Archives pour novembre 2009

“A l’origine” de Xavier Giannoli : un film sur les visages

novembre 26, 2009

Après nous avoir beaucoup séduit avec “des films tels que “Les corps impatients” (Laura Smets-Nicolas Duvauchelle) ou “Quand j’étais chanteur” (Gérard Depardieu-Cécile de France), Xavier Giannoli nous revient avec un film prodigieux, “A l’origine”, racontant l’histoire d’un petit escroc qui arrive dans un patelin rural et où, après avoir posé les bases de sa nouvelle arnaque, va être pris au jeu des circonstances et se réveler être un type “bien”. Cela pourrait être une gentille comédie américaine mais non…Le film est plein de réalisme (il s’inspire d’ailleurs d’une histoire vraie qui est arrivée en France en 1997), avec un François Cluzet qui joue juste et une Emmanuelle Devos éblouissante dans le personnage de la maire de ce village rural, femme à la fois forte mais aussi seule et fragile. “A l’origine” est en effet un film sur les visages. Les traits de François Cluzet pris dans une histoire qui le dépasse sont le fil conducteur de tout ce long métrage. Le visage effaré quand tout le village le voit comme le messie car il va redémarrer un chantier arrêté il y  a deux ans. Le visage radieux quand il met effectivement le chantier en route, avec des ouvriers fou de joie d’avoir retrouvé du boulot (la scène où les tracteurs tournent autours de lui comme dans un manège est formidable). Le visage angoissé et souffrant quand surgissent les premiers problèmes de trésorerie. Le visage effrayé et désarçoné lorsque celui, amoureux, de Emmanuelle Devos s’approche de lui. Nous n’en dirons pas plus. C’est un grand film, sans doute l’un des meilleurs que l’on a vu cette année au cinéma. C’est l’histoire d’un mec…C’est l’histoire d’un mec qui trouve un sens à sa vie, quelles que soient les difficultés, les bassesses, les angoisses qui entourent son projet. Ce film nous montre aussi la grandeur de ces gens que l’on qualifie sans doute à tort de “populaire”. L’assistante de direction, jouée par une formidable Stéphanie Sokolinski, est emblématique de ces personnages dépourvu de capitaux économiques et de positionnement social privilégié qui essaie de réussir professionnelemnt malgré une conjoncture sombre. Ses sourires savent aussi bien exprimer la joie et l’espérance que la désillusion et la résignation. Le personnage joué par Vincent Rotiers, incarnant un petit délinquant du coin, fasciné par Cluzet mais aussi guère naïf quant à ce qu’il voit dans ce personnage qu’il admire et affectionne) est aussi magnifique. Il montre que plutôt que de renforcer les politiques sécuritaires et répressives pour lutter contre la délinquance, il faudrait peut-être inverser les solutions politiques proposées et essayer de donner de l’espoir à ceux qui ont été déçus par les apories du système. On voit bien que le jeune finit par aimer le métier dur qu’il est amené à exercer sur les chantiers et qu’il arrête de lui-même ses petits trafics pour aller vers une stabilité professionnelle, capable de lui garantir des revenus réguliers et de pouvoir ainsi faire vivre sa famille. C’est cela que montre également ce très beau film : la grandeur de ces gens qui ne font pas partie des VIP, de ces gens “dominés” (selon la formule de Bourdieu) qui ont à subir malgré eux les décisions cyniques des puissances ultra-capitalistes, ayant pour principal souci la rentabilité de quelques uns et laissant dans le dénument les gens qu’ils utilisent parfois de la manière la plus vile qu’il soit. Pas étonnant que capitalisme et répression marchent main dans la main, quand on sait que ce système repose sur l’exploitation et l’aliénation des individus. Le personnage joué par François Cluzet aime ses ouvriers, son équipe et il aime aussi le rôle qu’il va jouer. Quelque part, le film de Giannoli montre qu’un autre monde du travail est possible, géré plus humainement et pouvant arriver à des résultats bien meilleurs que ceux que l’on a aujourd’hui avec ce management du stress et de la compétitivité. La scène avec les dessins d’enfant est sans doute le moment où le protagoniste du film bascule et où se joue toute la contingence d’une vie. Le personnage principal n’est ni un salaud, ni un héros. Juste un homme qui lutte, pour ce qu’il estime être le bien commun de la cité. Fascinant.

