Archive de la catégorie «Cinéma»

cinéma : vous avez dit “populaire” ?

novembre 11, 2009

  

Les salles médina ont mauvaise réputation. Pourtant, après avoir observé ce qui se passe à l’intérieur, force est de constater que l’on ne peut réduire entièrement ces lieux cinématographiques à l’image péjorative qu’ils traînent derrière eux.

 

 

Lorsqu’on cherche des lieux « fréquentables » au Maroc pour aller voir un film, on se tourne généralement vers les salles du Megarama ou bien vers celle du 7e art de Rabat. Toutefois, ces endroits sont loin d’être représentatifs de l’hétérogénéité des cinémas existant au Maroc. Il existe un grand nombre de salles « populaires » au sein des grandes villes du Royaume. Selon les chiffres du CCM, il y a à Casablanca le Rif qui compte 1030 sièges, le Ritz qui en compte 1000, Le Rialto avec ses1051 places et le Lutetia avec 1010 fauteuils, sans parler de celles qui, comme le Dawliz Habous, ont fermé. A Rabat, il y a le Royal et le Fairouz, comptant respectivement 1302 et 680 places (alors que la salle du 7e art en comptabilise 330). A Marrakech, à deux pas de la place Jama El Fnaâ et en plein cœur de la médina, il y a le Rif avec ses 2084 sièges qui passe un film hindou pour une poignée de dirhams. Tous ces endroits existent dans l’espace public urbain et sont visibles aux yeux de tous. Toutes ces salles de cinéma font partie du décors et sont là parfois depuis forts longtemps. Cependant, on sait encore très peu ce qui se passe à l’intérieur.

 

Salles obscures et lieux de débauche

Ces « cinémas populaires » ou « cinéma de quartier » ne sont pas très bien vus au Maroc. C’est ce que nous dit Meryem Ihrai, étudiante, membre actif de l’association Save Cinemas In Marocco : “Durant mon enfance, j’ai fréquenté des cinémas du centre ville comme le Rialto, Rif et Dawliz. A l’époque ces salles étaient fréquentées par des familles et avaient une bonne réputation. Maintenant c’est tout à fait le contraire. C’est vraiment dommage. Ce sont des lieux avec une architecture unique, un patrimoine culturel à sauvegarder“. Ces cinémas sont considérés comme des endroits mal fréquentés, voire dangereux. C’est ce que nous a dit une personne qui connaît bien l’avenue des FAR de Casablanca et qui parle du Rif comme d’un lieu de prostitution : « Vous voyez, les prostituées se mettent là, à ce coin de rue et elles attendent le client. Quand elles en trouvent un, elles l’amènent au Rif ; le type laisse un bon pourboire à l’ouvreuse qui les place dans un coin discret et voilà le tour est joué ». Comme nous avons pu le voir nous-même lors des cinq dernières années, au cours desquelles nous avons fréquenté régulièrement les salles de cinéma du centre-ville de Casablanca, il y a des projections où un couple entre au beau milieu du film, reste dans les fauteuils qui sont sur les côtés de la salle et sort avant la fin. Un samedi après midi, lors d’une projection dans un cinéma du centre ville de Casa, la lumière s’est allumée brutalement au beau milieu du film par inadvertance et la salle s’est amusée à faire des commentaires croustillants sur les couples surpris en train de se peloter. Une fois, il y a même eu une grande fille avec de longs cheveux bruns qui s’est mise avec un type au premier rang, juste sous l’écran, et tous les spectateurs  – c’est-à-dire la quinzaine de personnes présents ce jour là – ont vu qu’elle était en train de lui faire une fellation. L’année dernière le Rif a fait l’objet d’une descente de police et le cinéma a été fermé pendant quelques mois. Ces dernières semaines, ce cinéma a connu un relooking sérieux. Fini les films hindous et l’ambiance parfois glauque. Désormais, ce sont des longs métrages arabes ou américains qui sont diffusés et les billets sont contrôlés par un personnel en chemise cravate. En dehors de la prostitution, ces salles de cinéma n’ont pas bonne réputation à cause du manque de sécurité en leur sein. C’est ce que  disait déjà il y a quelques années le réalisateur marocain Latif Lahlou : « Le problème, c’est qu’il y a des gens des milieux populaires qui voudraient aller au cinéma de leur quartier et n’y vont pas car c’est dangereux ». Il peut y avoir des bagarres, sans qu’il y ait toujours quelqu’un qui intervienne. Le bruit est également une constante dans ces salles de cinéma. C’est ce que nous dit Mohamed Hassini, réalisateur de Two lakes of tears : Aller au cinéma au Maroc, c’est comme aller voir un match de foot. C’est différent de la cinémathèque de Paris où les gens vont au cinéma comme s’il s’agissait d’un lieu de culte et où il y a un silence quasi religieux“. Dans certaines salles, on peut voir également des gens fumer des cigarettes ou bien même des joints. Othmane, étudiant dans une école privée, nous relate ses expériences : « le samedi soir, j’adore aller avec mes potes dans les salles du centre ville voir un film à la con. On y va pour fumer et se payer des tranches de fou rire». Parfois, ce sont même des shamkaras qui arrivent à s’introduire dans la salle et profiter des fauteuils pour se reposer un peu de leur quotidien de la rue  Bref, il serait faux de dire qu’il n’y a pas du dévergondage ou de la violence au sein de ces cinémas. Mais notre enquête montre qu’il serait tout aussi faux de les réduire à cela et de stigmatiser les endroits « populaires » comme des lieux où tout le monde est violent ou débauché. N’oublions pas qu’il y a des avant-premières dans ces cinémas populaire, qui attirent une foule de spectateurs des classes aisées ainsi que des réalisateurs connus. Aziz Salmy, réalisateur de Amours voilées, nous déclare : «J’ai fréquenté ces salles de Casablanca et bien d’autres, qui malheureusement ne fonctionnent plus (Beaulieu, Kawakib , Mamounia Sherazad, Olympia à  Belvédère, Moulin aux Roches Noires) . Concernant le Cinéma Rif  de Casabalanca,  non seulement je fréquentais cette salle mais c’est là où j’ai fait la première de mon premier court métrage “Déjà vu”. J’ai donc une relation particulière avec cette salle . Quant au Rialto, j’y ai fait la première de mon troisième court métrage « Ayda », programmé au début des séances du film Les yeux secs. Pour ceux de ma génération, le Rialto fut une des plus belle salles et malheureusement, elle a beaucoup perdu malgré la rénovation. Il y a là peut-être une réflexion à avoir de la part des autorités pour réhabiliter le quartier tout entier ». Les publics qui fréquentent ces salles de cinéma sont donc loin d’être homogènes et les aspects négatifs que nous venons de décrire ne se déroulent ni à toutes les séances, ni de manière quotidienne ou régulière.

