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Festival international du cinéma d’auteur à Rabat : 21 au 30 juin 2008

juin 22, 2008

 

Ca y’est, on est parti pour la 14e édition du festival du film d’auteur de Rabat, présidé par Andrzej Zulawski, dont les films « L’amour braque », « Mes nuits sont plus belles que vos jours » et « Chamanka » sont des petits bijoux. J’ai découvert cet événement il y a deux ans grâce à Wadii Charrad, étudiant à COM’SUP à cette époque et passionné de cinéma, et grâce à Hammadi Guerroum, qui dirige ce festival et qui a emmené quelques élèves pour participer au visionnage des films et aux leçons de cinéma. C’est génial d’avoir quelque chose de cet ordre là au Maroc. Un festival avec des films d’auteurs, en VO sous titrés en français et qui ne sont a priori pas pour le grand public, mais que l’on présente gratuitement dans les principales salles de ciné de Rabat. C’est génial de pouvoir entrer sans invitation, qui que l’on soit, et de regarder tous ces films. Ca, c’est formidable et il faut féliciter l’initiative. Il y a deux ans j’y suis allé juste comme ça, par curiosité. J’étais aussi pris par mille et une choses et je n’ai pu y voir que quatre films. « Negah » (Le regard), film iranien racontant l’histoire d’un retour au pays. « Attente », du réalisateur palestinien Rashid Masharawi. Inspiré par l’histoire vraie de la construction d’un théâtre en Palestine financé par l’Union Européenne et détruit par les bombardements israéliens (ce qui au passage complexifie sacrément la thèse du complot sioniste soutenu par l’Occident), le film raconte la quête initiatique d’un metteur en scène palestinien qui traverse le Liban, la Syrie et la Jordanie pour faire un casting. Tout comme « Intervention divine », il nous fait prendre conscience de la gravité du conflit israélo-palestinien à travers le quotidien des arabes qui le vivent. Les deux autres films vus font partie du cinéma égyptien contemporain. Il s’agissait de « Al Ichkou wa al hawa » (Passion et amour) et « Damou al ghazal » (sang de gazelle), dénonçant les ravages du fondamentalisme religieux en Egypte. Ce dernier film est avec Mouna Zaki et Yousra, qui étaient présentes ce jour là dans la salle archi pleine du cinéma 7e art et qui se sont prêtées avec beaucoup de gentillesse à une séance photo et autographe avec les fans. Mais c’est surtout l’année 2007 que nous avons découvert ce festival et que nous avons pu nous imprégner de l’atmosphère qui règne dans ses différentes salles. Nous y avons vu 8 films et non plus 4. On y a consacré les deux week end et quelques soirées en semaines, aux séances de 22heures. Le premier week end, nous avons commencé gentiment avec « Nuages de mai » du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan (connu pour son formidable « Uzak » et « Les climats ») dans la salle du 7e art, où l’on regarde le film assis dans des fauteuils rouges confortables et avec un public ultra silencieux (on entend les mouches voler) et ensuite on a filé au Royal, l’autre cinéma de Rabat, qui se trouve juste à côté, pour y voir « What a wonderful world » de Faouzi Bensaïdi. Mais là c’est un autre type de salle, un autre public, une autre ambiance. Au Royal, on est plus dans l’atmosphère vieux cinéma de quartier (ça a son charme), avec des vieux fauteuils un peu durs et surtout une salle comblée, très bruyante. Le public est d’une autre nature. On est moins dans le style costume, jeunesse estudiantine type école privée ou bien décolleté et jean taille basse des jolies filles du 7e art (je ne parle même pas du gratin qui va au théâtre Mohamed V pour assister à la projection du film de l’inauguration). Même s’il faut bien insister sur l’homogénéité et la complexité des différents publics qui constituent une salle de cinéma, on voit plus au Royal les classes moyennes, les gens non cinéphiles, les étudiants (mais plutôt de la fac), les gens des bars d’à côté, les jeunes qui viennent s’amuser. C’est à ce niveau que le festival du film d’auteur de Rabat est génial. On y voit un pluralisme, une multitude de style de vie, une richesse, une société composite. Parfois, on voit aussi des rencontres entre ces gens très différents qui peuplent le Maroc, comme le soir où le Royal passait en avant première «La fiancée errante » de Ana Katz. Il y avait dans la salle des gens en jeans et chemise côte à côte avec ceux vêtus de djellaba, des jeunes et des moins jeunes. Des femmes occidentales d’une quarantaine d’année style très libérale pouvaient côtoyer ces petits jeunes marocains en t-shirt moulant et aux pectoraux nourris par le body building, un peu macho, plus bête que méchant, qui draguent les filles comme si elles étaient de la merde, et elles ont su très bien les remettre à leur place. Toutefois, à tort ou à raison, les clivages sont très forts. Le public du 7e art n’est justement pas celui du Royal et que ceux qui vont au premier cinéma vont rarement