 Jean Zaganiaris

Kawtar Bencheikh et Hicham Bennani invités d’honneur à COM’SUP

novembre 20, 2009

Ce mardi, en co-animation avec M. Wade, enseignant en genre journalistique, nous avons reçu à l’école COM’SUP Kawtar Bencheikh, directrice d’édition au Journal Hebdomadaire, et Hicham Bennani, journaliste à ce même magazine. Les invités ont parlé de leur métier aux étudiants de L2, avec panache, sincérité et pertinence. La conférence a été passionnante et surtout interactive. Nos invités ont commencé par dire que tout parcours peut mener au journalisme ; Hicham Bennani venant lui-même du milieu de la communication. Toutefois, il y a une spécificité du journalisme et de l’écriture journalistique qu’il faut intégrer. M. Wade a également insisté là-dessus. Faire du journalisme n’est pas la même chose que faire du marketing, des relations publiques/relations presse ou du travail sociologique. Kawtar Bencheikh a commencé par parler de l’histoire du Journal, qui a pris le nom Journal hebdomadaire après sa première interdiction en ???. Le Journal est apparu en 1997, sous format papier, avant d’avoir sa version magazine à partir de 2004. Ensuite, elle a parlé de la liberté éditoriale dont dispose chaque journaliste d’écrire ce qu’il veut sur les sujets qu’il veut à condition de respecter la ligne éditoriale. Il n’y a pas d’annonceur qui bloque les sujets. On peut parler de Mawâazine sans craindre d’être censuré par la direction. Cela pose problème. « Peu de pub, c’est moins d’argent, c’est moins de moyens pour aller sur le terrain… sans parler du problème des points de vente où l’on n’est pas référencé » nous dit Kawtar Ben Cheikh. Après, bien entendu, il y a de l’auto-censure chez les journalistes qui voudraient parfois aller plus loin dans le traitement de l’informatio mais qui savent qu’au Maroc il y a certaines lignes rouges à ne pas franchir si l’on veut continuer à travailler. De plus, Kawtar Bencheikh a précisé que c’est elle qui en tant que chef d’édition centralise tous les articles au moment du bouclage, qui fait la relecture de tous les textes et peut être amené à retirer certaines choses en accord avec le journaliste, afin d’avoir un numéro harmonieux avec un contenu en conformité avec la ligne éditoriale. Celle-ci est l’identité du journal et doit être préservée. Le Journal hebdomadaire, contrairement à Tel Quel, n’est pas subventionné par l’Etat.

Des questions de M. Wade ont amené Kawtar Bencheikh à parler de la solidarité entre journalistes. Même si parfois il peut y avoir des rivalités ou des positions concurrentes au sein du champ journalistiques (c’est ce que nous avons vu l’année dernière avec P. Bourdieu), la profession arrive à être solidaire lorsqu’un caricaturiste ou un journaliste est mis en prison ou lorsqu’il y a de la censure : « Lorsqu’il y a un journaliste, Driss Chahtane, qui est condamné à de la prison ferme, il y a une solidarité des journalistes contre ça ». Samia, Linda et Mounir ont questionné les journalistes sur le problème de la censure et de l’incertitude du métier de journaliste, dans un contexte où la presse indépendante est mise à mal. Zineb a même demandé avec beaucoup de finesse si parfois la censure de l’Etat n’avait pas même une certaine légitimité. Hicham Bennani a répondu que lorsque le journaliste est honnête, lorsqu’il fait un vrai travail terrain et qu’il écrit sur les phénomènes intolérables dont lui parlent les gens, on doit le laisser faire son métier, même s’il dérange le pouvoir. Par contre, si le journaliste ne respecte pas une certaines déontologie et qu’il « casse » gratuitement telle ou telle personne, ou bien s’il fait de la fausse information, il faut qu’il y ait une instance qui régule afin que la presse ne soit pas elle-même discréditée par des pseudo-journalistes qui font de la diffamation ou des règlements de compte. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de règles claires dans le domaine de la censure et qu’on met pas mal d’épée de Damoclès au dessus de la tête des journalistes. M. Wade a parlé de la liberté d’expression comme d’un rapport de force entre les journalistes et les autres acteurs de l’espace public. Une question de Mounir et de Ali sur la proximité entre Tel Quel et le Journal Hebdomadaire nous a amené à parler de la ligne éditoriale, qui est l’identité de la revue. « Les articles doivent cadrer avec la ligne éditoriale », nous a dit Kawtar, en précisant la différence de positionnement par rapport à Tel Quel. Ce dernier traite de sujet tels que la virginité, le porno, l’homosxualité etc…alors que le Journal traite de questions qui touchent au pouvoir politique, aux partis avec un cadrage des sujets qui amène à une analyse argumentée à partir de reportage terrain ou bien à un décryptage approfondie. « les sujets sont parfois les mêmes mais les manières de les traiter sont différentes…C’est pas le même angle…par exemple, on verra jamais sur la couverture de Le Journal un X gigantesque », nous dit Hicham Bennani. Ce dernier nous a parlé de son parcours, de son bien-être au sein du Journal : « Le journal est le lieu où je suis le plus à l’aise…Y’a une collégialité entre les journalistes, y’a des expériences qui se confondent et y’a pas de hiérarchie… y’a pas de discrimination, on respecte le style de chaque journaliste et y’a une solidarité ». Kawtar Bencheikh a également précisé la nature du travail d’équipe au Journal : « Celui qui a de l’expérience aide le nouveau mais ce dernier peut aider le plus ancien à voir des choses qu’il ne voit plus ». Hicham Bennani nous a parlé ensuite du reportage qu’il a fait sur les victimes de Mawâzine, paru dans le Journal Hebdomadaire du 24 au 30 octobre 2009. Tout d’abord, il a dit à quel point il est dur de choisir un sujet sur lequel on a jamais parlé ou bien sur lequel on a beaucoup parlé et à propos duquel il faudrait dire quelque chose de nouveau. On a beaucoup parlé des victimes de Mawâzine qui n’ont pas été indemnisé mais pour traiter de ce sujet, il fallait trouver un angle qui soit l’identité du Journal Hebdo. Hicham a choisit d’apporter de l’information à partir d’un travail terrain : « Il fallait faire parler les gens et ne pas donner mon point de vue ». Hicham est allé à Rabat voir les familles des victimes et les interviewer. Les personnes ont d’abord été un peu silencieuses et puis elles ont parlé avec beaucoup d’émotion au journaliste qui était là pour parler de ce qu’elles voudraient bien lui dire. En écoutant ces familles des victimes, Hicham a compris que celles-ci ont été intimidées pour ne pas parler à la presse et qu’elle devait rendre compte de tous leurs actes au caïd. Par conséquent, dans une approche très proche de celle du philosophe Michel Foucault, il fallait donner la parole aux victimes et non parler à leur place. C’est ce qu’a très bien su faire Hicham Bennani. L’objectif est bien sûr d’intéresser le lecteur et de penser à l’usage « social » qu’il fera de cet article. Kawtar Bencheikh a d’ailleurs précisé qu’il fallait voir l’article mais aussi les photos qui montrent le deuil, les familles en larme : « On fait un choix arbitraire…On montre une scène funéraire et pas la scène de musique…on décide aussi de mettre une caricature ». On met aussi des citations en exergue, des encadrés (c’est peut-être juste l’encadré que lira le lecteur). Le titre est aussi à définir avec beaucoup de réflexion. Hicham nous a dit qu’il avait pensé mettre « Souviens toi l’été dernier » mais pour un sujet aussi grave il valait mieux titrer « Séquelle d’une tragédie ». Alors quel est l’avenir du journalisme indépendant au Maroc ? Kawtar a dit qu’elle était à la fois optimiste et pessimiste. Pessimiste car la presse est pas mal muselée et manque de moyens, pour ne pas dire de stabilité professionnelle : « Au Maroc, la presse n’est pas un 4e pouvoir…D’ailleurs il n’y a même pas de de 2e et de 3e pouvoir ». En même temps, elle est optimiste car la presse indépendante est aussi une image de marque pour l’extérieur du Maroc : « on est une caution pour le régime au niveau de son image extérieure … quelque part je suis optimiste car je me dit que le régime ne peut pas faire sans nous». Même si cet avenir est incertain, Hicham Bennani a rappelé que « chaque jour y’a un nouveau miracle et on continue ». On souhaite longue vie à ce journalisme là, acteur salutaire et indispensable de la démocratisation marocaine

