Archives pour juillet 2008

Murakami Ryu

juillet 25, 2008

Murakami Ryu est un écrivain et cinéaste japonais. A ne pas confondre avec Haruki Murakami, auteur du magnifique roman “La ballade de l’impossible”, racontant une belle histoire entre deux adolescents sombres et dépressifs un peu sur le ton de la musique des Cure. Murakami Ryu est plus trash, plus dur, plus à cran. On serait plus dans du Burrought que dans du Cure. Le premier roman que nous avons lu de lui est “Un bleu presque transparent”, qui raconte les périples d’un jeune junki dans cette jungle urbaine, métallique et coloré qu’est le japon des années 75. Nous avons ensuite lu “Les bébés de la consignes automatiques”, roman totalement délirant sur l’absurdité de la vie et de cette quête de gloire et d’honneur qui n’a aucun sens. Parfois, on est dans des scènes très dures, sanglantes, proche de la folie. Parfois, on est dans la tristesse, dans les scènes tragiques de la vie qui vous laisse un goût amer d’impuissance dans la bouche. Il n’y a guère de place pour le rire chez Murakami Ryu, sauf si l’on est défoncé ou saoul. Enfin, il y a quelques semaines, nous avons lu “Lignes”, qui a été pour nous un grand coup de coeur. Ce roman est basé sur le même principe que “La ronde” de Arthur Schnitzler, où un premier personnage a une scène avec un second et où le second a une scène avec un troisième et puis le troisième une scène avec le quatrième etc.. Le livre commence par les déboires sentimentaux d’un jeune photographe, qui fréquente des prostituées d’un club sado-maso (on a là au passage un thème cher à Arthure Schnitzler) ; ensuite ce personnage disparaît et on suit le périple d’une de ces filles de joie dans le japon noctambule, qui nous mène vers d’autres personnages avant de disparaître elle aussi dans le néant. Le but est de montrer la pluralité des êtres, qui ne peut surgir qu’à travers la dynamique des rencontres : “Je crois que les êtres humains ont plusieurs visages. Ils modifient leur personnalité en fonction des autres, en fonction de chaque être humain qu’ils rencontrent. Quand on rencontre quelqu’un, on devient vraiment quelqu’un d’autre”. Toutefois, cette apparente absence de structure et de narration tourne autour d’une femme qui a la capacité de voir ce qui se passe dans la vie des gens en regardant dans les lignes téléphoniques de leur appartement. ”La ronde” de Schnitzler devient sous la plume de Murakami un courant éléctrique qui traverse le corps et l’âme des êtres de cette civilisation technologique. Les personnages, qui n’ont que leur souffrance et leur folie à mettre en commun, se croisent et se séparent dans la nuit sombre d’une ville de Tokyo où les étudiants, les prostituées, les drogués, les femmes battues, les libertins, les meurtriers, sont les sombres héros de cette fable noire. En même temps, le regard de l’auteur sur ce microcosme est aux antipodes de tout jugement de valeur. La vie est constituée de cette souffrance, cette incohérence, de ces sensations intenses et à la fois contradictoires, voire de cette barbarie, et il faut avoir le courage de la regarder en face. Dans son film “Tokyo Décadence”, c’est la même atmosphère. Le film raconte l’histoire d’une prostituée, qui est une sorte d’Amélie Poulain asiatique dont le but est de modifier le destin de ceux qu’elle approche en satisfaisant tous leurs plaisirs et leurs fantasmes. Un peu à l’image de “Boulle de suif” de Maupassant ou des filles de joie peuplant les fantasmes de Baudelaire, la prostituée de Murakami Ryu est une fille au grand coeur, qui ne monnaie pas ses charmes uniquement pour de l’argent mais sait aussi offrir généreusement du plaisir à ceux qui en ont besoin. On n’est pas loin de cette “sainte prostitution” dont parlait en effet Baudelaire, où l’on met en commun son corps pour le bien être commun de tous. L’un des intérêts de cet auteur est de montrer la complexité de la vie en dehors des jugements de valeurs et des normes morales. Et surtout de reconnaître les pathologies et les souffrances que la modernité inflige aux êtres humains. 