au 2e et vis et versa. Au 7e art, c’est plus la discipline, le sérieux, les gens silencieux à fond dans le film et gare à celui qui dérange, il est pris à parti par toute la salle. C’est bien aussi qu’il y ait cela. De plus, pour l’étranger que je suis au Maroc, il est plus facile pour moi d’ouvrir des dialogues avec des gens à la fin des projections, notamment en français. On sent plus de sociabilité, de dialogue. Au Royal, tout un ensemble de barrières sociales empêche bien souvent les contacts spontanés avec ceux que l’on ne connaît pas mais c’est plus ludique, c’est moins discipliné. Il y a ceux que cela dérange mais pour ce qui nous concerne, du moment qu’il y a les sous titres c’est pas gênant. C’est bien qu’il y ait les deux styles d’ambiance. C’est ce pluralisme qui à notre sens fait la grande richesse du festival Au Royal, il y a ceux qui applaudissent dès que le générique apparaît, qui commentent à haute voix le film, qui répondent au téléphone, qui fument une clope pendant la séance, qui mâchent des graines de courge bruyamment, qui sont là en couple pour trouver un peu d’intimité sur les fauteuils situés aux extrémités de la salle et échapper au regard oppressant de la société. Le jour où ils ont passé « The only journey of his life » du réalisateur grec Lakis Papastathis, film d’auteur très complexe et compliqué mais qui était regardé par un public familiale et jeune, on a vu deux filles se lever et danser le long de l’allée sur le rythme d’une des chansons grecques du film et sous les applaudissements de la salle. C’est ça l’ambiance festival film d’auteur au Royal et pourvu que l’on y retrouve la même chose cette année. La pire des choses seraient la répression et le rappel à l’ordre moralisant de cette belle spontanéité. Si l’on prétend sensibiliser au cinéma le public des gens vivant au Maroc, en faisant ce type d’événement, il faut alors laisser à ce même public la possibilité de s’approprier les films de la manière la plus libre qu’il soit possible d’envisager, en respectant dans un cadre éthique la pluralité des pratiques de visionnages des uns et des autres. Mais revenons encore aux films vus. Outre le fait qu’ils sont de qualité (mais trouver que les films sont de qualité est une question de goût), ils ont surtout l’avantage d’être cosmopolite et là encore, cela constitue l’une des richesses du festival du film d’auteur de Rabat. On y voit des films marocains, turcs, grecs, égyptiens, français, belges, roumains, qui ont de plus participé à des festivals prestigieux tels que Cannes ou Le Caire…On y a vu par exemple le très beau film « California Dreamin » de Christian Nemescu montrant à travers la rencontre tragique entre un casque bleu américain et une jeune roumaine l’urgence qu’il y a à cultiver le cosmopolitisme et le respect mutuel en notre monde. Le meilleur moment du festival a été pour nous le vendredi qui a précédé sa clôture. Déjà c’était le début du week end. On arrive à Rabat pour la séance de 18h et on voit un petit bijou au 7e art, « Nu propriété » de Joachim Lafosse avec Isabelle Huppert et Jérémie Renier. Le film raconte l’histoire d’une mère divorcée qui n’est jamais arrivée à rompre le lien ombilical avec ses deux enfants qui vont le lui faire payer au cours de leur adolescence, au moment où elle décide de vendre la maison commune et de refaire sa vie avec un autre homme dont elle est amoureuse. Une fois le film terminé on a filé à médina, à dix minutes à pied du cinéma, et on est allé prendre un sandwich à emporter chez TBIB, un endroit pour connaisseur où l’on y fait des très bonnes merguez, que l’on a descendu vite fait avec une bière dans l’un des bistrots mal famés juste à côté des cinémas. A 20heures, on était au Royal pour voir «La fiancée errante », dont on a parlé plus haut et auquel on a pas du tout accroché. A 22 heures, on était au 7e art (les deux cinémas sont vraiment à 5mm à pied l’un de l’autre) pour voir notre palme d’or à nous du festival, à savoir le film de Marie Helia « Microclimat ». C’est l’histoire d’une famille bretonne qui se réunit pour la venue de l’une des filles qui fait ses études à Paris et qui vient présenter son fiancé. L’intérêt du film est dans la psychologie des personnages, tous très profond et qui derrière leur côté drôle ont chacun aussi leur part de souffrance. La direction des acteurs est fortement marquée par le théâtre d’improvisation et cela constitue un atout majeur, notamment lors d’une des scènes finales où tout le monde, notamment le père, pète radicalement les plombs et termine le repas quasiment d’une manière bestiale sur le fond d’une image qui vire à la couleur verte. On est parfois très proche des scènes familiales de « Two days in Paris » de Julie Delpy. Voilà, comme vous pouvez le voir, le festival international du cinéma d’auteur à Rabat, c’est génial. Alors que sera l’année 2008 ??? On en parlera la semaine prochaine dans un prochain article