JZ

cinéma : vous avez dit “populaire” ?

novembre 11, 2009

Les salles médina ont mauvaise réputation. Pourtant, après avoir observé ce qui se passe à l’intérieur, force est de constater que l’on ne peut réduire entièrement ces lieux cinématographiques à l’image péjorative qu’ils traînent derrière eux.

 

 

Lorsqu’on cherche des lieux « fréquentables » au Maroc pour aller voir un film, on se tourne généralement vers les salles du Megarama ou bien vers celle du 7e art de Rabat. Toutefois, ces endroits sont loin d’être représentatifs de l’hétérogénéité des cinémas existant au Maroc. Il existe un grand nombre de salles « populaires » au sein des grandes villes du Royaume. Selon les chiffres du CCM, il y a à Casablanca le Rif qui compte 1030 sièges, le Ritz qui en compte 1000, Le Rialto avec ses1051 places et le Lutetia avec 1010 fauteuils, sans parler de celles qui, comme le Dawliz Habous, ont fermé. A Rabat, il y a le Royal et le Fairouz, comptant respectivement 1302 et 680 places (alors que la salle du 7e art en comptabilise 330). A Marrakech, à deux pas de la place Jama El Fnaâ et en plein cœur de la médina, il y a le Rif avec ses 2084 sièges qui passe un film hindou pour une poignée de dirhams. Tous ces endroits existent dans l’espace public urbain et sont visibles aux yeux de tous. Toutes ces salles de cinéma font partie du décors et sont là parfois depuis forts longtemps. Cependant, on sait encore très peu ce qui se passe à l’intérieur.

 

