La punition – ou bien la sanction (on verra si ces deux termes ont la même signification) – est un des éléments qui fait que l’on a intérêt à respecter les règles fixées par le professeur ou par l’école. Toute société, y compris donc l’école, ne peut fonctionner correctement sans règles, sans lois. Celles-ci relèvent du domaine juridique ou de la morale, du domaine formel ou informel (je ne m’étends pas sur cette question) et fixent les droits et les obligations de chacun. L’école est une micro-société, au sein de laquelle les enseignants ont des objectifs à atteindre, des programmes de cours à effectuer, des connaissances et des compétences à faire acquérir, des comportements et des manières d’être à enseigner. Les écoles primaires, les collèges, voire les lycées et aussi les établissements d’enseignement supérieur, sont des micro-sociétés particulières puisque les écarts entre les individus majeurs, incarnés par les enseignants, et les individus mineurs, incarnés par les élèves, sont centraux dans les rapports sociaux qui caractérisent les acteurs qui la constituent. Un mineur est quelqu’un qui n’a pas l’âge d’être majeur et qui est donc sous la tutelle de ses parents, de ses enseignants, de l’administration scolaire. Pour Kant, dans le texte « Qu’est-ce que les Lumières », on peut rester mineur toute sa vie si l’on n’a pas la volonté et le courage de faire un usage autonome de sa raison. C’est d’ailleurs ce que dit aussi Abdellah Laroui, dans son travail sur la raison. Toutefois, nous reviendrons plus tard à Kant. Restons sur la minorité en tant qu’âge. Le fait d’être mineur et d’être à l’école conduit l’élève à être sous la guidance, sous la tutelle, sous les directives du professeur, qui est la personne majeure responsable pour mener à terme son éducation scolaire. Celle-ci doit d’ailleurs être distinguer de son éducation familiale, qui est à la charge de ses parents ou de ses tuteurs légaux. Le professeur – qui exerce un « métier » (j’insiste sur ce mot) -  est cet individu majeur chargé de la formation scolaire de ses élèves. A travers ses compétences, il a la mission de transmettre des savoirs aux élèves et de veiller à ce que ceux-ci puissent les acquérir selon la méthode qu’il a décidée d’employer. L’une de ses responsabilités est de créer un climat dans sa classe qui soit propice à l’enseignement, au travail. Ce dernier terme a d’ailleurs une racine latine commune avec le mot « torture » ; ce qui montre au passage que la tâche n’est pas aisée.

Le professeur est le garant du bien commun de sa classe et veille à maintenir la discipline nécessaire qui lui permet d’exercer ses fonctions, qui sont la transmission du savoir. Il dispose du pouvoir légitime de contrainte de par son statut. Il peut contraindre un élève turbulent à se taire, à faire ses devoirs ou bien à ne pas bavarder ou à ne pas taper son voisin. D’une certaine manière, le professeur incarne la justice dans sa classe ou dans la cour. Il incarne la justice au double sens du terme c’est-à-dire qu’il donne à chacun ce qui lui revient (punition/récompense) et il incarne celui qui sait trancher entre ce qui est bien et ce qui est mal (il est mal de frapper son voisin, de tricher, d’injurier, d’écrire sur les tables). La punition vient aider celui qui a la légitimité de l’appliquer à maintenir l’ordre, le respect mais aussi le bien être de tous. Si par exemple un élève fort qui frappe un plus faible n’est pas puni par le professeur, on est dans l’anarchie, dans cet état de nature dont parle Hobbes dans le Léviathan, ou bien dans cet état de violence incorporé dès l’enfance dont parle le romancier marocain Abdellah Taïa, notamment dans Mélancolies arabes (voir les scènes de violences au début, entre enfants). Alors – pour reprendre la question du séminaire – « faut-il punir pour enseigner ? ». Terrible question ! Je ne sais pas s’il faut punir pour enseigner mais la punition fait partie des fonctions de justice inhérentes à l’enseignant, confronté parfois à la dureté de « certains » élèves – j’insiste sur le mot « certains » – et aussi à la violence, comme l’ont encore montré récemment les actes graves qui se sont produits à Mohammedia il y a quelques semaines.