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Dignité des publics populaires    

Qui fréquentent les salles populaires du Maroc ? Si à certaines séances nous y trouvons des prostituées, des ivrognes, des drogués et des voyous, nous pouvons y voir également des étudiants, des personnes âgées, des mères et des pères de famille ou des gens tout ce qu’il y a d’ordinaire qui ont envie de découvrir un film au cinéma et se rendent dans ce type de salle car leurs ressources financières ne leur permettent pas d’aller au Megarama. D’ailleurs, lors de certaines séances de projection, il ne se passe strictement rien dans ces cinéma. Pas de débauche. Pas de violence. Pas de drogue. Rien, mise à part quelques rares spectateurs dans ces salles aux centaines de sièges vides. Samedi soir à Rabat, au Royal, il y avait une dizaine de personnes lors de la projection du film marocain « Kherboucha » et tout le monde regardait ce qui se passait à l’écran. Il en était de même il y a quelques années, lors de certaines séances du Rif le vendredi à 14h30, où il n’y avait que quelques amateurs de cinéma hindou dans la salle. C’est ce que nous dit Soraya, qui avait conscience de la stigmatisation péjorative de ce cinéma mais qui le fréquentait  à une époque uniquement les après-midi, pour être sûre de passer un bon moment avec ses amis: « Je suis une fan des acteurs hindous type Shah Rukh Khan…J’ai plein de dvd de lui chez moi et je venais au Rif quand il passait ses films ou bien ceux avec Aishawara Rai ». Nous pouvons voir d’ailleurs au passage que ce ne sont pas les achats de films piratés qui vident les salles de cinéma puisqu’il semble que ceux qui les fréquentent lors de certaines séances sont aussi ceux qui achètent les dvd à Derb Ghalef ou à Jutia. Quoi qu’il en soit, il y a bien des gens qui vont dans ces salles de cinéma pour y voir les films. C’est le cas de ces personnes qui, avant sa fermeture il y a quelques années, se rendaient le samedi après-midi au Mauritania, le cinéma de la médina de Rabat situé à l’avenue Mohamed V et qui est aujourd’hui un magasin improvisé de babouches made in China. Dans cette salle où on pouvait voir courir des chats le long des rampes d’escalier ou entre les fauteuils, il y avait un public fort nombreux qui venait les week end pour profiter des deux films que l’on passait à la suite pour le prix de neuf dirhams. Les publics des salles de cinéma populaires, c’est aussi la grand-mère avec sa djellaba blanche et son jolie foulard qui va voir un film américain romantique accompagnée de son petit neveu, c’est un père au revenu modeste qui amène ses enfants voir Jackie Chan, c’est un couple d’amoureux platonique respectueux de la tradition islamique et se rend dans les salles obscures juste pour être côte à côte loin du regard des autres. Le public des salles populaires est multiple et les ambiances qui y règnent peuvent aussi être conviviales. C’est ce que nous dit Zineb enseignante, à propos d’un cinéma de Marrakech qu’elle a découvert avec son mari lors de ses vacances: « Je me souviens que l’on tenait absolument à voir des films et il n’y avait pas encore le Megarama …Le film qu’il passait au Colisée on l’avait déjà vu…Alors on s’est rabattu sur un petit cinéma des quartiers populaire de Marrakech ; je crois qu’il s’appelait le Mabrouka …J’avais un peu peur du public que l’on pouvait croiser mais il n’y a eu aucun problème…Malgré la chaleur qu’il y faisait car il n’y avait pas de clim, l’ambiance était très sympathique ». De la même manière, les pratiques que l’on peut voir dans ces cinéma sont également très hétérogènes. Les couples qui s’y rendent n’ont pas tous les mêmes manières de se comporter et ces pratiques que l’on qualifie à tort ou à raison de débauchées existent non seulement dans les cinémas (populaires ou non) mais aussi dans les toilettes, les garages, des caves et dans tous les endroits un peu déserts susceptibles d’offrir un peu d’intimité à ceux qui la recherchent. Il en est de même des actes de violences, que l’on peut voir un peu partout au sein de chaque société. Par contre, ce qui risque de ne plus exister si les grandes firmes cinématographiques monopolisent toutes les parts de marchés et font fermer les cinémas de quartier, ce sont ces publics populaires, composites et culturellement hybrides, qui cherchent en dépit de leurs revenus modestes à avoir accès à des produits culturels et à en faire profiter leur famille.

 

Jean Zaganiaris (version longue d’un texte paru dans Le journal hebdomadaire n° 415, 31 octobre-6 novembre 2009)

 

ENCADRE

« Ces salles de cinéma ont une âme »

 

Nourredine Lakhmari revient sur sa fréquentation des salles populaires de Casablanca et ses projets pour leurs préservations.

 

-          Fréquentez-vous les salles de cinéma du centre ville de Casablanca ?

 

-          Oui, je connais très bien ces cinémas. Quand j’étais jeune, j’allais très souvent au Rif et au Ritz. C’est des lieux magiques. C’est des lieux qui donnent envie de faire du cinéma. Dernièrement je suis allé au Ritz, en face du Rialto, pour l’avant première d’un ami. Je fréquente toujours ces salles.

 

-          Que pensez-vous du fait qu’elles ont mauvaise réputation ?

 

-          Je me fiche qu’elles aient mauvaise réputation !!! Pour moi, ces salles de cinéma ont une âme, une histoire. Elles continuent de vivre malgré les difficultés et cela, c’est très bien.

 

-          Que faudrait-il faire pour les sauver ?

 

-          Le problème de ces salles, c’est qu’elles visent pas grand…Elles ne passent qu’un seul film…Parfois, c’est le même film pendant plusieurs semaines…Ce qu’il faudrait faire, c’est proposer quatre ou cinq films différents et rénover ces cinémas pour qu’ils aient quatre ou cinq salles…Avec mon associé, on envisage de racheter des cinémas du centre ville tel que le Lutétia…C’est comme ça que l’on va éviter de les perdre et de voir fermer des lieux mythiques.

THE WALL

octobre 19, 2009

Alan Parker est un réalisateur qui nous a marqué à une certaine période, avec des films tels que “Birdy” ou “Angel Heart” (notre ami Nicos NSB se souviens bien de l’enthousiasme avec lequel nous foncions dans les salles de la côte à chaque nouveau film).