Salles obscures et lieux de débauche

Ces « cinémas populaires » ou « cinéma de quartier » ne sont pas très bien vus au Maroc. C’est ce que nous dit Meryem Ihrai, étudiante, membre actif de l’association Save Cinemas In Marocco : “Durant mon enfance, j’ai fréquenté des cinémas du centre ville comme le Rialto, Rif et Dawliz. A l’époque ces salles étaient fréquentées par des familles et avaient une bonne réputation. Maintenant c’est tout à fait le contraire. C’est vraiment dommage. Ce sont des lieux avec une architecture unique, un patrimoine culturel à sauvegarder“. Ces cinémas sont considérés comme des endroits mal fréquentés, voire dangereux. C’est ce que nous a dit une personne qui connaît bien l’avenue des FAR de Casablanca et qui parle du Rif comme d’un lieu de prostitution : « Vous voyez, les prostituées se mettent là, à ce coin de rue et elles attendent le client. Quand elles en trouvent un, elles l’amènent au Rif ; le type laisse un bon pourboire à l’ouvreuse qui les place dans un coin discret et voilà le tour est joué ». Comme nous avons pu le voir nous-même lors des cinq dernières années, au cours desquelles nous avons fréquenté régulièrement les salles de cinéma du centre-ville de Casablanca, il y a des projections où un couple entre au beau milieu du film, reste dans les fauteuils qui sont sur les côtés de la salle et sort avant la fin. Un samedi après midi, lors d’une projection dans un cinéma du centre ville de Casa, la lumière s’est allumée brutalement au beau milieu du film par inadvertance et la salle s’est amusée à faire des commentaires croustillants sur les couples surpris en train de se peloter. Une fois, il y a même eu une grande fille avec de longs cheveux bruns qui s’est mise avec un type au premier rang, juste sous l’écran, et tous les spectateurs  – c’est-à-dire la quinzaine de personnes présents ce jour là – ont vu qu’elle était en train de lui faire une fellation. L’année dernière le Rif a fait l’objet d’une descente de police et le cinéma a été fermé pendant quelques mois. Ces dernières semaines, ce cinéma a connu un relooking sérieux. Fini les films hindous et l’ambiance parfois glauque. Désormais, ce sont des longs métrages arabes ou américains qui sont diffusés et les billets sont contrôlés par un personnel en chemise cravate. En dehors de la prostitution, ces salles de cinéma n’ont pas bonne réputation à cause du manque de sécurité en leur sein. C’est ce que  disait déjà il y a quelques années le réalisateur marocain Latif Lahlou : « Le problème, c’est qu’il y a des gens des milieux populaires qui voudraient aller au cinéma de leur quartier et n’y vont pas car c’est dangereux ». Il peut y avoir des bagarres, sans qu’il y ait toujours quelqu’un qui intervienne. Le bruit est également une constante dans ces salles de cinéma. C’est ce que nous dit Mohamed Hassini, réalisateur de Two lakes of tears : Aller au cinéma au Maroc, c’est comme aller voir un match de foot. C’est différent de la cinémathèque de Paris où les gens vont au cinéma comme s’il s’agissait d’un lieu de culte et où il y a un silence quasi religieux“. Dans certaines salles, on peut voir également des gens fumer des cigarettes ou bien même des joints. Othmane, étudiant dans une école privée, nous relate ses expériences : « le samedi soir, j’adore aller avec mes potes dans les salles du centre ville voir un film à la con. On y va pour fumer et se payer des tranches de fou rire». Parfois, ce sont même des shamkaras qui arrivent à s’introduire dans la salle et profiter des fauteuils pour se reposer un peu de leur quotidien de la rue  Bref, il serait faux de dire qu’il n’y a pas du dévergondage ou de la violence au sein de ces cinémas. Mais notre enquête montre qu’il serait tout aussi faux de les réduire à cela et de stigmatiser les endroits « populaires » comme des lieux où tout le monde est violent ou débauché. N’oublions pas qu’il y a des avant-premières dans ces cinémas populaire, qui attirent une foule de spectateurs des classes aisées ainsi que des réalisateurs connus. Aziz Salmy, réalisateur de Amours voilées, nous déclare : «J’ai fréquenté ces salles de Casablanca et bien d’autres, qui malheureusement ne fonctionnent plus (Beaulieu, Kawakib , Mamounia Sherazad, Olympia à  Belvédère, Moulin aux Roches Noires) . Concernant le Cinéma Rif  de Casabalanca,  non seulement je fréquentais cette salle mais c’est là où j’ai fait la première de mon premier court métrage “Déjà vu”. J’ai donc une relation particulière avec cette salle . Quant au Rialto, j’y ai fait la première de mon troisième court métrage « Ayda », programmé au début des séances du film Les yeux secs. Pour ceux de ma génération, le Rialto fut une des plus belle salles et malheureusement, elle a beaucoup perdu malgré la rénovation. Il y a là peut-être une réflexion à avoir de la part des autorités pour réhabiliter le quartier tout entier ». Les publics qui fréquentent ces salles de cinéma sont donc loin d’être homogènes et les aspects négatifs que nous venons de décrire ne se déroulent ni à toutes les séances, ni de manière quotidienne ou régulière.

 

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Dignité des publics populaires    