Toutefois, une confusion doit d’ores et déjà être évitée. Sanctionner n’est pas tout à fait la même la chose que punir. La sanction n’est pas tout à fait la même chose qu’une punition. La sanction est une peine qui est impliquée par la loi. Si l’on ne respecte pas la loi (je laisse de côté l’aspect arbitraire et injuste de certaines lois – vous avez la très belle pièce de Sophocle Antigone, qui aborde la question), bref si l’on ne respecte pas la loi, il y a la sanction qui tombe. Par contre la punition n’est pas tout à fait la même chose. Parfois, elle est synonyme de sanction et s’inscrit dans le cadre du non-respect de la légalité. Mais la punition peut être aussi synonyme de châtiment, et qui dit châtiment dit aussi mesure violente pouvant comporter soit un caractère arbitraire soit une dimension de cruauté et de sadisme. Michel Foucault a montré dans des pages pénétrantes le caractère abject de la punition, infligée par le bourreau (alors que la sanction pour non-respect de la loi est infligée par un juge, voire par un collège ou un jury). Il n’y a pas de punition sans un coupable à châtier et parfois c’est par les méthodes les plus abjectes que l’on construit un coupable, comme lors de l’inquisition, où l’accusé est amené non seulement à avouer sa culpabilité mais aussi à se sentir coupable au plus profond de son être. Il y a des gens très fort pour vous faire sentir à votre place votre culpabilité. Parfois, la punition relève d’un double caractère, physique et morale. On punit un enfant – qui est un être mineur, c’est-à-dire un être à qui on apprend à être responsable de ses actes – en le frappant, en le giflant pour telle ou telle raison. Puis à cette souffrance physique, on ajoute la souffrance morale que l’adulte inflige à l’enfant, en le faisant culpabiliser, en jouant sur sa conscience pour justifier la souffrance physique infligée. Là, on est très loin de la sanction en conformité avec la loi ; même si la frontière entre ce qui est juste et injuste, arbitraire et légale n’est jamais toujours nette et tranchée.