« The wall » est sorti en salle en 1982, à un moment où le mur de Berlin n’était pas encore tombé, et est bâti à partir de l’album des Pink Floyd du même nom. représente un coup de cœur que l’on a voulu passer, M. Brun et moi-même, aux étudiants de COM’SUP (du moins à la poignée de motivés qui ont pu venir ce vendredi après midi au Studio). Que représente « The Wall » ? Certainement pas un long métrage théoriciste dont il faudrait chercher la bonne interprétation. Il s’agit plutôt d’un énorme délire cinématographique qui, un peu à la manière d’une vague, vient heurter les émotions et le vécu du spectateur. C’est à partir de la subjectivité de chacun que les différentes visions (et donc les différents sens) de ce film se construisent. Les scènes où les dessins animés se mélangent à la réalité, où les visions apocalyptiques construites à partir d’un excès de drogue mélangent présent, passé et futur, sont prodigieuses. Je pense aux scènes tournant autour de la piscine, où Pinkie est en train de flotter dans un bain de sang après avoir péter les plombs sur une groupies à partir d’un souvenir douloureux lui rappelant la fin de sa grande histoire d’amour ou bien s’être rappelés les passages de son enfance où l’absence du père s’est faite cruellement sentir.

 

 

Pour ma part, j’ai vu ce film peut-être six ou sept fois, et chaque vision est ressentie de manière différente. Par exemple, la première fois que j’ai vu ce film, c’est en 1987. J’étais encore au Lycée (je commençais à m’enthousiasmer un peu culturellement), je connaissais les Pink Floyd, j’aimais bien faire la fête avec les potes et j’aimais pas l’ordre, les profs austères, l’autorité (ah le fameux cri anarchiste « vive libre ou mourir !!» des Bérus !!!, qu’est-ce qu’on l’a crié !!!). J’avais été sensible aux scènes où les étudiants fracassent les portes avec des chaînes, entrent dans un conflit parfois violent avec la police et s’approprient les espaces publics qu’ils détruisent ou incendient. Je me disais c’est super, c’est cela qu’il faudrait faire (sans jamais être passé à l’acte). Aujourd’hui, maintenant que je suis prof, je suis quand même sensible à ces scènes mais je les vois plus comme des métaphores, des images. « We don’t need no education, we don’t need no thought control ». Peut-être que ces paroles ne signifient pas que l’on doit tout laisser faire aux enfants mais qu’elles rappellent simplement que l’éducation n’est pas synonyme de dressage ou d’élevage animalier. La liberté, c’est pas l’anarchie ; c’est pas faire ce que l’on veut. C’est pas,  par exemple, se détruire, s’auto-détruire dans un  excès de drogue. Foutre le feu, tout casser, ça défoule peut-être mais ça n’a jamais rien changer non plus. Puis, comme le montre également le film, les fascistes aussi à un moment ils cassent tous, ils mettent le feu et détruisent tout. On pourrait transposer les mises en garde deleuzo-guattarienne de l’Anti-Œdipe à celles qui semblent surgir dans « The Wall ». Le film semble en effet mettre en garde contre cette tentation révolutionnaire qui peut se reterritorialiser sur le fascisme. Les mouvements visant à émanciper et à promettre la liberté peuvent se changer en dictature ; et de ce point de vue, « The Wall » est un film profondément anti-totalitaire, tant au niveau du fascisme et du nazisme que du stalinisme. C’est aussi un film qui interroge les régimes démocratiques. « The wall » fait étrangement écho aux thèses de Herbert Marcuse dans les années 60. L’image du mur ressemble étrangement à ces foules solitaires décrites dans « L’homme unidimensionnel ». Les démocraties ne sont pas uniquement cette image idéale que nous vante la théorie politique. Il s’agit de régimes pratiques qui ont eux aussi leurs limites. Ce sont les démocraties libérales de l’Europe qui lors des deux guerres mondiales ont fait des soldats de la chaire à canon. Ce sont les démocraties libérales de l’Europe qui ont inventé ces systèmes scolaires quasi-carcéraux où les enfants sont brisés par une discipline de fer, similaires justement à celle des camps militaires, où les soldats sont des machines programmées à obéir quel que soit l’ordre. Ce sont nos démocraties qui produisent toutes sortes de murs, derrière lesquels on se réfugie, on se camoufle, on se coupe des autres. La drogue, la télévision, l’enfermement chez soi, l’enfermement dans ses souffrances, ses souvenirs douloureux, ses échecs, ses angoisses et ses traumatismes ; tout cela forme les briques d’un mur que l’on dresse entre soit et les autres, entre soit et le monde. Et devenant ainsi, en mettant des murs entre soit et le monde, entre soit et la vie, on devient soit-même une brique, une brique comme toutes les autres briques de ce mur incarné par la masse homogène et uniforme des soldats prêts à mourir au combat ou bien de ces étudiants soumis à l’embrigadement scolaire et prêts à rejoindre docilement les rangs des entreprises.

Libérer Roman Polanski

octobre 1, 2009

L’affaire Roman Polanski rappelle étrangement les visions de Michel Foucault dans Surveiller et Punir, où la société capitaliste est présentée non pas comme une société permissive et libérale mais comme une société où la marchandisation des choses est conjointement liée à une répression accrue des êtres. Il est navrant de constater qu’un hommage fait à l’un des plus grands cinéastes se soit changé en une arrestation policière et est fini par un enfermement (le mot cher à Foucault). Bon, on va pas être les premiers et les derniers à crier Libérez Polanski mais bon on avait envie de le faire. On a adoré certains de ses films. Deux sortent du lot pour nous : Lune de fiel et la 9e porte. Tous les deux sont avec la superbe Emmanuelle Seigner, qui dans chacun d’eux joue le personnage de cette femme troublante, tantôt fatale (Lune de fiel), tantôt muse (La 9e porte).

Dans Lune de fiel, librement adapté d’un roman de Pascal Brukner, on voit l’histoire d’amour tragique entre un écrivain raté vivotant à paris et une jeune apprenti danseuse. Des payasages superbes de Paris (tels que l’on en voit aussi dans Frantic) sont accompagnés de la musique de Vangelis. Tout marche à l’expérimentation des plaisirs et des souffrances dans ce film savament orchestré par Roman Polanski.  

Dans la 9e porte, on voit les aventures d’un détective du monde des livres parti à la recherche d’un livre de magie noire. Plus que l’histoire ou bien la logique des choses, c’est l’athmosphère du film qui nous a conquis. Le monde est une bibliothèque dans laquelle on recherche un livre. Mais cette bibliothèque est aussi un labyrinthe dans lequel on se perd. Tout tourne autour de cela. Le héros, superbement incarné par Johnny Deep, voyage dans le monde sans savoir où il va. Il se perd, que cela soit dans les rues espagnoles et françaises ou bien dans les yeux d’Emmanuelle Seigner, qui l’accompagne tout au long de sa quête jusqu’au dénoument final.  