 

            Jean Zaganiaris, Enseignant à COM’SUP et Coordinateur pédagogique du 1er cycle.

 

 

Pour plus d’infos sur les programmes de l’édition 2008 et sur les films, voir les liens suivant :

 

 http://www.rabatfilmfestival.org/

http://www.evene.fr/culture/agenda/festival-international-du-cinema-d-auteur-de-rabat-18667.php

 

                        

Un très bon film sur la communication politique : « Le candidat » de Niels Arestrup

juin 22, 2008

La professionnalisation de la politique s’est progressivement accompagnée d’un recours accru aux techniques de communication. Pour gagner des voix, prendre le pouvoir par les urnes et gouverner, il faut savoir communiquer. C’est ce que montre « Le candidat » de Niels Arestrup, avec Yvan Attal et Stefania Rocca, sorti en avril 2007. Le film raconte l’histoire de Michel Dedieu, fraîchement nommé par les ténors de son parti pour représenter ce dernier aux élections présidentielles. On est au début du second tour et il ne lui reste que très peu de temps pour préparer le débat télévisé qui va l’opposer à son adversaire politique, dont les attaques médiatiques à son encontre sont nombreuses. Toute l’équipe des experts en communication est avec le candidat dans sa villa personnelle pour préparer l’émission. Il y a celui qui s’occupe des petites phrases qui « marquent », des réponses toutes prêtes sur les questions relatives au chômage ou aux relations internationales, des répliques cinglantes aux insinuations de l’adversaire. Il y a celui qui coache, qui conditionne psychologiquement le candidat pour surmonter son stress et acquérir de la combativité. Il y a celle qui choisit le costume, le type de coiffure. Au départ, le candidat se soumet docilement aux injonctions de son équipe de communicateurs, eux-mêmes aux ordres des grands boss du parti (à ce niveau, le rôle de Georges tenu par Niels Arestrup est superbe). Même s’il se montre réticent à cette idée, le candidat finit par poser quand même pour les photographes dans une église alors qu’il n’est pas croyant. Il accepte tous les « training » (les entraînements – au sens sportif du terme) de son équipe de communication, que cela relève des média ou bien de la connaissance de l’actualité. Bien sûr tout cela a un coût, d’autant plus que le candidat est bas dans les sondages et qu’il doit améliorer son image au sein de l’électorat. Fatigue, stress, doute. De plus, la vie de famille est touchée. Lors d’une séance photo, la femme de Michel Dedieu s’effondre en larmes dans ses bras. Plus tard, elle quitte la propriété, prend le premier le train et s’enfuit loin de cette pression. Conjointement à cela, le candidat a un évanouissement et est conduit d’urgence chez un médecin. C’est là qu’il comprend qu’il a été manipulé, que son parti l’a mandaté pour ces élections juste parce que celui qui devait être le candidat officiel était atteint d’un cancer fulgurant et que le but était avant tout d’avoir quelqu’un de docile et de soumis, battu d’avance, et dont la défaite serait un tremplin pour préparer les prochaines élections en vue de les remporter. La scène où Michel Dedieu comprend qu’il a sacrifié beaucoup d’énergie, de travail mais aussi sa vie de famille et sa santé pour ces basses manœuvres politiciennes est sublime. Elle est un hommage à ceux qui se battent par conviction pour faire exister leurs idéaux, qui paient parfois le prix fort et qui sont exploités par des gens sans aucune morale, qui tirent les ficelles en coulisse.

