Un grand film du cinéma marocain : LE REGARD (2005) de Nourredine Lakhmari

mai 18, 2009 by lytter

Vendredi dernier, les étudiants du ciné club de COM’SUP ont organisé au Megarama de CaVendredi dernier, les étudiants du ciné club de COM’SUP ont organisé au Megarama de Casa une projection de « Le Regard » de Nourredine Lakhmari. Bravo et merci à Mohamed Setti, aux profs et aux gens de l’équipe pédagogique de COM’SUP qui ont soutenu et aidé à tout cela. Bravo et merci à toute l’équipe, spécialement à Lamia qui a eu le courage de prendre la parole et de présenter le film à la salle pleine (si l’on veut lutter efficacement contre le post colonialisme, c’est en commençant par faire faire les choses à nos élèves afin qu’ils soient acteur de leur vie professionnelle, et non pas faire à leur place, en les maintenant dans un état perpétuel de minorité). Après le film, il y a eu lieu un beau débat, avec la présence du réalisateur qui a répondu, en compagnie de deux comédiens de talents, aux questions que lui a posé le public venu en grand nombre regarder le film. Comme nous l’avons dit, nous n’avons pas aimé « Casanegra ». Toutefois, nous avons adoré « Le regard ». Il s’agit d’un des rares films à traiter des violences coloniales qui ont eu lieu au Maroc au moment de la décolonisation en 1956. Albert, photographe de guerre à cette époque, revient au Maroc quarante ans plus tard pour rechercher des pellicules qu’il avait cachées dans une maison. Il retrouve la boite qu’il avait enterré mais les films ne sont plus à l’intérieur. Dès lors Albert va partir à leur recherche, accompagné par ses souvenirs, par cette mémoire « tatouée » sur laquelle on voit apparaître progressivement les horreurs et les violences que les militaires ont fait subir aux populations marocaines. Albert cherche non pas la vérité (il la connaît ; on ne peut pas se mentir à soi-même) mais à montrer la vérité, à la faire ressurgir, à la montrer aux autres ce qui s’est passé. La honte d’être un homme l’a dévoré toute sa vie. La honte d’avoir rien dit, d’avoir assisté en témoin passif à toutes ces immondités. La honte d’avoir pactisé, d’avoir abdiqué, d’avoir reçu une médaille pour avoir photographié les « exploits » de cinq militaires français lors de l’indépendance du Maroc. Tout cela le ronge et il a envie maintenant de dire tout cela, d’arrêter le silence et de « pousser un cri ». La pellicule qu’il cherche contient les photos des violences et des humiliations que les militaires français ont fait subir. Elles sont éparpillées dans tout le Maroc, tantôt vendues dans les souks, tantôt rangées dans un album photo que l’on ouvre jamais. La force du film de Lakhmari est d’avoir su, à la manière de Walter Benjamin, se saisir d’un souvenir du passé (la décolonisation en 1956) et de le faire briller dans le présent (le Maroc des années 2000) afin de nous prémunir des dangers du futur (la victoire du post colonialisme dans le Maghreb du XXIe siècle). La colonisation a été une abomination et il faut montrer les dégâts qu’elle a produit sur les pays colonisés, sans pour autant rallier les thèses les plus réactionnaires prônant un nationalisme dogmatique et méprisant toute altérité ou toute mixité culturelle, une quête d’un passé pré-coloniale mythifié ou l’extrémisme religieux. En même temps, il serait aveugle de ne pas voir la diversité du regard que les militaires français avaient sur les Marocains. Le regard d’Albert, jeune photographe effaré et puis écœuré par les violences des soldats, n’est pas le même que celui d’autres soldats torturant les