L’étrange festival – Paris 2009

septembre 16, 2009

 

Gros week end à Paris, avec notre ami Nicolas NSB, qui vient de finir son nouveau court métrage (nous en parlerons lors d’un prochain article). Entre conférences (je garde un super souvenir du 10e congrès de l’association française de science politique à Grenoble) et visite à la famille, on a eu le temps d’aller voir des films le soir au Forum des images. On avait déjà préparé le terrain, à la maison, pour être bien dans l’ambiance du cinéma bis de l’Etrange festival. On s’est fait quelques films comme le génial “L’autre enfer” de Bruno Mattei et Claudio Fragasso, filmant l’enquête d’un prêtre détective (Da Vinci code n’a rien inventé) dans un couvent où des nonnes se font trucider. On a vu aussi de bons films fantastique ou horreur du style “nightmare à dayton beach”, “dementia 13″ (le premier film de Coppola datant de 1963), “la morsure de la veuve noire” (avec Coralie) ou “Butcher boy” de Neil Jordan, sans parler de “Baise moi” de Virgninie Despentes et Coralie, petit bijou du film noir adapté du roman trash et avec une BO d’enfer. Bon, vendredi soir, on a bien commencé avec “Amoklauf” (1993) de Uwe Boll (Bloodrayne, Postal). Le film, vu dans la salle 50 (petite salle avec datacho), raconte l’histoire d’un serial killer prôche de l’insensibilité de “L’étranger” d’Albert Camus, avec un fond de Schoppenhauer. “Je tue des gens pour bien détruire tout espoir en moi, pour me dire que la vie ne vaut pas la peine d’être vécu”. Voilà le ton sur lequel démarre le film. Au départ,  je me suis dit que bon si c’est pour voir un truc morbide à connotation expérimentale c’était pas la peine. Puis ensuite le film prend une autre allure et j’ai beaucoup aimé. Y’a des scènes d’auto-dérisions, montrant le tueur en train de regarder à la télé une exécution public en mettant un fond sonore de jazz et faire suivre cela d’une émission style “Qui veut gagner des millions”. Ou bien la scène hilarante où il regarde un film x à la télé et où on sonne de manière insistante à la porte. Le type ouvre la porte sans se demander qui c’est, poignarde la fille qui tapait, puis la laisse mourir dans son salon, en prenant bien soin de remettre en place le tapis du salon et en regardant la fin du film. Bref, des idées pas mal. Ensuite on a vu “The proposition” (2005) de John Hillcoat, dans la grande salle 500, avec écran géant et super son. c’est un western sombre et violent, superbement accompagné par une BO de Nike Cave. Ensuite, on a fini avec ce qui est pour moi le coup de coeur de ce festival “Embodiment of evil” (2008) de José Monica Marins; un film de vampire brésilien complétement déjanté et bien gore. Des passages dans une athmosphère gothique (la scène avec la croix est superbe, tout comme les passages dans le caveau du vampire, avec une musique géniale). Il y a un superbe travail psychologique sur le personnage principal, le vampire vieillissant, qui revoit défiler sa vie, avec des spectres et des remords qui reviennent le hanter. Bref, de quoi nous faire apprécier la pizza qu’on s’est mangé à 1heure du matin près des Halles.

Le lendemain, pareil, 3 films. On a commencé par “Moon” (2009) de Duncan Jones, le fils de David Bowie, film de science fiction sans plus inspiré par “2001, l’odyssée de l’espace” de Kubrick. Après, Nicos NSB a vu “District 9″ en avant première et moi je me suis rabbatu sur ”Le cas de l’apprenti bourreau” (1969 ) de Pavel Juracèk, montrant une adatation des voyages de Gulliver dans une Tchécoslovaquie en proie à la tyrannie. Film superbe, en noir et blanc, avec une musique plannante. C’est est un beau mélange entre Fellini et Orson Wells. L’image de ce souverain, derrière lequel ne se cache que le pouvoir symbolique et non pas la force proprement dîtes, m’a bien plu. Et pour finir un film japonais “Osen la maudite” (1973) de Noboru Tanaka, qui a travaillé avec Immamura. Paysage et musique splendides. Même si le film aurait pu verser dans le drame (cela raconte l’histoire d’une geisha déchue qui sombre dans l’alcool et dans la prostitution de rue mal famée), on a quand même en prime une bonne petite touche d’humour. Là encore, on a bien apprécié notre pizza, après les projections, les ballades dans un Paris nocturne (“I love Paris) et les courses dans les boutiques de cd et dvd…vivement l’année prochaine !!!!

     