La punition peut être une forme de sanction juste, notamment dans les actes illégaux avec victimes, qui fait comprendre à l’enfant que la société dans laquelle il vit contient des règles, des lois et des valeurs qu’il doit respecter pour le bien commun de tous. De plus, le professeur a une fonction pédagogique dans la sanction, qui peut se traduire par un dialogue avec l’élève puni visant à lui expliquer le pourquoi de la sanction. Mais la punition peut aussi incarner – pour parler comme dans la série Star Wars – le côté « obscur » de la force, notamment quant elle verse dans l’arbitraire ou dans la cruauté. Il y a des formes d’obscurantisme pédagogique, qui consistent notamment à se servir de la punition comme d’un masque derrière lequel on cache ses propres limites d’enseignant. Alors je ne viens pas donner des leçons ici ; je ne me considère pas comme un modèle de vertu pédagogique et de spécialiste de la punition (notamment à cause de mon sal caractère ; mes élèves pourront témoigner). Mon but est juste de penser philosophiquement la question de la punition et de rattacher mes réflexions à celles de mes autres collègues présents ici ou bien à celles des élèves professeurs de la section Langue française du CPR de Derb Ghalef. Ce que je veux dire, c’est qu’enseigner, c’est un « métier », un métier difficile, qui implique tout un tas de chose que l’on peut faire plus ou moins bien. Préparer ses cours, gérer son expression orale, gérer sa classe (surtout dès la première séance ; si on la rate, après c’est dur de rattraper le coup au niveau discipline), gérer son stress, sa fatigue, gérer les moments durs de son existence face à ses élèves (qui ne sont pas censés les connaître). Le métier d’enseignant exige quelques fondamentaux sur lesquels on peut se rater, car la faillibilité est humaine, y compris chez l’enseignant. Par contre, si je me réfugie derrière la punition comme remède ultime pour palier à mes faillibilités d’enseignant, je peux vite aller vers l’arbitraire. Je ne dis pas qu’un un prof qui ne punit pas n’a qu’à s’en prendre à lui-même s’il gère mal sa classe ou bien qu’il faut culpabiliser les profs et dire que c’est la faute de l’enseignant si la classe est mal gérée. Il y a des moments où on arrive à gérer sa classe et d’autres non. Il y a des classes que l’on gère mieux que d’autres selon sa personnalité. Par contre, dans certaines circonstances, je peux verser dans l’obscurantisme pédagogique si je me sers de la punition comme d’un masque pour cacher soit mon inexpérience, soit ma paresse de préparer correctement mon cours, soit mon manque de motivation face aux ingratitudes qu’implique le métier d’enseignant. Il existe d’autres méthodes que la punition pour enseigner : respecter ses élèves, être à l’écoute, jouer de son charisme, avoir de la conscience professionnelle, prendre en compte les centres d’intérêt de l’élève, l’interactivité (la participation orale des élèves aux cours) etc… Il y a des méthodes pédagogiques non répressives qui sont universellement reconnues, que l’on soit au Maroc, en France, au Cameroun, en Grèce, aux Etats Unis, au Japon…J’en profite au passage pour envoyer paître les proverbes néfastes du style « Le marocain, c’est comme le cumin, il faut le presser à fond pour qu’il donne le meilleur de lui-même » ou bien « Le Marocain ne marche qu’à la carotte et au bâton ». Même s’il existe des spécificités culturelles propres au Maroc, que je respecte par ailleurs, je me refuse à croire que les enfants marocains soient dotés d’un code génétique à part, qui font que contrairement aux autres enfants, ceux là ne comprendraient qu’à la carotte et au bâton !!! Les enfants marocains sont des enfants comme les autres, qui font partie de ce que l’on nomme l’humanité. Si on les éduque dès l’enfance à ne marcher qu’à la punition et qu’à l’autorité, c’est cela qu’ils intégreront et c’est cela qu’ils seront prédisposés à reproduire lorsqu’ils seront adultes. S’il l’on veut par contre faire de nos élèves des futurs citoyens majeurs, au sens de Kant, capables de penser par eux-mêmes et d’être responsables, il faut donc briser cette logique et la remplacer par des mesures pédagogiques non répressives. L’activité d’enseignant – du moins, telle que je la comprends par rapport à mes propres activités en milieu scolaire – implique une remise en cause perpétuelle de notre travail, même s’il ne faut pas être aveugle non plus sur la dureté et sur l’absence d’éthique de certains élèves qui considèrent consciemment ou inconsciemment leur scolarité sur le même mode que l’enfermement carcérale et se comportent en conséquence. Ca nous arrange tellement parfois de croire que nos élèves sont tels que nous les voyions nous, avec nos yeux de profs. Ca nous arrange tellement de dire dans les conseils de classe que tel élève avec lequel nous avons du mal est indiscipliné, fainéant et qu’il doit être puni. La punition ou bien la menace de punition, qui est parfois une arme plus redoutable que la punition elle-même, est de ce fait une solution de facilité vers laquelle on peut aller, même si le prix est lourd à payer pour le système éducatif tout entier. En effet, si la punition est reconnue par les élèves comme une arme plus ou moins arbitraire utilisée par le professeur, y compris pour tenter de manipuler leur conscience, quelle est dès lors la valeur que ces derniers accorderont aux lois censées régir leur établissement ? Le but sera d’échapper à la punition, quels que soient les moyens, et non plus de respecter les lois et les règlements censés assurés le bien être de tous. C’est cette question qui me semble plus importante que les faux débats sur le rétablissement de l’autorité. Aujourd’hui, on se demande si l’on est trop laxiste, s’il ne faut pas revenir aux punitions sévères. Est-ce que c’est le fait de ne plus punir qui amène la violence dans les écoles ? Je ne suis pas sûr. L’autorité, la punition ne fonctionnent jamais sans une résistance et sans aussi une violence en retour des élèves. Quelles que soient les réponses à ces questions sur la punition, elles ne peuvent être que complexes et doivent tenir compte des différents facteurs et des causes plurielles qui expliquent une situation. Il serait bien naïf de suivre les paroles nostalgiques de ceux qui disent « c’était mieux avant, y’avait de l’ordre, du respect, de la discipline ». Soit ceux qui disent ça ne connaissent pas cet avant dont ils parlent, soit ils l’ont connu mais avaient une autre vision et surtout un autre un âge au moment de « cet avant » dont ils parlent. Je ne crois pas en une pédagogie réactionnaire qui se nourrit des nostalgies de l’ordre et de la discipline « d’antan ». Je crois en une pédagogie non répressive, respectueuse des conquêtes pédagogiques en termes de respect de l’enfant et capable de penser le bien être de la classe à partir d’une prise de conscience quotidienne et réflexive du lien symbiotique qui relit la singularité de l’enseignant avec la pluralité des personnalités et des opinions qui peuplent sa salle de classe. Je vous remercie.   