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Dès lors, Michel Dedieu envoie tout plaquer. Il annule le meeting auquel il devait se rendre. Il renvoie son équipe de communicateurs. Il décide de préparer seul le débat qui l’opposera à son adversaire, un peu comme un joueur d’échec qui a déjà entamé sa partie et qui ne peut compter sur personne d’autre que lui-même. C’est ce que montre la scène où Michel va voir l’un des intellectuels du parti, qui faisait des cours de morale politique et qui a publié tout un tas de livre sur les magouilles, mais qui s’avère au bout du compte être aussi pourri que ce qu’il dénonce. Nous ne dévoilerons pas plus l’histoire du film. Il y a juste un passage génial que nous voulons évoquer, où les candidats débattent sur la guerre en Irak et où, à l’argumentation schmittienne de son adversaire, plaidant pour une décision radicale en faveur de l’intervention militaire, Michel Dedieu répond qu’il faut au contraire privilégier une éthique de la discussion, une délibération raisonnée prenant en compte les conséquences désastreuses qu’une guerre peut avoir sur l’humanité entière (une guerre est toujours une défaite). Pour Michel Dedieu, les démocraties doivent obtenir l’adhésion du monde entier non pas parce qu’elles sont craintes mais parce qu’elles ont su attirer le respect et l’admiration. Plutôt que chercher chez « l’autre » des coupables de la violence qui sévit actuellement au niveau international, il faut plutôt regarder quelle est la part de responsabilité de chacun dans cette folie collective post 11 septembre 2001. La chute du film – que nous ne dévoilerons pas non plus – est fabuleuse (aussi fabuleux que le sourire que lance à ce moment l’épouse de Michel Dedieu). On peut y voir à quel point le danger est grave de vivre dans une société du spectacle où politique et marketing vont de paire, où un programme politique est un produit commercial qu’il s’agit de vendre à un électeur-consommateur. Comme le dit Niels Arestrup lui-même, seul l’éthique et la sincérité du candidat-comédien peuvent nous sauver : « Même si je ne l’ai compris qu’après, Le candidat est un film sur le théâtre, le rendez-vous suprême avec le public, la peur et la notion de sincérité » (entretien dans Première, avril 2007).