rebelles, de ceux des chefs militaires souhaitant qu’on les traite comme des prisonniers ou bien des infirmières de guerre luttant pour sauver les victimes de cette folie, quelle que soient leur nationalité. « L’Occident » est fragmentaire. Il ne s’agit pas d’un tout homogène qui verrait le monde arabe de manière uniforme et homogène. Ensuite, le film de Lakhmari a le mérite de ne pas verser dans le choc des civilisations et de ne pas montrer les Français et les Marocains comme deux entités antagonistes, déterminé uniquement par le conflit. Même si l’amitié n’est pas chose facile (y compris entre des gens de même nationalité d’ailleurs), elle est quand même possible. Le rapport de Robert avec le photographe qui l’accueille lors de son retour au Maroc et qui l’aide dans sa quête est fantastique. Il montre que la plus belle chose au monde est lorsque deux êtres arrivent à construire quelque chose en s’aidant mutuellement pour aller par delà leur faillibilité respective. Au photographe français qui n’arrive pas à se sortir de ses traumatismes de guerre et qui cherche ses pellicules dans tout le Maroc, le photographe marocain apporte sa connaissance de la langue, des endroits, des gens ainsi que son réconfort et son amitié (quoi de plus beau que l’amitié pour l’étranger). Au photographe marocain qui n’a pas les moyens techniques et qui surtout n’a pas la confiance en lui pour croire en la beauté de son art, le photographe français apporte et donne son matériel, tout comme il prend les photos magnifiques que son ami n’ose pas montrer et les fait découvrir aux autres à sa place. La scène de photo dans le cabaret, avec cette cheikhat dansant derrière le portrait de Marilyn Monro dessiné par Andy Warhol est prodigieuse. L’art est universel. Tout comme les bières que l’on ingurgite dans le cabaret, l’art est aussi quelque chose quelque chose que l’on partage, quelle que soit notre nationalité et notre culture. Les photos ne sont plus celles du français ou du marocain. C’est simplement le sourire de la cheikhat sur l’image en noir et blanc qui reste. Là encore on sent que le film de Lakhmari est proche des idées de Walter Benjamin sur l’œuvre d’art. Aux photos en noir et blanc prise lors de l’indépendance en 1956 et montrant la barbarie, avec les soldats français qui sourient en posant leur couteau sur la gorge de leur prisonnier marocain se superposent très difficilement celles prises dans les années 90, où l’on essaie de montrer rire et insouciance. Qu’on le veuille ou pas, l’humanité a été souillée par cette partie de son histoire, par ce qui a été fait à ce moment. La scène où Albert, rattrapé par ses souvenirs, se saoule avec ses frères marocains dans le cabaret est magistrale. On est par delà le complexe de l’homme blanc et de toutes les conneries de ce style prônant une culpabilité décontextualisée et moralisatrice. La fragilité des êtres est plus belle que le moralisme de ceux qui donnent leur leçon, quel que soit leur position ou leur camp. La vie est marquée par tout un tas de souvenir qui passent pas, par tout un tas de trucs qu’on aurait pas aimé avoir fait mais que l’on a quand même fait ; et c’est d’ailleurs ça aussi qui nous rassemble, que l’on soit Français ou Marocain. La fragilité et la complexité des êtres, capables de regarder le bleu de la mer en étant côte à côté après avoir été face à face. C’est sans doute cela qui fait la grandeur de « Le regard », qui est l’un des films les plus profonds du cinéma marocain des années 2000. sa une projection de « Le Regard » de Nourredine Lakhmari.