15e édition du festival du cinéma d’auteur de Rabat : les montagnes russes

juillet 13, 2009

Comme l’a dit le président du festival lors de la soirée de clôture, le festival du film d’auteur de Rabat connaît actuellement une phase de transition et explique qu’il y ait eu pas mal de problème de désorganisation : film russe passant au Royal mais sans aucun sous titres, film passant à l’ex place Piétri et qui s’arrête en plein milieu car les fusibles ont sauté (c’était le beau film de Moumen Smihi « Les cris de jeunes filles des Hirondelles »), projection bricolage (dvd+datacho)…Toutefois, lorsque on est amoureux de ce festival, on attend pas que l’on nous offre tout sur un plateau d’argent mais on va chercher son bonheur soi-même…D’ailleurs, on s’est rajouté même deux films en plus samedi après midi et dimanche : « Rafta, rafta » de Raj Sharma à la salle du Rif de Casa et « Morgan Ahmad Morgan » avec Adil Imam qui passait au Royal de Rabat. En effet, c’est dommage que, contrairement aux autres années, entre la séance de 16h et celle de 20h il n’y ait pas une séance à 18h ou bien que les séances de 22h aient été supprimé au Royal et au 7e art. Du coup, on a rempli ces vides. Cette 15e édition du festival du cinéma d’auteur de Rabat a été un peu comme les montagnes russes, avec des bas (comme on l’a dit) mais aussi des hauts. Elle a consacré, entre autres, un hommage au cinéma russe. Ca a été l’occasion pour nous de découvrir quelques films à la salle Gérard Philippe, dont « Skalolazka » de Oleg Chtrom. On y est allé lundi soir, un peu de manière improvisée. Et quelle n’a pas été notre surprise de constater que nous étions…le seule spectateur !!! Ca c’est génial et c’est la première que cela nous arrive. Il y avait dans la salle le producteur, deux ou trois personnes de l’ambassade russe et moi. L’équipe m’a même proposé de m’emmener dîner avec eux pour me remercier d’être venu. Pour eux, le fait qu’il y ait un seul spectateur dans la salle a même semblé quelque chose d’important : « le fait qu’il y ait eu un seul spectateur qui soit venu est très important et du coup on a bel espoir pour l’avenir ». Bon ça commençait bien, au niveau ambiance. De plus, « Skalolazka » (2007) est un film super sympa, une sorte de Lara Croft russe qui se bat sous fond de techno pour sauver le monde. Génial. Comme film russe, on a vu aussi le grand prix du festival « Ne pense pas aux singes blancs » (2008) de Youri Mamine. Très beau film sur le rapport à la folie (on pense à Michel Foucault et à son dépassement du couple raison/déraison). Il y a un enchantement et une poésie qui font rêver le spectateur, un peu comme dans les films de Fellini. Avec Madame, on est allé voir le film russe « Ellipsis » (2007)  de Andrei Achpei, racontant l’histoire d’une artiste russe qui retrouve un de ses anciens amants. Ambiance romantique et film d’époque, accompagné par la construction d’une statut de Lénine que confectionne le personnage principal. Ensuite, après le film, ça a été l’occasion de se faire une bonne bouffe à « Tanji et Tanjia », où ils font de bons de petits plats marocains, et de rentrer vers minuit après une bonne soirée. En fait, c’est bien ce festival. On va voir des films à 20h et on mange après. Un soir, on s’est fait également le film turc « Ice scream, I scream » (2007) de Yuksel Aksu à la salle Gérard Philippe (L’IF de Rabat a réussi à faire partie des partenaires de ce festival). Là encore ambiance sympa. Le film turc était sous titré en arabe et c’était agréable de voir parmi les couples mixtes de la salle les conjoints arabisant faire partager la traduction à leur voisin. Et ensuite, rebelote, on est allé manger des pattes à l’huile d’olive dans un bon petit restau italien avec Madame. Le festival a consacré également un hommage au cinéma palestinien. Obligations professionnelles obligent, nous n’avons pu voir qu’un seul de ces films : « laila’s birthday » (2008) de Rachid Mashani, racontant la journée d’un juge obligé de faire le chauffeur de taxi pour survire. Proche du style Jacques Tati que l’on retrouve dans « Intervention divine », « Laila’s birthday » nous montre le quotidien de cet homme à Jérusalem, entre tracasseries administratives, manifestations, tirs de roquettes, hommes armés dans la rue, misère sociale…Parmi les films que nous avons adoré, il y a « Quale amore » (2007) de Maurizio Sciarra, librement inspiré de « La sonate à Kreuzer » de Toltsoï et qui raconte la descente aux enfers d’un couple qui s’est marié trop tôt et trop vite. Le coup de cœur de ce festival a été « Pour un instant, la liberté » (2007) de Arash T. Riahi. Ce film raconte le périple d’un groupe d’exilés iraniens à Ankara, qui cherchent à obtenir le statut de réfugiés politiques et de pouvoir aller en Europe. Il y a ceux qui y arrivent et ceux qui y arrivent pas. Ce récit terrible sur la condition d’exilés et sur la vie des personnes qui attendent un espoir, une aide, une compassion de l’étranger est tout simplement magnifique. « London river » (2008) de Rachid Bouchareb est également superbe. C’est le calvaire d’une mère qui recherche sa fille, en compagnie d’un vieux garde forestier français d’origine centre africaine, dans un Londres marqué par les attentats de juillet 2005. Le film de Costa Gavras, « Eden à l’Ouest » (2008), racontant le voyage initiatique d’un clandestin qui fait le trajet d’Italie à Paris par ses propres moyens, est superbe. On pense beaucoup au poème « Ithaque » de Constantin Cavafy, qui dit que le plaisir du voyage est beaucoup plus intense que son arrivé à la destination prévue. C’est un peu ce que nous avons ressenti tout au long de ce festival. Le charme d’une ambiance, d’expériences, de rencontre et de discussions, de découverte de films et de week end agréables à aller entre les salles de cinéma du centre ville et le cyber pour faire la rentrée des notes sur les bulletins, plutôt que la recherche à tout prix d’un résultat, d’une satisfaction cinéphile, d’un jugement satisfait sur les films et sur l’organisation. On espère refaire ce même voyage l’année prochaine, avec la 16e édition…

 