Virginie Despentes

avril 23, 2009 par lytter

La découverte de “baise-moi” a été un véritable choc. Ca a commencé à la réderie d’Amiens. Je tombe sur le roman, vendu pour trois fois rien. C’est l’édition originale. A l’époque je ne connaissais pas Virginie Despentes et elle n’était pas du tout médiatisée. J’avais pris le bouquin juste par curiosité. Puis quand je l’ai lu, j’ai pigé que là on était – au niveau littérature – dans une rupture très forte avec ce qu’il y avait auparavant. Le ton est donné d’emblée, avec l’idée d’une violence non marxiste et non révolutionnaire (la scène où l’une des deux filles discute avec un gauchiste est éclairante). La révolution est une utopie à la con. La vie est sombre, dure, cruelle, violente. La plupart des êtres humains sont mauvais, pourris. La scène du viol montre cela de manière très crue. Tout marche à la violence, au rapport de force et de domination. Tout est foutu d’avance. La vie n’est que du temps qui passe, au sein de laquelle on meuble comme on peut, en matant des porno, en se droguant, en tirant un coup, en écoutant de la musique. Les deux filles partent dans un voyage iniatique, où le seul intérêt est de bruler la mèche par les deux bouts. On braque, on tue. Il y a quelque chose de “Vivre vite” de Carlos Saura dans ce roman. Je ne dis pas que je suis d’accord ou que je rejoins cette vision du monde. je dis juste que là, il y a quelque chose de nouveau, qui est écrit également dans un style assez inédit. Puis après le film est sorti. Là encore, superbe, avec des actrices magnifiques et une BO décapante. Un petit bijou, avec quelques nuances par rapport au roman et certaines scènes supprimées. Du coup, j’ai bien accroché à Virginie Despentes. J’ai lu quelques autres romans. “Les chiennes savantes”. Puis “Teen Spirit”, qui montre un changement de ton assez important chez Virginie Despentes, et “King Kong Théory”, offert par les amis de Darkstar, qui est une réflexion autobiographe sympa (mais sombre). Et enfin, un autre grand livre de cet auteure, “Bye Bye Blondie”, qu’elle va se charger de mettre en scène avec Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle. Là encore, comme pour “Baise moi”, il y a là un grand chef d’oeuvre de littérature. C’est l’histoire d’une fille un peu SDF, marquée par un enfermement en HP lors de son adolescence, et qui tombe sur son premier amour devenu présentateur TV vedette. Les souvenirs remontent à la surface, accompagné de la musique des Cures, Béru, et joy division. Il y a une critique très forte du pouvoir psychiatrique, qui brise les vies en prétendant les soigner et qui construit des maladies aux patient qu’il embrigade. Les pages 54 et 55 du roman sont très fortes : le type diplômé de l’hopital psychiatrique va l’enfermer parce que son père l’a demandé, parce qu’elle fugue, parce qu’elle est punk. Comme le dit Bourdieu au sujet de la jeunesse, on est aussi le “fou” de quelqu’un ; la folie n’existe pas seulement en soi, sans les interractions sociales auxquelles elle se rattache. Le ton aussi change chez Despentes. Gloria, l’héroine, cherche un exutoire non pas dans la violence infligée aux autres, comme dans “baise moi” mais dans le suicide, la fin de la vie (p. 27). Toutefois, là encore, Despentes montre que ce n’est pas une solution et que dans la vie, il faut attendre toujours la suite, qui peut être constituer du meilleur comme du pire. Là c’est le meilleur, puisqu’elle tombe sur ex et que sa vie va changer. A travers ce roman Despentes montre que l’engagement punk n’est pas peut-être pas le meilleur moyen de s’insérer dans la vie, et que ceux qui vont au bout finissent mort ou à la rue, comme la narratrice du roman. La rage, la violence, l’arbitraire de la vie sont toujours là. la société est