Qui fréquentent les salles populaires du Maroc ? Si à certaines séances nous y trouvons des prostituées, des ivrognes, des drogués et des voyous, nous pouvons y voir également des étudiants, des personnes âgées, des mères et des pères de famille ou des gens tout ce qu’il y a d’ordinaire qui ont envie de découvrir un film au cinéma et se rendent dans ce type de salle car leurs ressources financières ne leur permettent pas d’aller au Megarama. D’ailleurs, lors de certaines séances de projection, il ne se passe strictement rien dans ces cinéma. Pas de débauche. Pas de violence. Pas de drogue. Rien, mise à part quelques rares spectateurs dans ces salles aux centaines de sièges vides. Samedi soir à Rabat, au Royal, il y avait une dizaine de personnes lors de la projection du film marocain « Kherboucha » et tout le monde regardait ce qui se passait à l’écran. Il en était de même il y a quelques années, lors de certaines séances du Rif le vendredi à 14h30, où il n’y avait que quelques amateurs de cinéma hindou dans la salle. C’est ce que nous dit Soraya, qui avait conscience de la stigmatisation péjorative de ce cinéma mais qui le fréquentait  à une époque uniquement les après-midi, pour être sûre de passer un bon moment avec ses amis: « Je suis une fan des acteurs hindous type Shah Rukh Khan…J’ai plein de dvd de lui chez moi et je venais au Rif quand il passait ses films ou bien ceux avec Aishawara Rai ». Nous pouvons voir d’ailleurs au passage que ce ne sont pas les achats de films piratés qui vident les salles de cinéma puisqu’il semble que ceux qui les fréquentent lors de certaines séances sont aussi ceux qui achètent les dvd à Derb Ghalef ou à Jutia. Quoi qu’il en soit, il y a bien des gens qui vont dans ces salles de cinéma pour y voir les films. C’est le cas de ces personnes qui, avant sa fermeture il y a quelques années, se rendaient le samedi après-midi au Mauritania, le cinéma de la médina de Rabat situé à l’avenue Mohamed V et qui est aujourd’hui un magasin improvisé de babouches made in China. Dans cette salle où on pouvait voir courir des chats le long des rampes d’escalier ou entre les fauteuils, il y avait un public fort nombreux qui venait les week end pour profiter des deux films que l’on passait à la suite pour le prix de neuf dirhams. Les publics des salles de cinéma populaires, c’est aussi la grand-mère avec sa djellaba blanche et son jolie foulard qui va voir un film américain romantique accompagnée de son petit neveu, c’est un père au revenu modeste qui amène ses enfants voir Jackie Chan, c’est un couple d’amoureux platonique respectueux de la tradition islamique et se rend dans les salles obscures juste pour être côte à côte loin du regard des autres. Le public des salles populaires est multiple et les ambiances qui y règnent peuvent aussi être conviviales. C’est ce que nous dit Zineb enseignante, à propos d’un cinéma de Marrakech qu’elle a découvert avec son mari lors de ses vacances: « Je me souviens que l’on tenait absolument à voir des films et il n’y avait pas encore le Megarama …Le film qu’il passait au Colisée on l’avait déjà vu…Alors on s’est rabattu sur un petit cinéma des quartiers populaire de Marrakech ; je crois qu’il s’appelait le Mabrouka …J’avais un peu peur du public que l’on pouvait croiser mais il n’y a eu aucun problème…Malgré la chaleur qu’il y faisait car il n’y avait pas de clim, l’ambiance était très sympathique ». De la même manière, les pratiques que l’on peut voir dans ces cinéma sont également très hétérogènes. Les couples qui s’y rendent n’ont pas tous les mêmes manières de se comporter et ces pratiques que l’on qualifie de débauchées existent non seulement dans les cinémas (populaires ou non) mais aussi dans les toilettes, les garages, des caves et dans tous les endroits un peu déserts susceptibles d’offrir un peu d’intimité à ceux qui la recherchent. Il en est de même des actes de violences. Par contre, ce qui risque de ne plus exister si les grandes firmes cinématographiques monopolisent toutes les parts de marchés et font fermer les cinémas de quartier, ce sont ces publics populaires, composites et culturellement hybrides, qui cherchent en dépit de leurs revenus modestes à avoir accès à des produits culturels et à en faire profiter leur famille.

 

Jean Zaganiaris (texte paru dans Le journal hebdomadaire n° 415, 31 octobre-6 novembre 2009)

 

 

ENCADRE

« Ces salles de cinéma ont une âme »

 

Nourredine Lakhmari revient sur sa fréquentation des salles populaires de Casablanca et ses projets pour leurs préservations.

 

-         Fréquentez-vous les salles de cinéma du centre ville de Casablanca ?

 

-         Oui, je connais très bien ces cinémas. Quand j’étais jeune, j’allais très souvent au Rif et au Ritz. C’est des lieux magiques. C’est des lieux qui donnent envie de faire du cinéma. Dernièrement je suis allé au Ritz, en face du Rialto, pour l’avant première d’un ami. Je fréquente toujours ces salles.

 

-         Que pensez-vous du fait qu’elles ont mauvaise réputation ?

 

-         Je me fiche qu’elles aient mauvaise réputation !!! Pour moi, ces salles de cinéma ont une âme, une histoire. Elles continuent de vivre malgré les difficultés et cela, c’est très bien.

 

-         Que faudrait-il faire pour les sauver ?

 

-         Le problème de ces salles, c’est qu’elles visent pas grand…Elles ne passent qu’un seul film…Parfois, c’est le même film pendant plusieurs semaines…Ce qu’il faudrait faire, c’est proposer quatre ou cinq films différents et rénover ces cinémas pour qu’ils aient quatre ou cinq salles…Avec mon associé, on envisage de racheter des cinémas du centre ville tel que le Lutétia…C’est comme ça que l’on va éviter de les perdre et de voir fermer des lieux mythiques. 