Un grand film du cinéma marocain : LE REGARD (2005) de Nourredine Lakhmari

mai 18, 2009

Vendredi dernier, les étudiants du ciné club de COM’SUP ont organisé au Megarama de CaVendredi dernier, les étudiants du ciné club de COM’SUP ont organisé au Megarama de Casa une projection de « Le Regard » de Nourredine Lakhmari. Bravo et merci à Mohamed Setti, aux profs et aux gens de l’équipe pédagogique de COM’SUP qui ont soutenu et aidé à tout cela. Bravo et merci à toute l’équipe, spécialement à Lamia qui a eu le courage de prendre la parole et de présenter le film à la salle pleine (si l’on veut lutter efficacement contre le post colonialisme, c’est en commençant par faire faire les choses à nos élèves afin qu’ils soient acteur de leur vie professionnelle, et non pas faire à leur place, en les maintenant dans un état perpétuel de minorité). Après le film, il y a eu lieu un beau débat, avec la présence du réalisateur qui a répondu, en compagnie de deux comédiens de talents, aux questions que lui a posé le public venu en grand nombre regarder le film. Comme nous l’avons dit, nous n’avons pas aimé « Casanegra ». Toutefois, nous avons adoré « Le regard ». Il s’agit d’un des rares films à traiter des violences coloniales qui ont eu lieu au Maroc au moment de la décolonisation en 1956. Albert, photographe de guerre à cette époque, revient au Maroc quarante ans plus tard pour rechercher des pellicules qu’il avait cachées dans une maison. Il retrouve la boite qu’il avait enterré mais les films ne sont plus à l’intérieur. Dès lors Albert va partir à leur recherche, accompagné par ses souvenirs, par cette mémoire « tatouée » sur laquelle on voit apparaître progressivement les horreurs et les violences que les militaires ont fait subir aux populations marocaines. Albert cherche non pas la vérité (il la connaît ; on ne peut pas se mentir à soi-même) mais à montrer la vérité, à la faire ressurgir, à la montrer aux autres ce qui s’est passé. La honte d’être un homme l’a dévoré toute sa vie. La honte d’avoir rien dit, d’avoir assisté en témoin passif à toutes ces immondités. La honte d’avoir pactisé, d’avoir abdiqué, d’avoir reçu une médaille pour avoir photographié les « exploits » de cinq militaires français lors de l’indépendance du Maroc. Tout cela le ronge et il a envie maintenant de dire tout cela, d’arrêter le silence et de « pousser un cri ». La pellicule qu’il cherche contient les photos des violences et des humiliations que les militaires français ont fait subir. Elles sont éparpillées dans tout le Maroc, tantôt vendues dans les souks, tantôt rangées dans un album photo que l’on ouvre jamais. La force du film de Lakhmari est d’avoir su, à la manière de Walter Benjamin, se saisir d’un souvenir du passé (la décolonisation en 1956) et de le faire briller dans le présent (le Maroc des années 2000) afin de nous prémunir des dangers du futur (la victoire du post colonialisme dans le Maghreb du XXIe siècle). La colonisation a été une abomination et il faut montrer les dégâts qu’elle a produit sur les pays colonisés, sans pour autant rallier les thèses les plus réactionnaires prônant un nationalisme dogmatique et méprisant toute altérité ou toute mixité culturelle, une quête d’un passé pré-coloniale mythifié ou l’extrémisme religieux. En même temps, il serait aveugle de ne pas voir la diversité du regard que les militaires français avaient sur les Marocains. Le regard d’Albert, jeune photographe effaré et puis écœuré par les violences des soldats, n’est pas le même que celui d’autres soldats torturant les rebelles, de ceux des chefs militaires souhaitant qu’on les traite comme des prisonniers ou bien des infirmières de guerre luttant pour sauver les victimes de cette folie, quelle que soient leur nationalité. « L’Occident » est fragmentaire. Il ne s’agit pas d’un tout homogène qui verrait le monde arabe de manière uniforme et homogène. Ensuite, le film de Lakhmari a le mérite de ne pas verser dans le choc des civilisations et de ne pas montrer les Français et les Marocains comme deux entités antagonistes, déterminé uniquement par le conflit. Même si l’amitié n’est pas chose facile (y compris entre des gens de même nationalité d’ailleurs), elle est quand même possible. Le rapport de Robert avec le photographe qui l’accueille lors de son retour au Maroc et qui l’aide dans sa quête est fantastique. Il montre que la plus belle chose au monde est lorsque deux êtres arrivent à construire quelque chose en s’aidant mutuellement pour aller par delà leur faillibilité respective. Au photographe français qui n’arrive pas à se sortir de ses traumatismes de guerre et qui cherche ses pellicules dans tout le Maroc, le photographe marocain apporte sa connaissance de la langue, des endroits, des gens ainsi que son réconfort et son amitié (quoi de plus beau que l’amitié pour l’étranger). Au photographe marocain qui n’a pas les moyens techniques et qui surtout n’a pas la confiance en lui pour croire en la beauté de son art, le photographe français apporte et donne son matériel, tout comme il prend les photos magnifiques que son ami n’ose pas montrer et les fait découvrir aux autres à sa place. La scène de photo dans le cabaret, avec cette cheikhat dansant derrière le portrait de Marilyn Monro dessiné par Andy Warhol est prodigieuse. L’art est universel. Tout comme les bières que l’on ingurgite dans le cabaret, l’art est aussi quelque chose quelque chose que l’on partage, quelle que soit notre nationalité et notre culture. Les photos ne sont plus celles du français ou du marocain. C’est simplement le sourire de la cheikhat sur l’image en noir et blanc qui reste. Là encore on sent que le film de Lakhmari est proche des idées de Walter Benjamin sur l’œuvre d’art. Aux photos en noir et blanc prise lors de l’indépendance en 1956 et montrant la barbarie, avec les soldats français qui sourient en posant leur couteau sur la gorge de leur prisonnier marocain se superposent très difficilement celles prises dans les années 90, où l’on essaie de montrer rire et insouciance. Qu’on le veuille ou pas, l’humanité a été souillée par cette partie de son histoire, par ce qui a été fait à ce moment. La scène où Albert, rattrapé par ses souvenirs, se saoule avec ses frères marocains dans le cabaret est magistrale. On est par delà le complexe de l’homme blanc et de toutes les conneries de ce style prônant une culpabilité décontextualisée et moralisatrice. La fragilité des êtres est plus belle que le moralisme de ceux qui donnent leur leçon, quel que soit leur position ou leur camp. La vie est marquée par tout un tas de souvenir qui passent pas, par tout un tas de trucs qu’on aurait pas aimé avoir fait mais que l’on a quand même fait ; et c’est d’ailleurs ça aussi qui nous rassemble, que l’on soit Français ou Marocain. La fragilité et la complexité des êtres, capables de regarder le bleu de la mer en étant côte à côté après avoir été face à face. C’est sans doute cela qui fait la grandeur de « Le regard », qui est l’un des films les plus profonds du cinéma marocain des années 2000. sa une projection de « Le Regard » de Nourredine Lakhmari.

 Jean Zaganiaris, Enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP.

Mickey ROURKE, The wrestler

février 18, 2009

Ce week end, on a vu le dernier Mickey Rourke. C’est un acteur dont on avait adoré la préstation dans des films tels que “L’année du dragon” ou “Rusty James”.  Cela fait plaisir de le voir revenir dans ce petit bijou réalisé par Darren Aronofsky. Le film raconte l’histoire d’un catcheur assez connu mais un peu précaire (un peu à l’image du boxeur de “Homeboy”), qui va faire un infractus après un combat particulièrement violent. Le film démarre en montrant la carrière de “Jam”, qui s’étale sur plus de vingt ans. Le type a dépassé la quarantaine mais a du mal à décrocher, tant avec les plaisirs intenses du ring qu’avec la préparation du show (la musculation, le brooshing, les uv, puis l’entrée sur le ring avec la musique et les applaudissements). Et après son arrêt cardiaque, il cherche à se raccrocher à autre chose, à sa fille qu’il a pas vu depuis des années, à un amour difficile, à un boulot sans inérêt. On l’aura bien compris, on est pas loin de la société du spectacle. La caméra suit l’acteur de dos, quand il rentre sur le ring, quand il rentre dans la boite de strip tease où bosse sa copine, quand il va voir sa fille, quand il rentre dans le petit local poisseux où il va exercer ses fonctions de vendeur. Tout ça est prodigieux. Le personnage de Mickey Rourke n’est pas éloigné de celui de la vieille dame de “Requiem for a dream”, qui veut passer à la télé et s’accroche à la spéctacularisation de soi, au prix même de sa propre vie. C’est sans doute cela la thématique première de “The Werestler”. Avoir quelque chose dans sa vie, qui lui donne sens. Avoir un sens à sa vie autre que celui de la chronologie qui mène de la naissance à la mort. Il y a quelque chose pour  ce catcheur qui est plus important que tout, que sa fille, que l’amour. Il est prêt à tout donner, à tout sacrifier pour les plaisir épprouvés sur le ring. Avoir un sens à sa vie peut avoir parfois un coût terrible. Le film attire l’attention sur ces passions qui peuvent donner une élévation à notre existence et être capables en même temps de nous détruire de la façon la plus brutale qui soit.    