 Jean Zaganiaris, Enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP.

« Le côté obscur de la force » : la punition comme forme d’obscurantisme pédagogique

mai 2, 2009 by lytter

Journée d’étude organisée par la Section Langue Française du CPR de Derb Ghalef

  « La punition à l’école. Faut-il punir pour enseigner ? »

 

Mardi 5 mai – Amphithéâtre LOUDIYI – 8h30-12h15.

 

Le programme

  1. 8h30          Accueil                                                                    9h00          Allocution de M. Le directeur du CPR               

9h20          Discours d’accueil de la section langue Française

           Première intervention 

           Domaine philosophique 

           M. Jean Zaganiaris Professeur-Sociologue

9h4O         Témoignage sur la punition à l’école                                   

           Elève Professeur Section Langue française

10h20         Deuxième intervention  

                    Domaine psychologique

            Dr. Abdelaziz  ELGhazi professeur_ psychologue

10h40         Troisième intervention

           Domaine pédagogique

           M. Hassan Boushel,  Directeur du collège ibn Habous

11h00        Projection audiovisuelle sur la punition à l’école     11h30        Pause café                                                                 

11h50        Débat                                                                        

12h15       Clôture

 

 

  1.  N.B :    Parallèlement au séminaire, une exposition de  

                 Caricatures sera montée par les élèves professeurs de     

                 la section arts plastiques

Présentation de Jean Zaganiaris, Enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP

 

 « Le côté obscur de la force » : la punition comme forme d’obscurantisme pédagogique

 

 

 

            L’objectif de cette communication est d’apporter quelques questionnements philosophiques et sociologiques sur la question de la punition. Vous corrigerez toutes les bêtises que je pourrai dire dans des domaines de connaissances qui ne sont pas les miens et que les futurs professeurs que vous êtes maîtrisent à merveille. Même si ce que je vais dire risque de heurter certains, mon but n’est pas de plaider pour une vision anarchiste de la pédagogie. Un enfant, un élève, un étudiant ont besoin de règle de vie, de cadre, de repère, de code. Toutefois, les règles de vie, les règlements intérieurs font également l’objet d’usages sociaux et s’il n’y a pas d’intérêt à respecter les règles, les élèves ne les respectent pas. Dans ses travaux sur la sociologie du droit, notamment dans le texte sur la codification publié dans Choses dîtes, Pierre Bourdieu a souligné ce point. On n’obéit pas à une règle si l’on a aucun intérêt à y obéir. La punition – ou bien la sanction (on verra si ces deux termes ont la même signification) – est un des éléments qui fait que l’on a intérêt à respecter les règles fixées par le professeur ou par l’école. Toute société, y compris donc l’école, ne peut fonctionner correctement sans règles, sans lois. Celles-ci relèvent du domaine juridique ou de la morale, du domaine formel ou informel (je ne m’étends pas sur cette question) et fixent les droits et les obligations de chacun. L’école est une micro-société, au sein de laquelle les enseignants ont des objectifs à atteindre, des programmes de cours à effectuer, des connaissances et des compétences à faire acquérir, des comportements et des manières d’être à enseigner. Les écoles primaires, les collèges, voire les lycées et aussi les établissements d’enseignement supérieur, sont des micro-sociétés particulières puisque les écarts entre les individus majeurs, incarnés par les enseignants, et les individus mineurs, incarnés par les élèves, sont centraux dans les rapports sociaux qui caractérisent les acteurs qui la constituent. Un mineur est quelqu’un qui n’a pas l’âge d’être majeur et qui est donc sous la tutelle de ses parents, de ses enseignants, de l’administration scolaire. Pour Kant, dans le texte « Qu’est-ce que les Lumières », on peut rester mineur toute sa vie si l’on n’a pas la volonté et le courage de faire un usage autonome de sa raison. C’est d’ailleurs ce que dit aussi Abdellah Laroui, dans son travail sur la raison. Toutefois, nous reviendrons plus tard à Kant. Restons sur la minorité en tant qu’âge. Le fait d’être mineur et d’être à l’école conduit l’élève à être sous la guidance, sous la tutelle, sous les directives du professeur, qui est la personne majeure responsable pour mener à terme son éducation scolaire. Celle-ci doit d’ailleurs être distinguer de son éducation familiale, qui est à la charge de ses parents ou de ses tuteurs légaux. Le professeur – qui exerce un « métier » (j’insiste sur ce mot) -  est cet individu majeur chargé de la formation scolaire de ses élèves. A travers ses compétences, il a la mission de transmettre des savoirs aux élèves et de veiller à ce que ceux-ci puissent les acquérir selon la méthode qu’il a décidée d’employer. L’une de ses responsabilités est de créer un climat dans sa classe qui soit propice à l’enseignement, au travail. Ce dernier terme a d’ailleurs une racine latine commune avec le mot « torture » ; ce qui montre au passage que la tâche n’est pas aisée.