 

 

Souad Guennoun et Omar Radi invités d’honneurs à l’école COM’SUP

novembre 5, 2009

 Lundi après midi, nous avons eu l’honneur d’inviter Souad Guennoun et Omar Radi au sein du travail d’encadrement des projets associatifs des L2. Ces dernier nous ont parlé avec beaucoup de passion et de sincérité de leur parcours de militants et membres associatifs. Souad a commencé par évoquer son séjour à Paris. Arrivée à Paris en 1975 pour faire des études d’architecte (elle sera la première femme architecte au Maroc), elle peut évoluer dans un milieu culturel nouveau pour elle. L’expérience des squattes parisiens sera importante. Elle rencontre là bas des gens qui luttent contre une urbanisation sans âme et s’engage dans des projets associatifs visant à protéger l’environnement des villes. Dans ces squattes, elle rencontre des gens qui fuit la dictature de Pinochet au Chili : « Je discute avec des gens qui sortent de mon environnement historique : je prends conscience que je suis plus membre de la terre que marocaine. Je deviens internationaliste ». Ces rencontres la marquent encore aujourd’hui puisqu’elle cherche à mettre en place des associations entre le Maroc et l’Amérique latine, notamment à travers des documentaires sur la mémoire. Omar a ensuite pris la parole pour parler de ATTAC. Il a situé cette association dans son contexte internationale, en parlant de sa création en France en 1998 et de Porto Allegre en 2001. Puis il a parlé des structures du mouvement et des moyens de communication, que ce soit dans la rue ou sur internet.

 

Pour Souad, il est nécessaire, notamment dans un mouvement associatif, de faire ce travail de mémoire posant le lien entre le passé et le présent. Souad Guenoun fait de la photo et parle de la mémoire que l’image peut garder : « la photographie préserve ce qui a disparu physiquement aujourd’hui ». La mémoire ne suppose pas la vérité. Souad et Omar étaient d’accord là-dessus. Dans les associations au sein desquelles ils militent, telle que ATTAC, il n’y a pas le culte de la vérité, de l’autorité. Au contraire, il faut des débats dans une association. C’est ce qui fait avancer les choses. Après les débats, les gens des associations cherchent à aller par-delà le pour ou contre pour fédérer autour d’une cause.

 

Les intervenants ont fait des rappels historiques, en parlant de l’UNEM dans les années 70, mais ont aussi parlé de l’actualité en évoquant les débats internes et externes du groupe MALI. Omar nous a parlé de ce que signifie de s’engager dans un collectif et de s’impliquer dans la cité. Ensuite le débat a été riche avec les étudiants (que j’aurai aimé plus participatifs quand même, avec plus de questions, même si je les remercie pour leur grand intérêt). On a parlé de créer un BDE indépendant et autofinancé à COM’SUP, voire un syndicat étudiant capable d’être un interlocuteur efficace avec la direction. Mais cela implique une maturité et un sens de la justice ainsi que du bien commun de la part des étudiants qui vont s’impliquer dans cela. Souad a finit par une très belle citation : « Si on a pas conscience qu’il y a un monde commun qui nous appartient, on va pas s’impliquer pour préserver ce monde commun …Il faut résister à ce formatage qui réduit notre vie à bouffer, dormir, bosser et agir en dehors de soi pour le monde dans lequel on vit». Cette conférence a été brillamment animé par Linda Mokhtari et Saleh Halfi, qui ont su bien présenter les invités et les relancer par des questions.    

BiblioMonde

 

Souad Guennoun

 

Architecte et photographe marocaine.

Elle est née en 1956 à Casablanca (Maroc). Elle vit et travaille dans cette ville. Diplômée en architecture à Paris en 1981, elle ouvre, en 1986, le Cabinet ARC à Casablanca. En 1989, elle photographie le Casa des années 1930-1950 tout comme le quartier historique Bousbir qui sera ensuite démoli sans résistance. En 1990, elle débute un travail d’écriture et de relevés photographiques sur les enfants des rues pour l’Association Bayti à Casablanca. Elle collabore régulièrement à l’hebdomadaire marocain Le Journal pour lequel elle réalise des reportages sur des thèmes généraux ayant trait à la vie quotidienne et à la culture. Souad Guessoun est très engagée dans l’action humanitaire.

« Architecte de formation et de profession, elle débute en 1990 un travail d’écriture et de relevés photographiques notamment sur l’architecture disparue de Casablanca , l’architecture moderne au Maroc et sur la mémoire des espaces et des lieux. Cette première phase d’investigation sur les bâtiments ou les quartiers remarquables des cités marocaines est menée avec le souci de la découverte et de la réappropriation d’un patrimoine, qu’il soit “moderne” ou traditionnel, bien souvent en déshérence. Cette vision où l’architecte se mêle au photographe est particulièrement sensible en ce qui concerne Casablanca, ville à laquelle Souad Guennoun voue une affection particulière. C’est dans cette grande métropole qu’elle photographie, en 1996 , toujours sur le mode de l’enquête, les enfants des rues, Les Incendiaires (exposition individuelle itinérante), série à la fois tendre et sociale, puis ces fragments d’imaginaire,(édités en livre par les éditions Le Fennec), où elle laisse libre cours à sa relation poétique avec Casablanca. » (extrait de la notice de l’AFAA)