présentée comme une “jungle”, où chacun essaie de survir. Est-ce dans ce sens là que l’entend le ministre de l’immigration Eric Besson lorsqu’il parle de Callais et des migrants, dont le film “Welcome” donne une vision magistrale ? Bon revenons à “Bye Bye Blondie”. Il y a une vrai réflexion, comme dans le roman de C. Zina “Heureux les simples d’esprits”, sur l’aboutissement de l’engagement punk anarchiste. D’un côté, il y a ces idéaux allant de “not future” à ”vive l’anarchie”, cette sensation de liberté et ces soirées en “meutes”, en bande, avec l’alcool et la musique. Nos amis de dark star, là encore, se souviendront sans doute des soirées agitées entre la fin des années 80 et le début des années 90, où le menu était concert, pogo, méchante cuite, roupillon sur les plages de Cannes et délirs en tous genres, y compris dans les piscines, sur les toits et autres palais des festivals de cannes (ah la fameuse nuit où l’on a dormi en haut des marches du palais!!!). Bref , d’un côté il y a tout ce que permettait de vivre un contexte où l’idée même d’un Sarkozy président était inimaginable, où l’idée de liberté, notamment de liberté de pensée et liberté des moeurs (c’était l’époque de French Kiss ou du relax de FGTH), avait un autre sens qu’aujourd’hui, où les mots “liberté”, “libertaire”, “anarchie”, “insoumission”, “résistance” avaient un autre sens qu’aujourd’hui. Et de l’autre côté, il y a vers tout ce quoi peut mener cet engagement libertaire si l’on arrive pas à concilier avec les impératifs de la vie réelle, celle qui exige de bouffer, d’avoir un toit et de se faire des tunes. C. Zina le montre aussi très bien dans son livre. Y’a un moment où tu mets de côté les idéaux punks du style “j’encule le système” et tu rentres dans le rang, tu cherches un  job car tu en as marre des plans foireux, du froid de la rue le matin, des marques que laissent les baston, des dents qui jaunissent et des fringues qui puent. Du coup, on cherche des échapattoires qui permettent de pas trop virer ses idéaux en intégrant le système. On devient prof, par exemple, plutôt que commercial (Mon Dieu, comme je sens concerné par tout ça ; certains de mes élèves de COM’SUP comprendront – malhereusement – ce que je veux dire par là !!!). Virginie Despente l’écrit très bien : à un moment “un punk crêteux, bons disques, bonnes vannes” peut se transformer en une saison, se ranger et bosser pour payer ses crédits et faire vivre sa famille. C’est là le désaroi dans lequel se trouve Gloria, l’héroine, qui vit à 40 ans dans un monde qui n’est pas le sien : “Quand on était gamin, on se doutait que je ne serai pas heureuse. Mais à quel point j’allais être mal adaptée, on s’en rendait pas compte (…) y’a plus rien qui me convienne. Comme plein de gens tu me diras. J’aime pas les euros, j’aime pas les cd, j’aime pas les ordi, j’aime pas les mails, j’aime pas mon époque, j’aime pas ma gueule, j’aime pas les putes à la télé, j’aime pas bosser”. Y’a un moment où, comme dit Bernard Cantat “le joint, le cul lassent” et on est bien mieux avec sa petite femme ou son petit copain à se construire un avenir, penser à avoir des enfants dans un nid douillet, même si le monde dans lequel on est est sans pitié, sans aucune humanité, sans aucune chaleur, sans aucun confort, sans aucune possibilité de compréhension pour la pluralité des manières de vivre et de pensée. On se cherche des petits îlots de conforts et de bien être dans cette sombre mer mélancolique et sauvage qu’est la société. C’est un peu entre ces deux côtés que navigue le personnage de Gloria. Et en son de cloche, cette question récurrente : “qui aurai-je été si tout cela ne m’était pas arrivé”. Comme le dit Despentes après Sartre, on n’est rien d’autre que sa vie…et il faut faire avec