 

 

 

En finir avec l’exhibition de la violence au sein de l’espace public

juin 11, 2008

L’avenue Mohamed V de Rabat. C’est très joli. Ca rappelle les Champs Elysée à Paris, Omonia en Grèce. C’est là où on pourrait se balader en famille quand les enfants ne sont pas à l’école, le mercredi après midi ou bien les week-end. OK. Toutefois, allez-y alors le week-end !!! Dans cette belle ville de Rabat, il faut éviter d’aller le mercredi après midi du côté de Mohamed V. Pourquoi ? Parce que vous risquez d’être pris malgré vous dans les charges que les forces de l’ordre font de temps en temps sur les gens qui viennent manifester devant le Parlement. Et là, vous risquez de vous retrouvez à courir, de voir des scènes choquantes (des gens qui crient ou qui saignent, d’autres qu’on tabasse), voire de prendre des coups. Concernant l’actualité, nous renvoyons à ce que nous avons dit au sujet des teletubbis dans un précédant article. Notre blog n’est pas politique. Il n’entend pas prendre position pour une cause mais il ne peut pas non plus rester indifférent face à ce qui se passe autour de nous. Depuis deux ans, j’évite de passer par l’avenue Mohamed V en raison des spectacles violents que j’y ai vus. Remarquez on peut voir cela partout. En France, en Grèce etc… Une fois, à Amiens, je suis passé devant une manif de lycéens et j’ai failli me prendre un pavé en pleine figure, lancé par un des jeunes. J’ai vu également charger les CRSS et c’était pas beau à voir. Pareil à Rabat. Toutefois, est-ce que cela implique qu’il ne faut plus mettre le nez dehors, sous peine de se retrouver pris dans tel ou tel rodéo. Il faut distinguer le manifestant, qui vient revendiquer une cause et s’attend à une intervention violente contre lui, du passant, qui n’est là que de passage et n’a rien à avoir avec ceux qui luttent, y compris par des moyens pacifiques, pour l’obtention de quelque chose. Dans le journal marocain « Au fait » du 11 juin 2008, les affrontements de Sidi Iffni font la une et le titre attire l’attention sur une intervention très violente qui n’a pas épargné les habitants du lieu (Sur les manifestations  http://www.rfi.fr/actufr/articles/102/article_67212.asp ; http://www.afrik.com/article4076.html)

Est-ce que les passants, notamment des mamans et des enfants, qui traversent Mohamed V, ou bien les habitants de Sidi Ifni doivent être victime de la violence que l’on y rencontre lorsque le politique décide de déloger des manifestants ? Pour parler encore des enfants, est-il normal qu’ils soient exposés à ces scènes de bagarre, de conflit, où l’être humain frappe son frère humain? N’a-t-on pas de spectacle plus digne à leur offrir ? Des touristes qui passent là par hasard sur l’avenue Mohamed V ou bien qui boivent leur café sur la terrasse de l’hôtel Balima doivent-ils aussi retenir ces images du Maroc, à côté de celles que leur proposent Paris Match ou M6 ?

Pour ma part, je pense que ces tristes spectacles de violence doivent être éradiqués de l’espace public. C’est un autre Maroc qu’il faut montrer aux enfants, aux citoyens et aux touristes qui traversent non seulement cette belle avenue Mohamed V mais également tout le pays.

Regard sur le cinéma marocain

juin 6, 2008

 

  