Le professeur est le garant du bien commun de sa classe et veille à maintenir la discipline nécessaire qui lui permet d’exercer ses fonctions, qui sont la transmission du savoir. Il dispose du pouvoir légitime de contrainte de par son statut. Il peut contraindre un élève turbulent à se taire, à faire ses devoirs ou bien à ne pas bavarder ou à ne pas taper son voisin. D’une certaine manière, le professeur incarne la justice dans sa classe ou dans la cour. Il incarne la justice au double sens du terme c’est-à-dire qu’il donne à chacun ce qui lui revient (punition/récompense) et il incarne celui qui sait trancher entre ce qui est bien et ce qui est mal (il est mal de frapper son voisin, de tricher, d’injurier, d’écrire sur les tables). La punition vient aider celui qui a la légitimité de l’appliquer à maintenir l’ordre, le respect mais aussi le bien être de tous. Si par exemple un élève fort qui frappe un plus faible n’est pas puni par le professeur, on est dans l’anarchie, dans cet état de nature dont parle Hobbes dans le Léviathan, ou bien dans cet état de violence incorporé dès l’enfance dont parle le romancier marocain Abdellah Taïa, notamment dans Mélancolies arabes (voir les scènes de violences au début, entre enfants). Alors – pour reprendre la question du séminaire – « faut-il punir pour enseigner ? ». Terrible question ! Je ne sais pas s’il faut punir pour enseigner mais la punition fait partie des fonctions de justice inhérentes à l’enseignant, confronté parfois à la dureté de « certains » élèves – j’insiste sur le mot « certains » – et aussi à la violence, comme l’ont encore montré récemment les actes graves qui se sont produits à Mohammedia il y a quelques semaines.

Toutefois, une confusion doit d’ores et déjà être évitée. Sanctionner n’est pas tout à fait la même la chose que punir. La sanction n’est pas tout à fait la même chose qu’une punition. La sanction est une peine qui est impliquée par la loi. Si l’on ne respecte pas la loi (je laisse de côté l’aspect arbitraire et injuste de certaines lois – vous avez la très belle pièce de Sophocle Antigone, qui aborde la question), bref si l’on ne respecte pas la loi, il y a la sanction qui tombe. Par contre la punition n’est pas tout à fait la même chose. Parfois, elle est synonyme de sanction et s’inscrit dans le cadre du non-respect de la légalité. Mais la punition peut être aussi synonyme de châtiment, et qui dit châtiment dit aussi mesure violente pouvant comporter soit un caractère arbitraire soit une dimension de cruauté et de sadisme. Michel Foucault a montré dans des pages pénétrantes le caractère abject de la punition, infligée par le bourreau (alors que la sanction pour non-respect de la loi est infligée par un juge, voire par un collège ou un jury). Il n’y a pas de punition sans un coupable à châtier et parfois c’est par les méthodes les plus abjectes que l’on construit un coupable, comme lors de l’inquisition, où l’accusé est amené non seulement à avouer sa culpabilité mais aussi à se sentir coupable au plus profond de son être. Il y a des gens très fort pour vous faire sentir à votre place votre culpabilité. Parfois, la punition relève d’un double caractère, physique et morale. On punit un enfant – qui est un être mineur, c’est-à-dire un être à qui on apprend à être responsable de ses actes – en le frappant, en le giflant pour telle ou telle raison. Puis à cette souffrance physique, on ajoute la souffrance morale que l’adulte inflige à l’enfant, en le faisant culpabiliser, en jouant sur sa conscience pour justifier la souffrance physique infligée. Là, on est très loin de la sanction en conformité avec la loi ; même si la frontière entre ce qui est juste et injuste, arbitraire et légale n’est jamais toujours nette et tranchée.