Shahrukh Khan

juillet 25, 2008

On a écrit précédement dans l’article sur le ciné hindou qu’il ne se limitait pas à Shahrukh Khan. OK. Mais le cinéma hidou, c’est quand même aussi Shahruk Khan. L’un de ses derniers films, “Om Shanti Om” est un petit chef d’oeuvre, racontant sur un ton à la fois humouristique et dramatique une histoire d’amour et de réincarnation. C’est ça le charme des films hindous. On démarre léger, puis ça peut prendre un angle à 180° et virer au drame, puis on revient vers quelque chose de bien. Un peu à l’image des contes pour enfants. Après la pluie, le beau temps. De plus, “Om shanti Om” comporte de très belles scènes de chansons et de danse, avec une qualité d’image et une chorégraphie excellente. On voit des décors somptueux et la musique est de qualité. Le dernier Sharhuk Khan est un petit bijou à ne pas rater. Cet acteur a joué dans des films de grande qualité. “Veer Zarah” et “Koyla” ont déjà été cités dans l’article précédant. Il faut aussi évoquer le mélodrame “Kaal Hoo Na Ho” ou des comédies sympathiques types “Baadsha”, où l’on voit les talents de comédien de Shahrukh Khan. Toutefois, cet acteur ne se cantonne pas à un seul type de rôle. On peut le voir dans le sombre polar “Don” en méchant ou bien dans “Josh”, où il joue au bad boys type James Dean. Des rôles plus graves sont à noter également, comme dans “La famille bollywood” ou bien surtout “Kabhi Alvida Naa Kehna”, où il joue le rôle d’un type marié qui découvre le grand amour avec la femme de quelqu’un d’autre et qui va s’engager dans une tragique histoire d’adultère entièrement assumée. Ce film est particulier dans la carrière de l’acteur car contrairement à des films tels que justement “La famille Bollywood”, le côté moralisateur et traditionnaliste est mis de côté. L’histoire montre qu’en amour les choses sont compliquées et que ce n’est pas une morale à deux balles qui va règler les problèmes. Concernant les autres très bons films avec Shahrukh Khan, il y a aussi le tragique “Devdas”, montrant les ravages que fait la tradition des mariages arrangés chez les jeunes, ”Mohabbaten” ou bien le très marrant “Duplicate” (s’inspirant très librement de “Replicant” avec Van Damme). Côté vie perso, j’ai été content de voir que Shahrukh Khan est diplômé d’une grande école de communication. Peut-être que nous aussi, à COM’SUP, on a des futurs Shahrukh Khan parmi nos élèves…

pour plus d’infos

http://fr.wikipedia.org/wiki/Shahrukh_Khan 

http://www.omshantiom.com/

Le cinéma Rif à Casa et les films hindous

juillet 21, 2008

“SSSSHHH”. C’est le titre du film qui passe en ce moment au Rif. Situé sur l’avenue des Far à Casablanca, ce dernier est un petit cinéma de quartier où il ne passe que des longs métrages hindous. Ca fait quatre ans que nous l’avons découvert. Nous y allons de temps en temps y voir un film l’après midi, histoire de souffler un peu. Rien de tel le vendredi qu’un bon couscous et ensuite un bon film hindou. Un tel cinéma à Paris serait considéré comme un ciné club, voire comme un temple, par les amateurs du genre. Par contre, à Casa, c’est un peu une salle que ne fréquentent pas les classes aisées ou les gens fortement dôtés en capitaux culturels (pour parler comme Bourdieu). On n’y voit jamais de touristes. Dommage. Il y en aurait que cela pourrait intéresser, d’autant plus que les films sont parfois sous titrés en français. C’est plutôt des bandes de jeunes ou surtout des couples des classes moyennes qui viennent voir les films hindous. Pour les amoureux de tout âge, les salles de cinéma du Maroc sont bien souvent un refuge où l’on peut venir pour s’isoler, se parler intimement, s’embrasser farouchement (un peu comme à l’image des amants sur l’écran)…Pour les autres, c’est un coin où on peut se caller dans un fauteuil (parfois un peu dur) et voir le film en mangeant et en fumant sa clope. Un coin comme le Rif gagnerait à être aménagé, sans pour autant nuire aux libertés des spectateurs. Tout en continuant d’être le cinéma des amoureux, il pourrait attirer les fans des films hindous, toute classe sociale et toute nationalité confondue, et contribuer au vivre-ensemble autour d’un gout commun…A quand des soirées Shah Rukh Khan, Preity Zinta ou Bachchan ? A quand des soirées ou des après midi polars hindous, comédies hindous ou films d’horreur hindous ?