Au Maroc, on entend souvent dire que le cinéma marocain est nul. On nous dit souvent que les films marocains sont mal joués, mal filmés, embourbés dans les clichés des femmes, des années de plombs etc… Pour ce qui nous concerne, on n’est pas d’accord avec cette idée. Certes, il y a de grands ratés dans le cinéma marocain. Le film “Les anges de satan” aurait pu raconter avec plus de lucidité l’arrestation et l’emprisonnement de ces jeunes casablancais férus de métal au lieu de sombrer dans la caricature et dans l’apologie gratuite du journal TEL QUEL. Là il y aurait eu mieux à faire et n’est pas Costa Gavras qui veut. Le Maroc est riche d’événements politiques qui mériteraient d’être montré au monde entier dans leur intégralité et leur complexité. En même temps, cracher sur tout le cinéma marocain, non. D’une part, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Il n’existe pas de « cinéma marocain » qui serait « nul » en soi ou « bon » en soi. Il y a surtout des usages sociaux des œuvres cinématographiques par différents acteurs qui vont soit enjoliver, soit critiquer l’existant ; et bien souvent pour des raisons qui n’ont rien à avoir avec le contenu des films commentés. D’autre part, le cinéma marocain n’est pas un bloc homogène. C’est sans doute cela qui nous pose problème lorsque l’on entend dire « le cinéma marocain est nul». Il n’y a pas de cinéma marocain. Il n’y a que des films ; certains qui nous plaisent et d’autres qui ne nous plaisent pas. Sortons un peu du jugement et raisonons en termes d’affects. Arrêtons de particulariser le cinéma marocain dans une essence et regardons le dans sa diversité. C’est ce qu’ont essayé de faire les étudiants de 3e année de Com’Sup et leur enseignant M. Setti, en organisant une grande journée « La comm fait son cinéma » le jeudi 17 janvier au complexe culturel Touria Sekkat, auquel ont assisté et participé aussi les 1er et 2e années. C’est facile de critiquer mais plus difficile de se battre intellectuellement pour faire partager aux autres les choses que l’on aime. Certains films marocains posent des questions extrêmement importantes au sein de l’espace public, ou bien qui se lance dans un travail créatif qui mérite d’être souligné. Depuis Chergui de Moumen Smihi, mettant sur le même plan la répétition que le professeur impose aux enfants dans les écoles coraniques et celles de la mission, aux Larmes du regret avec Mohamed El Hyani, rappelant dans sens quasi-marxiste le poids des écarts de classe au Maroc, nous pouvons voir une grande pertinence dans les films marocains. Heaven’s doors des frères Noury est un superbe polar. C’est parfois très sombre mais ça vaut le coup d’oeil, avec un travail très important sur la psychologie des personnages. Dans Nancy et le monstre de Mohamed Fritès, le style serial killer des productions Troma côtoie le lyrisme des films égyptiens. Le charme de l’actrice Majdouline mélangé à une histoire burlesque et tragique à la fois donne à cet OVNI du cinéma marocain un ton absolument inédit. Certains passages de What a wonderful world de Faouzi Bensaïdi, où l’on assiste aux mélancolies amoureuses des protagonistes dans les nuits illuminées et musicales de Casablanca, sont également fabuleux. A un moment, il y a trois femmes qui dansent sur de la musique arabe dans un salon marocain et lors du plan suivant, c’est une danseuse hindoue qui fait bouger suavement son corps sur l’écran du cinéma Rif de l’avenue des Far. On est très proche du devenir universel dont parle Gilles Deleuze et sur lequel a beaucoup travaillé Wadii Charrad. Dans le film récent Les jardins de Samira de Latif Lahlou, c’est le problème du désir et de l’émancipation sexuelle de la femme qui est posé, ainsi que celui de l’hypocrisie dans laquelle de nombreuses personnes se retrouvent prisonnières à cause d’une tradition transcendante qui s’impose à eux et qui est inscrite dans leur chair dès la petite enfance. Ce thème est également présent dans Marock de Leila Marrakchi, qui aurait peut-être mérité mieux au niveau du scenario (parfois il y a des longueurs inutiles, de belles idées pas approfondies, des personnages qui mériteraient d’avoir plus de corps et parfois ça fait penser un peu au film Hell avec Sarah Forrestier, notamment au niveau de la fin). Il y a deux belles scènes néanmoins, notamment celle où la fille lance son cri d’amour universel à son fiancé, alors qu’ils sont tous les deux dans sa voiture au bord de la corniche en train de s’embrasser. Est-il cavalier de plaider pour une dépénalisation et une déstigmatisation sociale pour ce qui concerne les rapports amoureux ou des rapports sexuels hors mariage, à partir du moment qu’ils ont lieu entre des adultes consentants et attirés l’un par l’autre ? C’est ce que semblent parfois nous dire certains films marocains, depuis ceux de Nabyl Ayouch à Latif Lahlou. Dans Les jardins de Samira, les larmes de Sanaa Mouziane incarnent les désespoirs de toute une jeunesse qui est à la fois attachée à ses valeurs et souffre des effets que celles-ci ont sur leur vie. Qu’on le veuille ou pas, il est bon de montrer tout cela à l’écran, sans forcément apporter de réponse ou d’avancer des idées simplistes. “Pas des idées justes, juste des idées”, pour rependre une idée de Goddard citée par Deleuze. Quoi qu’il en soit, il y a dans certains films marocains un petit vent d’air pur qu’il est bon de sentir flotter sur son visage en sortant des salles obscures… 