La punition peut être une forme de sanction juste, notamment dans les actes illégaux avec victimes, qui fait comprendre à l’enfant que la société dans laquelle il vit contient des règles, des lois et des valeurs qu’il doit respecter pour le bien commun de tous. De plus, le professeur a une fonction pédagogique dans la sanction, qui peut se traduire par un dialogue avec l’élève puni visant à lui expliquer le pourquoi de la sanction. Mais la punition peut aussi incarner – pour parler comme dans la série Star Wars – le côté « obscur » de la force, notamment quant elle verse dans l’arbitraire ou dans la cruauté. Il y a des formes d’obscurantisme pédagogique, qui consistent notamment à se servir de la punition comme d’un masque derrière lequel on cache ses propres limites d’enseignant. Alors je ne viens pas donner des leçons ici ; je ne me considère pas comme un modèle de vertu pédagogique et de spécialiste de la punition (notamment à cause de mon sal caractère ; mes élèves pourront témoigner). Mon but est juste de penser philosophiquement la question de la punition et de rattacher mes réflexions à celles de mes autres collègues présents ici ou bien à celles des élèves professeurs de la section Langue française du CPR de Derb Ghalef. Ce que je veux dire, c’est qu’enseigner, c’est un « métier », un métier difficile, qui implique tout un tas de chose que l’on peut faire plus ou moins bien. Préparer ses cours, gérer son expression orale, gérer sa classe (surtout dès la première séance ; si on la rate, après c’est dur de rattraper le coup au niveau discipline), gérer son stress, sa fatigue, gérer les moments durs de son existence face à ses élèves (qui ne sont pas censés les connaître). Le métier d’enseignant exige quelques fondamentaux sur lesquels on peut se rater, car la faillibilité est humaine, y compris chez l’enseignant. Par contre, si je me réfugie derrière la punition comme remède ultime pour palier à mes faillibilités d’enseignant, je peux vite aller vers l’arbitraire. Je ne dis pas qu’un un prof qui ne punit pas n’a qu’à s’en prendre à lui-même s’il gère mal sa classe ou bien qu’il faut culpabiliser les profs et dire que c’est la faute de l’enseignant si la classe est mal gérée. Il y a des moments où on arrive à gérer sa classe et d’autres non. Il y a des classes que l’on gère mieux que d’autres selon sa personnalité. Par contre, dans certaines circonstances, je peux verser dans l’obscurantisme pédagogique si je me sers de la punition comme d’un masque pour cacher soit mon inexpérience, soit ma paresse de préparer correctement mon cours, soit mon manque de motivation face aux ingratitudes qu’implique le métier d’enseignant. Il existe d’autres méthodes que la punition pour enseigner : respecter ses élèves, être à l’écoute, jouer de son charisme, avoir de la conscience professionnelle, prendre en compte les centres d’intérêt de l’élève, l’interactivité (la participation orale des élèves aux cours) etc… Il y a des méthodes pédagogiques non répressives qui sont universellement reconnues, que l’on soit au Maroc, en France, au Cameroun, en Grèce, aux Etats Unis, au Japon…J’en profite au passage pour envoyer paître les proverbes néfastes du style « Le marocain, c’est comme le cumin, il faut le presser à fond pour qu’il donne le meilleur de lui-même » ou bien « Le Marocain ne marche qu’à la carotte et au bâton ». Même s’il existe des spécificités culturelles propres au Maroc, que je respecte par ailleurs, je me refuse à croire que les enfants marocains soient dotés d’un code génétique à part, qui font que contrairement aux autres enfants, ceux là ne comprendraient qu’à la carotte et au bâton !!! Les enfants marocains sont des enfants comme les autres, qui font partie de ce que l’on nomme l’humanité. Si on les éduque dès l’enfance à ne marcher qu’à la punition et qu’à l’autorité, c’est cela qu’ils intégreront et c’est cela qu’ils seront prédisposés à reproduire lorsqu’ils seront adultes. S’il l’on veut par contre faire de nos élèves des futurs citoyens majeurs, au sens de Kant, capables de penser par eux-mêmes et d’être responsables, il faut donc briser cette logique et la remplacer par des mesures pédagogiques non répressives. L’activité d’enseignant – du moins, telle que je la comprends par rapport à mes propres activités en milieu scolaire – implique une remise en cause perpétuelle de notre travail, même s’il ne faut pas être aveugle non plus sur la dureté et sur l’absence d’éthique de certains élèves qui considèrent consciemment ou inconsciemment leur scolarité sur le même mode que l’enfermement carcérale et se comportent en conséquence. Ca nous arrange tellement parfois de croire que nos élèves sont tels que nous les voyions nous, avec nos yeux de profs. Ca nous arrange tellement de dire dans les conseils de classe que tel élève avec lequel nous avons du mal est indiscipliné, fainéant et qu’il doit être puni. La punition ou bien la menace de punition, qui est parfois une arme plus redoutable que la punition elle-même, est de ce fait une solution de facilité vers laquelle on peut aller, même si le prix est lourd à payer pour le système éducatif tout entier. En effet, si la punition est reconnue par les élèves comme une arme plus ou moins arbitraire utilisée par le professeur, y compris pour tenter de manipuler leur conscience, quelle est dès lors la valeur que ces derniers accorderont aux lois censées régir leur établissement ? Le but sera d’échapper à la punition, quels que soient les moyens, et non plus de respecter les lois et les règlements censés assurés le bien être de tous. C’est cette question qui me semble plus importante que les faux débats sur le rétablissement de l’autorité. Aujourd’hui, on se demande si l’on est trop laxiste, s’il ne faut pas revenir aux punitions sévères. Est-ce que c’est le fait de ne plus punir qui amène la violence dans les écoles ? Je ne suis pas sûr. L’autorité, la punition ne fonctionnent jamais sans une résistance et sans aussi une violence en retour des élèves. Quelles que soient les réponses à ces questions sur la punition, elles ne peuvent être que complexes et doivent tenir compte des différents facteurs et des causes plurielles qui expliquent une situation. Il serait bien naïf de suivre les paroles nostalgiques de ceux qui disent « c’était mieux avant, y’avait de l’ordre, du respect, de la discipline ». Soit ceux qui disent ça ne connaissent pas cet avant dont ils parlent, soit ils l’ont connu mais avaient une autre vision et surtout un autre un âge au moment de « cet avant » dont ils parlent. Je ne crois pas en une pédagogie réactionnaire qui se nourrit des nostalgies de l’ordre et de la discipline « d’antan ». Je crois en une pédagogie non répressive, respectueuse des conquêtes pédagogiques en termes de respect de l’enfant et capable de penser le bien être de la classe à partir d’une prise de conscience quotidienne et réflexive du lien symbiotique qui relit la singularité de l’enseignant avec la pluralité des personnalités et des opinions qui peuplent sa salle de classe. Je vous remercie.   