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Le cinéma hindou est d’une richesse énorme comme le montrent les sites suivant : http://film-hindou.skyrock.com/ ; http://www.indiaglitz.com/channels/hindi/review/7640.html

http://www.glamsham.com/

http://www.indiaglitz.com/channels/hindi/previews.asp

http://www.erosentertainment.com/

mashooka1.jpg

Qu’est-ce que le cinéma hindou ?Tout d’abord, il y a les acteurs connus, dont Shah Rukh Khan. Nicolas NSB nous avait parlé de Devdas. Mais c’est lors de la sortie du film Veer Zarah, racontant sur plus de deux heures l’intense histoire d’amour entre un pilote d’avion hindou et une femme musulmane du Pakistan, que nous avons découvert les films hindous. Des rires, des larmes, de la romance, des chansons et des beaux paysages. On ne se prive de rien. Toutefois, le cinéma hindou ne se limite pas à ses stars et sa commercialisation internationale. Il s’agit d’un genre à part entière, comme l’est à sa manière le cinéma italien des Fellini, De Sica, Sergio Léone ou Dario Argento. Le film “Sssshhh” que nous avons vu vendredi dernier montre l’apport du cinéma hindou au monde du 7er art. “Sssshhh”, c’est un mélange entre “american pie” (on y voit des étudiants très kitch, dont les études se résument à flirter et à jouer au baskett) et “halloween” (un tueur en noir avec un masque blanc les tue un par un), accompagné de superbes chansons et de superbes paysages tout au long du film. On passe un bon moment. On se détend. J’ai de très bons souvenirs d’OVNI de ce genre vu au Rif, depuis le sombre polar “Mashooka” à “Blackmail” avec Sunil Shetty ou “Parwana”, un super d’action bien rythmé digne d’un van damme ou d’un stalone, mais avec des chansons en plus. Bien entendu, nous ne disons pas que nous aimons tout dans le ciné hindou. Nous n’avons pas accroché à des films exaltant un nationalisme a-critique, un moralisme dogmatique ou bien se complaisant dans des choses malsaines ou la violence gratuite. Toutefois, lorsque les films sont marrants (style les comédies romantiques à la “Chori, Chori”, “Shaadi n° 1″ ou “Salam Namaste”), rythmés (type les films d’action comme “James”, “Don” avec Shah Rukh Khan ou “Krishh”, hommage aux films de super héros), intenses (comme “Black” avec Bachcah ou les deux films hindous vus au festival du film d’auteur de Rabat cette année; l’un traitant du sida et l’autre de la corruption, en emmenant le spectateur dans les bas fonds de Bombay), nous pouvons dire que nous adorons ça. Bien souvent les films hindous reprennent pas mal de thèmes au cinéma européen ou américain. C’est clair que ”Mohabbatein” avec Shah Rukh Khan s’inspire du “Cercle des poètes disparus” ou que “Hawas” raconte la même histoire que “la femme infidèle” de Claude Chabrol. Toutefois, ce même film n’a-t-il pas fait l’objet d’un remake par Adrian Lynn ? Pour ce qui nous concerne nous avons d’ailleurs préféré l’adaptation hindou plutôt qu’à l’américaine, terne et sans aucune créativité. Car c’est là que réside l’intérêt de Bollywood. Bien souvent, on reprend les thèmes de films déjà sortis mais pour en faire quelque chose de nouveau, en combinant des références très différentes. Le film “Koyla” avec Shah Rukh Khan raconte une histoire similaire à “Il était une fois dans l’Ouest” de Sergio Léone mais en situant l’histoire dans une Inde semblable aux paysages de “Blade” de Tsui Hark et en fesant des clins d’oeil à Rambo. Comme le cinéma de Kurosawa, certains films égyptiens de Kamal Hassan ou bien les western spaghettis italiens, le cinéma hindou est un cinéma eccléctique, capable de faire fusionner ses sources et ses références pour produire un spectacle neuf, profond et de qualité.  