 

 

 

   

 

Quoi de neuf au niveau de l’actualité ?

juin 5, 2008

Chargée en ce moment, l’actualité…Ah oui, nous dit-on, il se passe plein de trucs en ce moment…Le mariage musulman annulé en France car la fille n’était pas vierge, l’investiture remportée par Barack Obama, Roland Garros…Mais bon, nous, on est pas là pour donner notre petite opinion sur tout ça et dire ce qu’il faudrait faire ou ce que l’on en pense…Par contre – c’est important de le dire – il est l’heure…Oui, il est l’heure…DES TELETUBIS…C’est l’heure des Teletubis !!! Timkiwinki, Dixi, Lala, Poh…Ma fille les adore…On va mater ça ce week end, peut-être avec des glaces…Du pure bonheur…Dans ce monde parfois terrible, faut savoir profiter de ces petits rayons de soleil que vous offre la vie… 

 

 

Le cosmopolitisme de Nikos Kazantzakis

juin 3, 2008

Il fut un temps où je disais : celui-là c’est un Turc, un Bulgare, celui-ci un Grec. J’ai fait, moi, pour la patrie, des choses qui te feraient dresser les cheveux sur la tête, patron. J’ai égorgé, volé, brûlé des villages, violé des femmes, exterminé des familles. Pourquoi? Sous prétexte que c’étaient des Bulgares, des Turcs. Pouah! Va-t-en au diable, salaud, que je me dis souvent en moi-même en m’engueulant. Va-t-en au diable imbécile! Maintenant voilà ce que je me dis: celui-ci, c’est un brave homme, celui-là un sale type. Il peut bien être Bulgare ou Grec, je ne fais pas de différence. Il est bon ? Il est mauvais ? C’est tout ce que je demande aujourd’hui. Et même ça, maintenant que je vieillis, je te jure sur le pain que je mange, il me semble que je vais commencer à ne plus me le demander. Mon vieux, qu’ils soient bons ou mauvais, je les plains tous. Quand je vois un homme, même si je fais celui qui s’en fout, ça me prend aux tripes. Voilà, que je me dis, ce malheureux aussi mange, boit, aime, a peur; lui aussi il a son Dieu et son diable”

 