« Vous avez une formation d’architecte, vous êtes également designer, mais vous êtes plus connue comme photographe.
R : Je suis toujours architecte, mais les commandes ne tombent pas toutes seules. Par contre, c’est l’architecture qui m’a amenée à la photo car au départ, je faisais de la photo d’architecture pour laisser des traces des bâtiments anciens qui tombent en ruines et qui finissent dans les démolitions. Au début, je me promenais dans la ville et je faisais des croquis à la main, mais les démolitions allaient tellement vite que je n’avais pas le temps de terminer mon croquis, j’ai donc changé d’outil, je suis passée du crayon à l’appareil photo. Et comme c’était plus commode pour moi de travailler tôt le matin avant que les rues ne soient débordées par les passants et en raison des lumières, j’ai commencé à voir des enfants qui dormaient dans les entrées des immeubles et dans de petites cachettes dans la rue. Et c’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser à leurs conditions. À la fin, je me suis dit, ce n’est pas possible, je suis en train de faire des photos des murs alors qu’existent des enfants qui vivent dans la misère; c’est ainsi que j’ai décidé de changer d’objectif. » (extrait d’un entretien avec le Temps du Maroc, 23 février 2001)

Trois photos sur le site de l’AFAA.

Parmi ses publications

Les incendiaires de Tanger (L’œil-Tarik, 1997) : Un reportage photographique sur les enfants de Tanger.

 
artsvisuels/souad guennoun2.jpg Guennoun Souad
Maroc
  Née au Maroc en 1956
Vit et travaille à Casablanca (Maroc)
Diplômée d’architecture à Paris en 1981, Souad Guennoun rentre au Maroc pour y fonder son agence d’architecture, le Cabinet ARC.
Sensibilisée à son patrimoine, elle photographie le Casa des années 1930- 1950 ainsi que le quartier historique de Bousbir avant qu’il ne soit démoli. « C’est l’architecture,dit-elle, qui m’a amenée à la photo car au départ, je faisais de la photo d’architecture pour laisser des traces des bâtiments anciens.»
Ce travail sur l’architecture sensibilise Souad Guennoun à l’existence des gamins des rues qu’elle croise dans le Casablanca très matinal où elle déambule pour ses relevés architecturaux. En 1990, elle change d’objectif, pose son regard photographique sur ces enfants et réalise un reportage pour l’association humanitaire Beyti, basée à Casablanca.
Ce travail donne lieu à une exposition, Les Incendiaires, au Maroc, en France et en Suisse. Les photos de Souad Guennoun parlent ainsi de son fort engagement : elle s’intéresse aux diplômés chômeurs, aux gens des bistrots, aux femmes palestiniennes dans les camps de Beyrouth et d’Amman.
Souad Guennoun collabore régulièrement à l’hebdomadaire marocain Le Journal. Elle a exposé aux Rencontres africaines de la photographie de Bamako en 2001.
Elle photographie régulièrement les Forums altermondialistes de Porto Alegre. Enfin, elle prépare un documentaire sous forme photographique et vidéo sur la question indigène au Chiapas (Mexique) et celle des Berbères du Maroc, pour révéler la quête des minorités qui cherchent à garder leur intégrité sans pour autant sombrer dans le repli identitaire.

Quand le FUS se met à gagner …

novembre 2, 2009

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Oublié le coup dur contre les FAR, où après un très beau match le FUS s’était incliné 1 à 0. Là, l’équipe rabati a aligné deux victoires d’affilé qui nous ont fait bien plaisir. Tout d’abord 1 à 0 contre le HUSA (l’équipe d’Agadir). Après avoir été dominé au cours de la première mi-temps et avoir bien su résister aux attaques, la vaillante équipe du FUS s’est mise à bien jouer en contre et cela a été payant à la deuxième mi temps. Précisons également qu’en fin de match, les joueurs de Rabat auraient pu marquer un deuxième but. Comme nous l’avons dit après avoir vu la qualité de jeu contre le WAC lors de la 1er journée (match perdu 3 à 2 mais avec un jeu superbe !!!), le FUS est peut-être une équipe parfois fragile (comme tout promu) mais elle a le charisme des «petits poucets» et surtout une combativité qui fait honneur. Elle me rappelle l’équipe de l’AS Cannes des années 80 et 90, qui faisait l’allé retour en Division 1 et 2, mais qui avait des joueurs qui en voulaient lorsque ils allaient sur le terrain. Elle me rappelle aussi l’équipe du football club d’Amiens, l’année de sa montée en 2e division en 1994. Cette envie de bien faire a été encore démontrée samedi 31 octobre lors de la rencontre contre le KAC de Kenitra. J’ai pu arriver au stade de justesse et voir ce match dont je garderai un souvenir précieux. Tout d’abord, j’ai suivi la rencontre avec le cop des supporters du FUS. J’ai fait la connaissance des membres de cette importante association qui a son siège à Diur Jamâa. Des gens très sympathiques qui sont venus au stade avec des tambours, des casquettes et des écharpes. Il y avait des jeunes, qui ont chanté tout le match. Il y avait des gens venus seuls et d’autres avec leurs enfants. Par contre aucune femme dans le coin où j’étais. Dommage. Des équipes comme le Raja ou le Widad comptent de nombreuses supportrices et cela rend encore plus beau la nature de ce public. Mais on verra aussi peut-être des supportrices du FUS en rouge et blanc venir acclamer leurs joueurs.