Jean Zaganiaris    

 

Adieu Abdelkebir Khatibi

mars 19, 2009 par lytter

Le Maroc a perdu cette semaine un de ses grands intellectuels, Abdelkebir Khatibi. Sociologue, écrivain, philosophe, politologue, cet intellectuel – au sens noble du terme – était d’une finesse et d’une profondeur rares. Mondialement connus, ses travaux parlaient de l’altérité, de la littérature, de sociologie, du champ politique marocain. Il avait une culture encyclopédique, depuis les écrivains français (Duras, Aragon, Barthe) à la civilisation japonaise. Ses romans et ses pièces de théâtre étaient des “îlots de résistance” au sens que Deleuze attribuait à ce terme. On se souvient du “prophète voilé”, pièce de théâtre contre le fanatisme religieux qui était aussi une attaque contre la théocratie de Khomeiny en Iran. Nous avons eu la chance de rencontrer Khatibi à trois reprises et de partager de précieuses discussions avec lui. La première fois c’était à un colloque du club Pen, avec Ghita el Khayat et Youssouf el Alami. Il avait présenté une conférence magistrale sur le rôle de l’écrivain en tant qu’intellectuel, porté par ses convictions et son souci de résistance. La deuxième fois c’était à son bureau, à Rabat. Nous avions passé une après midi à discuter de ses travaux. Je voulais en savoir plus sur son livre ”Chemins de traverse”, publié chez Okad. Il  y a quelque chose dans cet ouvrage qui m’avait fasciné. Quelque chose sur l’altérité et le pluralisme des valeurs qui est aux antipodes des discours idiots sur le choc des civilisations, sur le repli a-critique vers telle ou telle culture. Je lui avais dit que son oeuvre est très proche de l’intellectuel britannique d’origine russe sur lequel j’ai beaucoup travaillé et qui s’appelle Isaiah Berlin. J’avais fait le lien d’ailleurs entre ces deux auteurs au sein de ma thèse de doctorat – où le jury, composé entre autre de Jean Leca, avait apprécié les références à Khatibi. Il y a quelque chose d’humaniste dans l’oeuvre de Khatibi. Un respect pour la vie, pour le bonheur, pour l’amitié et la tolérance. Ensuite, nous avions parlé littérature : Proust, Joyce, Driss Chraïbi ainsi que de l’oeuvre du regreté Edward Saïd. Une belle après midi de discussion autour de références culturelles, dans un monde où les attaques capitalistes contre le système éducatif, avec toutes cette logique autour des compétences et des savoirs faire, risquent d’anéantir à jamais la notion même d’intellectuel. La troisième fois où nous nous sommes vus, c’était à l’hotel Hilton de Rabat, en compagnie de sa fille. Je voulais lui parler de mon projet de travail sur l’obscurantisme. Il était arrivé en avance et lorsque je l’ai apperçu dans le hall, il était en train de parler avec quelqu’un qui me ressemblait en croyant que c’était moi. Il y avait quelque chose de Woody Allen chez Khatibi. Une légèreté, un sourire, des situations. J’ai été très content de le connaître, d’avoir pu échanger des idées avec lui et de découvrir ses travaux. Adieu Khatibi…

Jean Zaganiaris     

Jean Zaganiaris, Penser l’obscurantisme aujourd’hui. Par-delà ombres et lumières, Casablanca, Editions Afrique Orient, 2009.