                                N. Kazantzakis, Alexis Zorba  

Comme nous pouvons le voir dans la citation ci dessus, les thèses deNikos Kazantzakis, l’écrivain grec connu pour ses romans “Alexis Zorba” et “La dernière tentation du Christ”, sont en faveur d’un monde cosmopolite, capable de transcender la folie des nationalismes de toutes sortes. C’est au nom de ces derniers que bien souvent on tue et on méprise celui qui n’est rien d’autre que notre frère humain. Les cultures, les nations, les mythes, les traditions enferment les individus dans ces “voiles épistémologiques” dont parle Gaston Bachelard. Ils font passer pour ”naturel” ce qui n’est que “culturel”. Avant d’être enfermés dans les frontières artificielles de la nation ou de telle ou telle culture nous imposant malgré nous ce que nous devons être ou penser, les individus sont des êtres humains, composés de chair, de sang, d’affects et de désirs. Le reste est quelque chose d’artificiel qui s’impose arbitrairement à nous et nous donne l’illusion de l’idendité. Bien sûr, on peut comprendre que suite au colonialisme ou bien face à une mondialisation qui a pour vocation d’imposer un impérialisme culturel, certains cherchent à construire une “identité” qui soit propre à une nation, à un territoire ou à un peuple. Toutefois, le danger est d’ occulter derrière des idéologies monistes, des injonctions prescriptives ou des stéréotypes ce qui relève de l’hybridité, du métissage, de la symbiose. Comme le disait Edward Saïd dans “Culture et impérialisme”, aucune culture n’existe à l’état pur. Toutes sont mélangées, hybrides, métissées. Les individus qui les constituent peuvent être tentés par le communautarisme, le nationalisme comme ils peuvent souhaiter s’orienter vers les multiplicités, les échanges, les mixités, les métissages. Comme le dit Kazantzakis, il faut laisser la liberté aux gens de choisir. Nombreux sont ceux qui composent leur propre existence (je n’ose parler de personnalité) à partir d’un ecclectisme qui leur est propre. Pour ma part, je pense être dans cette seconde nébuleuse de l’existant. Je suis né aux Etats Unis, d’origine grecque, naturalisé français et vivant au Maroc. Je crois au cosmopolitisme, à la diversité, au pluralisme. Cela n’implique pas que je sois relativiste et qu’il n’y a pas certaines attitudes que je peux trouver discutables. Mais cela relève plutôt d’attirance ou de répulsion vis-à-vis d’êtres humains singuliers et non pas de rejet de toute une nation ou d’une catégorie entière d’individus. Plutôt que plaider pour la pluralité des cultures, je crois surtout à la diversité des gens évoluant au sein de ces cultures. Celles-ci ne doivent jamais aboutir à ces monismes dogmatiques nuisant à l’épanouissement des individus, en les privant de leur liberté négative, c’est-à-dire d’espace au sein desquels personne n’a le droit de s’immiscer pour nous obliger à choisir. Ce que l’on fait au nom de telle ou telle religion dans le monde me semble parfois inadmissible. On enferme la pluralité de la vie dans des monismes transcendants. On dit aux gens qu’ils sont juifs, chrétiens ou musulmans et que donc ils doivent obligatoirement faire ceci ou cela. Pour reprendre les mots de Gilles Deleuze, les hommes oublient que c’est Dieu qui les a crées et se mettent à créer Dieu, à partir de leurs lectures privées et personnelles des textes religieux. A ceux qui parlent de Judaïsme, de Christianisme et d’Islam, nous répondons que nous ne croyons qu’aux judaïtés, aux chrétientés et aux islamités, c’est-à-dire à la pluralité de la vie. La vocation des cultures n’est pas d’homogénéiser le corps social en brandissant tel mythe unificateur outel morale dogmatique. S’il existe plusieurs cultures (et non pas plusieurs civilisations), je crois dès lors à la liberté dont dispose (devrait disposer) chacun des individus évoluant dans telle ou telle société .

Quelquesliens pour découvrir Nikos Kazantzakis

http://www.evene.fr/celebre/biographie/nikos-kazantzakis-6300.php (bref ; y’a quelques citations sympas, notamment sur son rôle de prof, qui sait se changer en pont et aider ses élèves à le franchir). En effet, pour Kazantzakis, le prof n’a pas pour rôle d’apporter un savoir dogmatique aux élèves mais plutôt de les amener à un stade de liberté où ils seront capables de penser et de sentir par eux-mêmes. Toutefois, comme semblent le montrer les pages de sa lettre au Greco, Kazantzakis est de ce point de vue plus proche de Nietzsche (ou du Gide des Nourritures terrestres) que de Kant)

http://www.theplaka.com/literature/kazant.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%ADkos_Kazantz%C3%A1kis

http://www.bookrags.com/biography/nikos-kazantzakis/

sur La dernière tentation du Christ, voir http://scepticismescientifique.blogspot.com/2008/03/la-dernire-tentation-du-christ.html