J’ai discuté avec une personne qui soutient le FUS depuis 1983, époque où il allait au stade avec son père et qui maintenant en 2009 est là avec son fils pour encourager l’équipe, tous les deux vêtus de rouge. J’ai discuté aussi avec un géologue à la retraite qui était là pour se détendre et voir gagner une équipe qu’il soutient depuis quelques années. Du coup, je me suis mis aussi à certains moments du match à chanter et à encourager l’équipe de vive voix. Le FUS a fait d’ailleurs une bonne entame de match. La domination était très forte, sans pour autant qu’il y ait des occasions de buts franches. Par contre, les chants et le bruit du tambour étaient là. Puis on commence à avoir quelques tirs et surtout un but de Dsouyat quelques minutes avant la mi-temps. Tout le monde s’est levé en acclamant. J’adore ce genre d’ambiance. On sent tout le stade vibrer. Même si ce dernier était loin d’être plein, la tribune était chargée d’une âme à ce moment et c’est ça qui est génial. Pendant la mi temps, j’ai discuté avec les supporters. Ca les a peut-être un peu surpris de voir un français qui est là à supporter le FUS mais pas plus que ça. La deuxième mi temps reprend et là le KAC se réveille. L’équipe est plus offensive et on accuse pas toujours très bien le coup. C’est dommage que l’on ait pas su se protéger en mettant un 2e but. Mais pour cela, il aurait fallu, comme me le dit mon voisin, ne pas se contenter de jouer avec un seul attaquant en pointe. Et ce qui devait arriver arriva. Le KAC égalise sur coup franc, avec une frappe magnifique. Sachons en effet rendre hommage à l’adversaire, qui a bien réagi en 2e mi temps. N’empêche que bon, moralement le but a fait mal. Et là j’ai trouvé géniale cette petite trentaine de supporters parmi lesquels je me suis trouvé par hasard. Les gens poussaient, acclamaient l’équipe. Ca, c’est vraiment magnifique. J’étais debout avec eux et j’encourageais moi aussi, à tue-tête (j’ai eu la voix enrouée toute la soirée). Puis dans le dernier quart d’heure, le FUS a essayé de reprendre les commandes du match face à un KAC opérant par contre et cherchant lui aussi une victoire. J’ai trouvé rageant une certaines stérilité devant le but, avec des maladresses parfois indignes d’une première division (opinion que l’on entendait sans cesse à haute voix dans les tribunes). Il y a des actions qui ont été tout simplement vendangées et il faut travailler cela à l’entraînement (je parle des centres qui sont ratés dans la surface car ils manquent de vivacité et de précision). Après il y a le fameux coup franc qui finit sur la barre du gardien du KAC. Il reste 4 minutes. On se dit que c’est fini et que c’est dommage de passer à côté de la victoire. Puis à la 92e minutes, c’est la délivrance. Le but de la victoire signé du brillant attaquant Assoufou, qui s’est battu tout le match avec un panache qui fait honneur à toute l’équipe et qui, tel un renard des surfaces, a profité d’une hésitation des joueurs du KAC pour filer au nez de tout le monde et inscrire le but de la victoire en fusillant le gardien. Ce qui s’est passé à ce moment dans le stade, je ne l’oublierai jamais !!! une explosion de joie !!! on s’est tout pris dans les bras !!! c’était de la folie !! Assoufou est venu devant la tribune où j’étais lever le bras de la victoire en faisant quelques pas de danse et des gens sont descendus l’acclamer !!! Vraiment génial !!! C’est pour des moments comme ça que je vais au stade !!! Il y a des moments durs (la défaite contre les FAR il y a quinze jours et celle contre le WIDAD) mais il y a aussi ces explosions de bonheur intense, où on extériorise sa joie avec les gens autour de nous, où l’on partage quelque chose de très très conviviale. Vraiment un très beau match. En sortant, sur la route qui ramène à Rabat, il y a une bagnole blindée avec des supporters qui étaient à côté de moi au stade (notamment un monsieur très sympathique, plutôt grand et mince, avec des cheveux longs et une barbe courte, qui vient à l’avance pour installer les drapeaux, les tifos, les banderolles et les enlève quand le match se termine), et les gens me proposent de me ramener en ville. Je ne vais pas les déranger et j’attends patiemment un taxi qui ne vient pas (j’ai pris le bus de Temarra). Par contre, je suis de tout cœur avec eux cette saison pour soutenir le FUS !!! Hé oui, cette belle équipe de rabat compte un supporter de plus dans ses rangs

Jean Zaganiaris, enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP, auteur de « Penser l’obscurantisme aujourd’hui », Casablanca, Afrique Orient, 2009.