Casanegra : un gros navet du cinéma marocain

février 6, 2009

La semaine du 25 décembre, on est allé voir Casanegra au cinéma. On s’attendait à un petit bijou, d’autant plus que Le regard, l’un des précédants films de Lakhmari, était un chef d’oeuvre. C’était un très beau film sur les dérives du colonialisme au Maroc. Par contre, Casanegra s’inscrit plutôt dans le registre du nanard bombardé dans l’espace public à grands coups de pompe médiatique et auto-sacralisé un peu partout de manière a-critique comme le film réalité sur Casa. On nous dit “Allez le voir et le revoir, c’est génial etc”…Bon, faut arrêter un peu les conneries. C’est l’histoire de deux jeunes de Casa, avec leur galère, leurs états d’âmes, leurs rêves. Casanegra aurait pu être un bon film. Il y avait matière. Les belles images de la ville de Casa, avec son architecture particulière, les rêves brisés des deux amis, le sauvetage de tortue (sans doute la scène la plus intéressante du film), la tentation de la pègre (un peu à l’image de “Il était une fois le Bronx” de Robert de Niro), l’attention sur des problèmes de société (femmes battues, précarité des jeunes). Toutefois, qui embrasse trop finit par mal étreindre. Le film de Lakhamri s’enlise dans les clichés (la scène dans le cabaret est ratée, contrairement à celle de “Le Regard”) et dans un manque de structure profond, où les personnages du films ne semblent être que la bouche du réalisateur qui exprime telle ou telle de ses opinions personnelles sur la mendicité, la violence, la langue. La scène où l’un des personnages exprime sa rancoeur à l’égard d’une Casa où un bourge peut griller un feu sous pretexte qu’il a une grosse bagnole ou que les saoudiens viennent abuser des filles rappelle à fond celle de “La 25e heure” de Spike Lee…Toutefois, le film manque cruellement d’un scénario béton, d’un fil conducteur qui rassemble les parties éparses et aussi d’un certain recul. Ce qui est le plus génant dans le film est cette subjectivité érigée comme une sorte de vérité sur la ville, voire sur la vie. Il y a une “opposition de classe” radicalisé à l’extrême qui transparait tout au long du film et qui montre ce jeune amoureux d’une antiquaire (qui, au passage, a le tort de parler français et non arabe, ou bien d’aimer aller danser en boite de nuit !!!). On est loin dans “Casanegra” de l’éloge de la femme marocaine émancipée et indépendante !!! La seule femme forte est celle qui flirte dans le cabaret et sert d’objet de diverstissement aux hommes. Ce sont ces derniers qui sont érigés en personnages centraux dans “Casanegra”. Ce film est, disons le franchement, un film de “mec”. Pour reprendre Coluche, les femmes sont soit toutes des putes, soit toutes des vierges mais rarement dans l’entre deux (comme la cheikhat de “Le regard”, dansant derrière l’affiche de Marilyn). Rien que parce qu’elle est d’une autre classe sociale, la femme dont tombe amoureux l’un des héros du film  va le faire souffrire car lui n’est qu’un rejeton de la rue. Tout cela est accompagné d’un “nationalisme étriqué”, où l’image des français (qui sont pourtant divers et multiples à Casa) se réduit à celle d’un pervers qui débauche les pauvres petites casablancaises et où le darigea est érigé de manière normative comme la langue qu’il faut parler, alors que les langages sont eux-mêmes multiples, y compris au sein de la darija. Contrairement à “Le regard”, le refus du pluralisme de la vie, des cultures (voire de l’interculturalité, au sens de mixité, de métissage, d’hybridité ) est présent dans le film. De plus, la fraternité et l’amitié ont un sens particulier dans Casanegra. A aucun moment celui qui a trouvé la grosse liasse de pognon ne va la partager avec son ami. Cet absence de recul critique sur l’individualisme et sur les rapports pas toujours francs entre les deux personnages donne au film un accent très particulier (et du coup inachevé) sur ce qu’est l’amitié. Si ça se réduit à galérer ensemble mais ensuite chacun pour soi quand il y a une pépite, dans ce cas on peut remettre en cause ce que signifie l’amitié. La construction médiatique présentant Casanegra comme choquant ou trash n’est guère fondée (“Marock” va beaucoup plus loin au niveau de la radicalité, en bousculant les tabous de la société marocaine, ce que Casanegra ne fait jamais vraiment). On attend avec impatience son prochain film !!!

Shahrukh Khan

juillet 25, 2008

On a écrit précédement dans l’article sur le ciné hindou qu’il ne se limitait pas à Shahrukh Khan. OK. Mais le cinéma hidou, c’est quand même aussi Shahruk Khan. L’un de ses derniers films, “Om Shanti Om” est un petit chef d’oeuvre, racontant sur un ton à la fois humouristique et dramatique une histoire d’amour et de réincarnation. C’est ça le charme des films hindous. On démarre léger, puis ça peut prendre un angle à 180° et virer au drame, puis on revient vers quelque chose de bien. Un peu à l’image des contes pour enfants. Après la pluie, le beau temps. De plus, “Om shanti Om” comporte de très belles scènes de chansons et de danse, avec une qualité d’image et une chorégraphie excellente. On voit des décors somptueux et la musique est de qualité. Le dernier Sharhuk Khan est un petit bijou à ne pas rater. Cet acteur a joué dans des films de grande qualité. “Veer Zarah” et “Koyla” ont déjà été cités dans l’article précédant. Il faut aussi évoquer le mélodrame “Kaal Hoo Na Ho” ou des comédies sympathiques types “Baadsha”, où l’on voit les talents de comédien de Shahrukh Khan. Toutefois, cet acteur ne se cantonne pas à un seul type de rôle. On peut le voir dans le sombre polar “Don” en méchant ou bien dans “Josh”, où il joue au bad boys type James Dean. Des rôles plus graves sont à noter également, comme dans “La famille bollywood” ou bien surtout “Kabhi Alvida Naa Kehna”, où il joue le rôle d’un type marié qui découvre le grand amour avec la femme de quelqu’un d’autre et qui va s’engager dans une tragique histoire d’adultère entièrement assumée. Ce film est particulier dans la carrière de l’acteur car contrairement à des films tels que justement “La famille Bollywood”, le côté moralisateur et traditionnaliste est mis de côté. L’histoire montre qu’en amour les choses sont compliquées et que ce n’est pas une morale à deux balles qui va règler les problèmes. Concernant les autres très bons films avec Shahrukh Khan, il y a aussi le tragique “Devdas”, montrant les ravages que fait la tradition des mariages arrangés chez les jeunes, ”Mohabbaten” ou bien le très marrant “Duplicate” (s’inspirant très librement de “Replicant” avec Van Damme). Côté vie perso, j’ai été content de voir que Shahrukh Khan est diplômé d’une grande école de communication. Peut-être que nous aussi, à COM’SUP, on a des futurs Shahrukh Khan parmi nos élèves…