 

14e Festival international du cinéma d’auteur à Rabat : 2008 est un grand cru !!!

juillet 1, 2008

Ca y’est, c’est fini, le festival du film d’auteur de Rabat.

 

Lonely Tunes of Theran
 
Lonely Tunes of Theran

Titre original : Taraneh Tanhayie Tehran
de Saman Salour (Iran)
avec Behrouz Jalili, Hamid Habibifar, Mojtaba Bitarafan
Scénario : Saman Salour
Durée : 1h19
Distribution : DreamLab Films

Cannes 2008 – Quinzaine des Réalisateurs
 

 

C’était encore une fois super sympa. La question a été cette année de savoir comment concilier les copies à corriger, les travaux de fin d’études des 4e année à lire, les jurys de soutenance, la vie de famille et les très bons films à voir au théâtre Mohamed V, au 7e art et au Royal. Il a fallu faire des choix et bien entendu, nous n’avons pas pu tout voir. Le compte rendu ci dessous est très subjectif et ne prétend à aucune exhaustivité. Il s’agit juste de nos impressions personnelles au sein de ce festival, où nous avons pu voir 14 films cette année. D’ailleurs, le samedi 21 juin, date des premières représentations, nous avons préféré rester en famille. On est sorti faire un tour avec Madame et la petite Inès. Par contre dimanche, après m’être tapé une grosse correction de copies du matin jusqu’à 15 heures, je suis allé me détendre dans les salles obscures. Merci à la personne sympathique de l’équipe des organisateurs qui ce jour là m’a donné une invitation permanente pour rentrer au théâtre Mohamed V. Ca fait plaisir de voir des gens sympas, qui ont des gestes de ce type sans rien attendre en retour. Du coup, oui, on a commencé par le film marocain « En attendant Pasolini » de Daoud Aoulad Syad. C’est l’histoire d’un vieux figurant qui a joué dans « Œdipe roi » de Pasolini et qui, lorsque quarante plus tard, une équipe italienne vient tourner un film dans sa région, s’imagine qu’il va retrouver le réalisateur qu’il a connu jadis et dont il ignore la mort. Très belle atmosphère et très belle vision de la vie de ces gens dans le monde rural marocain. Même si le film était en VO non sous titrée (ce qui a fait fuir la plupart des occidentaux qui étaient dans une salle déjà pas très remplie), je suis quand même resté, demandant de temps en temps à notre voisin de nous traduire les passages importants. En même temps, je me suis rendu compte avec joie que j’arrivais à comprendre certains passages du film (je ne parle toujours pas en darija mais je le comprends de plus en plus). Après on s’est fait deux des films de Darejan Omirbaev, « Kairat » et « La route », dans la salle archi pleine et silencieuse du 7e art. Entre les deux, on a trouvé le temps de faire un allé retour à la maison pour manger avec la famille. C’est super ces séances à 22heures. Lundi on a été toute la journée en soutenance mais mardi on a remis ça. Correction de copies non-stop jusqu’à 18 heures et en fin de journée on est allé voir le premier coup de cœur du festival « Lonely Tunes of Tehran » du réalisateur iranien Saman Salou, qui était dans la salle pour présenter son film. Super sympa le type d’ailleurs. On a pu discuter avec lui après la projection un petit moment et le lendemain, à la sortie de la séance de 22heures, où je suis allé avec ma femme voir le très beau film polonais «Tricks, le destin animé » pendant que la petite dormait chez sa grand-mère, il nous a salués gentiment. « Lonely Tunes of Theran » raconte l’histoire de deux cousins qui gagnent péniblement leur vie en installant clandestinement des paraboles chez des particuliers. L’un des compères est un nain, qui a fait des études d’ingénieur pendant seize ans pour se retrouver au bout du compte sans travail et qui peste avec rage contre les conditions de vie précaires à Téhéran, et l’autre est un ancien combattant du conflit avec l’Irak et qui porte sur lui les traces du traumatisme. Le film montre leurs journées et leurs nuits dans la ville, ainsi que le pessimisme d’une jeunesse qui ne voit