mars 7, 2009 par lytter

 

 image de la couverture réalisée par Aaziz Chafik

Quatrième de couverture

“Pour penser l’obscurantisme aujourd’hui, il ne faut pas croire qu’il existe en soi. Il ne s’agit pas de chercher une bonne définition ou une essence. L’obscurantisme n’existe que dans une perspective interactionniste. On est toujours l’obscurantiste de quelqu’un. L’obscurantisme n’existe pas sans des discours ou des acteurs sociaux, qui vont définir quelqu’un, personne ou groupe, comme étant obscurantiste. C’est « l’autre » qui nous définit comme étant « obscurantiste », en raison de nos paroles ou de nos pratiques, ou bien c’est « nous » qui désignons « autrui » comme « obscurantiste », si nous ne parvenons pas à accepter, voire à respecter sa différence. C’est pour cela que nous ne réduirons pas notre propos à l’opposition entre «Ombres » et «Lumières ». Les discours sur l’obscurantisme sont avant tout des pratiques sociales et non pas simplement une lutte acharnée entre le « bien », symbolisé par la pensée éclairée, par la raison, et le « mal », incarné par les préjugés, l’irrationalisme, l’idéologie.”

 

 

Nous avons le plaisir de vous informer de la sortie de notre premier ouvrage au Maroc, sur le thème de l’obscurantisme. Notre but a été de penser une notion apparement claire, opposée traditionnellement aux Lumières sur le mode de l’allant de soi. en fait, il nous a paru que ce terme est plus complexe qu’il n’y paraît. Il ne s’inscrit pas dans une essence mais ne peut être pensé qu’à la lumières des interactions sociales. Qualifier l’autre d’obscurantisme est tout d’abord une pratique sociale, aux composantes multiples. C’est pour cela que nous avons voulu penser l’obscurantisme aujourd’hui à partir non pas d’une définition mais d’une opposition qui est celle entre “monisme” et “pluralisme”. L’obscurantisme se retrouve dans les pratiques sociales qui refusent le pluralisme des modes de vie et de pensée existant et tentent d’imposer des vérités uniques, des dogmes, des moralismes religieux et non religieux. A ce sujet, comme nous l’avons dit dans le livre, il serait absurde de réduire l’obscurantisme à sa dimension religieuse, comme le font notamment les discours islamophobes. Il existe des formes d’obscurantisme non religieuses telles que la raison d’Etat, le machisme, le racisme, le capitalisme. Ce sont les jalons d’une réflexions sur tout cela que nous avons posé dans ce livre.

Le lecteur pourra lire les controverses que nous avons ouvertes avec la pensée de Laroui et de El Mandjra, ainsi que la discussion avec les travaux sociologiques de Khatibi ou de Ghita El Khayat, et verra qu’au delà des particularismes culturalistes que l’on entend trop souvent au Maroc, qu’un véritable dialogue interculturel est possible. L’obscurantisme au Maroc n’est pas l’attachement au religieux mais dans cet enfermement conceptuel que l’on fait parfois des Marocains, en les particularisant au nom de la nation, de la tradition et de la religion, au lieu de voir qu’ils font partie de ce monde commun que nous partageons tous. C’est cette ouverture qu’a voulu faire ce livre, par un auteur qui n’est ni tout à fait un des nationaux, ni tout à fait un étranger. Beaucoup de dualisme sont renvoyés dos à dos dans ce livre ; rejet de l’opposition Lumières/obscurantisme, Universalisme/particularisme, Universalisme/relativisme, Laïcité/théocratie, communautarisme/individualisme, capitalisme/marxisme…Comme le dit Deleuze, c’est “l’entre deux”, “le milieu” que nous avons cherché et pas un camp particulier, où nous réfugier…Ce livre sur l’obscurantisme – avec toutes ses contradictions, ses défauts, ses manques (on aurait dû citer Zakya Daoud et son livre sur Lamalif) - est un plaidoyer pour la pluralité des modes de vie et de pensée, dans un cadre humaniste. Il milite pour la diversité, la symbiose, l’ambivalence. Il est au domaine de la pensée ce que la bisexualité est au domaine des pratiques sexuelles. Il veut montrer que par delà les identités monistes et cohérentes dans lesquelles on enferme les êtres au nom de la tradition, de la morale, la vie peut être aussi constituée de métissage, de multiplicités, d’ambivalence, de pluralisme. Je reste ouverte avec quiconque veut discuter de l’ouvrage avec moi 

Jean Zaganiaris