Archives pour mai 2008

Un hymne au pluralisme : les “American pie”

mai 30, 2008

L’expérimentation nous fait sortir du surcodage de tous ces énoncés tyranniques qui, dès notre enfance, s’ancrent dans notre chair et notre esprit. L’inconscient est une substance à fabriquer et non pas quelque chose que l’on doive enfermer dans des symboles, dans des dogmes. Il s’agit d’un espace social et politique à conquérir, à travers les connexions et les agencements que nous pouvons produire. Dans la série des American Pie, tous les rapports d’intimité qui viennent conclure la grande soirée de beuverie sont l’occasion pour chaque protagoniste d’expérimenter librement une infinité de plaisirs, de fantasmes, de sensations. Les personnages peuvent être à deux, à plusieurs, faire l’amour avec des gadgets (le 5e épisode va très loin dans ce domaine) ou devant des films pornos, avec des partenaires du même âge ou bien d’un âge différent (Finch et la maman de Stifler), avec des gens du même sexe, de sexe différent (voire assumant une certaine bisexualité, comme le montre le 2e épisode). Ils échappent l’espace d’un instant à toutes les conventions. On est par-delà tout normativisme moralisateur à connotation religieuse (plaidant contre les pratiques sexuelles hors mariage) ou machiste (réduisant le désir à la simple question de savoir si l’homme « s’est fait » la femme). Dans un même espace, il y a la co-existence de ceux qui vont avoir des relations sexuelles sans aucun sentiment (pure sensation charnelle) et ceux qui décident simplement de passer le reste de la nuit l’un dans les bras de l’autre (pur amour platonique, à l’image du footballeur romantique et de la chanteuse du 1er épisode). Il n’y a pas de norme majoritaire, d’étalon de mesure, de bonnes manières de faire. Juste des singularités, des différences, des devenir, des modes d’expérimentations. Ces derniers sont la sève du pluralisme et nous montrent que « les multiplicités de la production désirante peuvent faire sauter les formes sociales dominantes et majoritaires ». Les multiplicités sont ces flux qui échappent aux transcendances qui empoisonnent la vie. Leur existence est liée au respect des libertés fondamentales auxquelles chaque individu a droit, que cela ait trait à son corps ou sa conscience.

Sans doute l’un des plus grands combats qu’il reste à mener est celui de la reconnaissance de cette pluralité sociale dans un monde où des discours normatifs tentent de détruire, y compris par la violence physique, la diversité des modes de vie et de pensée.

G. Deleuze, F. Guattari, L’Anti-Oedipe, Paris, Minuit, 1972, p. 138.

 

Deleuze : une philosophie pluraliste

mai 30, 2008

Gilles Deleuze est l’un des grands philosophe du pluralisme. Il ne s’agit pas d’avoir des idées justes mais juste d’avoir des idées. La vie est empoisonnée par ceux qui cherchent de nouveaux dogmes, de nouvelles morales et veulent les imposer aux autres comme étant la vérité, la seule bonne manière de se comporter. Ca concerne tous les domaines, depuis les injonctions racistes et xénophobes que développe le nationalisme aux défenseurs hystériques de l’homéopathie ou de l’écologie. Tout cela conduit bien souvent à empoisonner la vie et à l’empêcher de s’orienter de manière immanante vers leurs propres choix. Combien de gens sont passés à côté de ce qu’ils auraient aimé être ou faire rien que parce qu’il y a eu quelqu’un pour leur dire “non, c’est ça et ça qu’il faut être, c’est ça et ça qu’il faut faire”. Marguerite Duras appelait cela le “ravissement”, c’est-à-dire le fait de se voir ravir sa vie à cause des manières de vivre que l’on nous impose. Pour Deleuze, la vie n’est pas affaire de prescription ou de signification. Il s’agit juste de bifurquer vers des protocoles d’expérimentation, des processus de subjectivation. Il s’agit de constuire des manières de vivre et de penser qui ne soient emprisonnées dans aucune morale, aucune prescriptions, aucun dogme, aucune transcendance. A partir du moment où l’on a quelqu’un qui nous dit comment se comporter, comment penser, comment faire, le pluralisme disparait et ce sont les rapports de domination ainsi que l’arbitraire des pouvoirs extérieurs à notre être qui prennent le relai. La philosophie de Gilles Deleuze, depuis ses livres sur Nietzsche ou Spinoza jusqu’à Pourparlers, en passant par des ouvrages co-écrits avec Guattari (notamment L’Anti Oedipe), nous montre l’importance  des multiplicités. Respecter la valeur de toute vie humaine, c’est la laisser se développer de manière immanante et accepter la diversité des modes de vie et de pensée qui peuplent le monde, en restant dans une optique humaniste.  

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