aucune perspective d’avenir dans le futur. « Nous sommes comme une équipe de foot qui perd trois à un dans les prolongations et qui vient de voir un de ses joueurs expulsé» dit l’un des personnages. L’intérêt de ce film est de montrer les Iraniens non pas comme le font les médias, en cherchant les scènes qui vont choquer (et qui font vendre), mais en faisant découvrir leur normalité. On est loin des cris, de la violence, de « l’islamisme » et des images de femmes vêtues de noir de la tête aux pieds. Les rues de Téhéran dans lesquelles marchent nos protagonistes pourraient bien être celles de Rabat ou de Casa…Il y a eu d’autres coups de cœur, comme jeudi avec les séances films hindou au Royal, en présence des réalisateurs. Le premier film s’appelait « My brother Nikhil » et racontait l’histoire d’un homosexuel qui, après la découverte de sa séropositivité, se voit enfermé dans un centre d’isolement, abandonné de ses parents et rejetés par ses proches. Ce sera uniquement sur sa sœur et sur son petit ami qu’il pourra compter. Très émouvant et très courageux. Là encore, il s’agit de montrer la normalité d’une personne atteinte du sida, en dehors des clichés et du sensationnel. D’ailleurs, le débat qui a suivi avec le réalisateur sur les conditions du film, sur les centres d’isolement en Asie où l’on enferme de force les séropositifs (oubliant qu’il s’agit d’un virus et non pas d’une épidémie) et sur l’homosexualité en Inde était intéressant. Dommage qu’il n’y ait pas eu de sous titres en arabe (et que l’on ait privilégié ceux en anglais et en français) car là encore il y a eu des gens qui ont quitté la salle et d’ailleurs, à la séance suivante, à 20h, pour l’autre film, « Dombivli Fast », tout aussi bon que le premier (c’était un superbe remake de « Chute libre » de Joël Schumascher), il y avait beaucoup moins de monde et à mon avis ce n’était pas uniquement à cause du foot comme semblait le croire la dame qui a présenté le long métrage. Au même moment, la salle du 7e art qui projetait un film arabe sous titré en français était bondée, comme d’ailleurs pendant presque tout le festival. On a fini la journée d’ailleurs dans ce cinéma, avec « Coquelicots » de Philippe Blassand, racontant le destin de trois personnages dans le milieu de la prostitution. Sympa mais sans plus. Dans ce domaine, ce sont les films « Vesna Va Veloce » de Carlo Mazzacurati, racontant sans aucune vision misérabiliste l’histoire d’une fille de l’est qui débarque clandestinement en Italie et qui choisit de se prostituer pour gagner rapidement de l’argent, ou bien les bouquins de Virginie Despentes (notamment « King Kong Theorie » ou « Les chiennes savantes) et de Lilian Mathieu, qui attirent plutôt notre attention en montrant la complexité et la diversité du monde de la prostitution plutôt que les films monistes et moralisateurs du type « Chaos » de Coline Serrault, limitant la présentation de ce phénomène aux pratiques sordides des maisons de dressages. Pour finir, parlons encore de nos coups de cœur. Tout d’abord, il y a eu « Armine » de Ognjen Svilicic, racontant l’histoire d’un père qui emmène son jeune fils en car à Zagreb pour passer une audition dans un film. Arrivé à l’hôtel, les choses ne se passent pas comme prévues et le fils n’est pas aussi bon que ça. Mais le père est quand même là pour l’encourager, pour être avec lui le soir. La profondeur et la sensibilité des personnages sont tout simplement magnifiques. On a d’un côté ce père tendu et en même temps très affectif, qui paie des coups à boire à tout le monde dans l’hôtel, et de l’autre un gamin froid, timide, réservé. Tous les deux ont vécu la guerre et sont en train de se reconstruire à leur façon. La fin du film est magistrale et est une belle leçon de dignité, de pudeur et d’espoir face à l’avenir. Quelque part, ça m’a rappelé les contacts avec mes parents, qui tantôt l’un tantôt l’autre tantôt les deux ont toujours insisté pour m’accompagner