pour plus d’infos

http://fr.wikipedia.org/wiki/Shahrukh_Khan 

http://www.omshantiom.com/

Le cinéma Rif à Casa et les films hindous

juillet 21, 2008

“SSSSHHH”. C’est le titre du film qui passe en ce moment au Rif. Situé sur l’avenue des Far à Casablanca, ce dernier est un petit cinéma de quartier où il ne passe que des longs métrages hindous. Ca fait quatre ans que nous l’avons découvert. Nous y allons de temps en temps y voir un film l’après midi, histoire de souffler un peu. Rien de tel le vendredi qu’un bon couscous et ensuite un bon film hindou. Un tel cinéma à Paris serait considéré comme un ciné club, voire comme un temple, par les amateurs du genre. Par contre, à Casa, c’est un peu une salle que ne fréquentent pas les classes aisées ou les gens fortement dôtés en capitaux culturels (pour parler comme Bourdieu). On n’y voit jamais de touristes. Dommage. Il y en aurait que cela pourrait intéresser, d’autant plus que les films sont parfois sous titrés en français. C’est plutôt des bandes de jeunes ou surtout des couples des classes moyennes qui viennent voir les films hindous. Pour les amoureux de tout âge, les salles de cinéma du Maroc sont bien souvent un refuge où l’on peut venir pour s’isoler, se parler intimement, s’embrasser farouchement (un peu comme à l’image des amants sur l’écran)…Pour les autres, c’est un coin où on peut se caller dans un fauteuil (parfois un peu dur) et voir le film en mangeant et en fumant sa clope. Un coin comme le Rif gagnerait à être aménagé, sans pour autant nuire aux libertés des spectateurs. Tout en continuant d’être le cinéma des amoureux, il pourrait attirer les fans des films hindous, toute classe sociale et toute nationalité confondue, et contribuer au vivre-ensemble autour d’un gout commun…A quand des soirées Shah Rukh Khan, Preity Zinta ou Bachchan ? A quand des soirées ou des après midi polars hindous, comédies hindous ou films d’horreur hindous ?

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Le cinéma hindou est d’une richesse énorme comme le montrent les sites suivant : http://film-hindou.skyrock.com/ ; http://www.indiaglitz.com/channels/hindi/review/7640.html

http://www.glamsham.com/

http://www.indiaglitz.com/channels/hindi/previews.asp

http://www.erosentertainment.com/

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Qu’est-ce que le cinéma hindou ?Tout d’abord, il y a les acteurs connus, dont Shah Rukh Khan. Nicolas NSB nous avait parlé de Devdas. Mais c’est lors de la sortie du film Veer Zarah, racontant sur plus de deux heures l’intense histoire d’amour entre un pilote d’avion hindou et une femme musulmane du Pakistan, que nous avons découvert les films hindous. Des rires, des larmes, de la romance, des chansons et des beaux paysages. On ne se prive de rien. Toutefois, le cinéma hindou ne se limite pas à ses stars et sa commercialisation internationale. Il s’agit d’un genre à part entière, comme l’est à sa manière le cinéma italien des Fellini, De Sica, Sergio Léone ou Dario Argento. Le film “Sssshhh” que nous avons vu vendredi dernier montre l’apport du cinéma hindou au monde du 7er art. “Sssshhh”, c’est un mélange entre “american pie” (on y voit des étudiants très kitch, dont les études se résument à flirter et à jouer au baskett) et “halloween” (un tueur en noir avec un masque blanc les tue un par un), accompagné de superbes chansons et de superbes paysages tout au long du film. On passe un bon moment. On se détend. J’ai de très bons souvenirs d’OVNI de ce genre vu au Rif, depuis le sombre polar “Mashooka” à “Blackmail” avec Sunil Shetty ou “Parwana”, un super d’action bien rythmé digne d’un van damme ou d’un stalone, mais avec des chansons en plus. Bien entendu, nous ne disons pas que nous aimons tout dans le ciné hindou. Nous n’avons pas accroché à des films exaltant un nationalisme a-critique, un moralisme dogmatique ou bien se complaisant dans des choses malsaines ou la violence gratuite. Toutefois, lorsque les films sont marrants (style les comédies romantiques à la “Chori, Chori”, “Shaadi n° 1″ ou “Salam Namaste”), rythmés (type les films d’action comme “James”, “Don” avec Shah Rukh Khan ou “Krishh”, hommage aux films de super héros), intenses (comme “Black” avec Bachcah ou les deux films hindous vus au festival du film d’auteur de Rabat cette année; l’un traitant du sida et l’autre de la corruption, en emmenant le spectateur dans les bas fonds de Bombay), nous pouvons dire que nous adorons ça. Bien souvent les films hindous reprennent pas mal de thèmes au cinéma européen ou américain. C’est clair que ”Mohabbatein” avec Shah Rukh Khan s’inspire du “Cercle des poètes disparus” ou que “Hawas” raconte la même histoire que “la femme infidèle” de Claude Chabrol. Toutefois, ce même film n’a-t-il pas fait l’objet d’un remake par Adrian Lynn ? Pour ce qui nous concerne nous avons d’ailleurs préféré l’adaptation hindou plutôt qu’à l’américaine, terne et sans aucune créativité. Car c’est là que réside l’intérêt de Bollywood. Bien souvent, on reprend les thèmes de films déjà sortis mais pour en faire quelque chose de nouveau, en combinant des références très différentes. Le film “Koyla” avec Shah Rukh Khan raconte une histoire similaire à “Il était une fois dans l’Ouest” de Sergio Léone mais en situant l’histoire dans une Inde semblable aux paysages de “Blade” de Tsui Hark et en fesant des clins d’oeil à Rambo. Comme le cinéma de Kurosawa, certains films égyptiens de Kamal Hassan ou bien les western spaghettis italiens, le cinéma hindou est un cinéma eccléctique, capable de faire fusionner ses sources et ses références pour produire un spectacle neuf, profond et de qualité.