à tel ou tel endroit où j’avais quelque chose à passer, juste histoire d’être discrètement là et de faciliter un peu les choses en dehors de l’épreuve ou du concours. Je pense au jour de la soutenance de la thèse par exemple, à laquelle avait assisté aussi mon neveu âgé de 4 ans à l’époque et que mes parents avaient amené avec eux. L’autre film que nous avons adoré est « David et Layla » de Jay Jonroy. Il raconte l’histoire d’un présentateur télé new yorkais de confession juive qui tombe amoureux d’une réfugiée kurde musulmane vivant chez son oncle. Dans un monde où on fait circuler des marchandises et du pognon tout en traçant des frontières entre les gens et les cultures, un tel film est salutaire car il montre qu’avant d’être juif, musulman, new yorkais, kurde, les gens sont des êtres humains capables d’être attiré l’un par l’autre et de réussir à affronter ensemble leurs différences culturelles pour construire un avenir commun. Les passages où le type se convertit à l’islam sont superbes et très drôles. On le voit passer de l’angoisse au désespoir, à l’ironie. On voit l’affrontement avec ses parents sionistes horrifiés par ce qu’ils viennent d’apprendre. Puis le tout se termine par une belle image de la réalité de la vie lorsque l’un des protagonistes lui dit que l’important est ce qu’il est dedans et ce qu’il va construire avec Layla, et non pas ce que pensent ses parents, l’oncle de Layla ou bien l’imam fondamentaliste de la mosquée où a eu lieu sa conversion. Le film montre très bien que contrairement à ces discours théocratiques qui vantent sans arrêt la vision homogène et désincarnée du « bon musulman », du « bon chrétien » ou du « bon Juif » la réalité sociale n’est constituée que de la pluralité des islamités, des chrétientés et des judaïtés, ainsi que par l’hybridation et par le métissage des cultures. C’est ce que nous avons dit au réalisateur lors du débat après le film. Ce qui nous a plu là dedans, c’est encore une fois de voir la normalité de ces couples mixtes, qui composent et construisent ensemble leur vie commune, mélangeant dans un éclectisme salutaire des éléments culturels kurdes et juifs, comme d’autres combinent culture française, culture grecque et culture marocaine. On voit toujours ce qui sépare les gens mais jamais ce qui les unit. Un couple mixte, c’est des dialogues, des interrogations, des différences de penser notamment au niveau religieux mais aussi des symbioses, des compromis, des ententes et des difficultés surmontées, dont on vient à bout à deux. Les passages où l’on voit le couple boire du vin en mangeant montrent bien que la religion n’est pas uniquement un mode d’emploi pour mener sa vie, pour enfermer les êtres dans des communautarismes morbides, pour construire son identité uniquement à partir d’elle. Il s’agit aussi d’une pratique sociale que chacun adapte selon sa conscience, selon les contraintes de la société ou de la famille dans laquelle il est, selon la tradition qu’il choisit de perpétuer ou d’inventer. Là encore, belle image d’espoir que nous lance Jay Jonroy. Très beau festival donc cette année, montrant les êtres dans ce qu’ils ont de plus humain et de plus normal. Vivement 2009 !!!!!

 

Jean Zaganiaris, Enseignant et Coordinateur pédagogique du 1er cycle de COM’SUP (Ecole supérieure de communication et de publicité de Casablanca).

 

 

 

Asia Argento : album

juillet 1, 2008

Merci à Nicolas NSB pour ces infos sur Asia Argento qui vient de sortir un album que l’on a hâte d’écouter lorsque nous serons en France. En attendant il y a des liens suivant où l’on peut lire des choses là dessus et un vidéo clip à voir  :

Info sur la compil’ 3cd ”Selected by Asia Argento” (mais pas trouver d’extraits à écouter, nulle part) :

http://www.goodymusic.it/antibe/album.asp?id=451

Pour voir le vidéo clip : http://www.youtube.com/watch?v=BubXYCoL_E0

 

 

 

Mini-album en écoute sur Myspace :

http://www.myspace.com/refugeantipop