Virginie Despentes

avril 23, 2009 by lytter

La découverte de “baise-moi” a été un véritable choc. Ca a commencé à la réderie d’Amiens. Je tombe sur le roman, vendu pour trois fois rien. C’est l’édition originale. A l’époque je ne connaissais pas Virginie Despentes et elle n’était pas du tout médiatisée. J’avais pris le bouquin juste par curiosité. Puis quand je l’ai lu, j’ai pigé que là on était – au niveau littérature – dans une rupture très forte avec ce qu’il y avait auparavant. Le ton est donné d’emblée, avec l’idée d’une violence non marxiste et non révolutionnaire (la scène où l’une des deux filles discute avec un gauchiste est éclairante). La révolution est une utopie à la con. La vie est sombre, dure, cruelle, violente. La plupart des êtres humains sont mauvais, pourris. La scène du viol montre cela de manière très crue. Tout marche à la violence, au rapport de force et de domination. Tout est foutu d’avance. La vie n’est que du temps qui passe, au sein de laquelle on meuble comme on peut, en matant des porno, en se droguant, en tirant un coup, en écoutant de la musique. Les deux filles partent dans un voyage iniatique, où le seul intérêt est de bruler la mèche par les deux bouts. On braque, on tue. Il y a quelque chose de “Vivre vite” de Carlos Saura dans ce roman. Je ne dis pas que je suis d’accord ou que je rejoins cette vision du monde. je dis juste que là, il y a quelque chose de nouveau, qui est écrit également dans un style assez inédit. Puis après le film est sorti. Là encore, superbe, avec des actrices magnifiques et une BO décapante. Un petit bijou, avec quelques nuances par rapport au roman et certaines scènes supprimées. Du coup, j’ai bien accroché à Virginie Despentes. J’ai lu quelques autres romans. “Les chiennes savantes”. Puis “Teen Spirit”, qui montre un changement de ton assez important chez Virginie Despentes, et “King Kong Théory”, offert par les amis de Darkstar, qui est une réflexion autobiographe sympa (mais sombre). Et enfin, un autre grand livre de cet auteure, “Bye Bye Blondie”, qu’elle va se charger de mettre en scène avec Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle. Là encore, comme pour “Baise moi”, il y a là un grand chef d’oeuvre de littérature. C’est l’histoire d’une fille un peu SDF, marquée par un enfermement en HP lors de son adolescence, et qui tombe sur son premier amour devenu présentateur TV vedette. Les souvenirs remontent à la surface, accompagné de la musique des Cures, Béru, et joy division. Il y a une critique très forte du pouvoir psychiatrique, qui brise les vies en prétendant les soigner et qui construit des maladies aux patient qu’il embrigade. Les pages 54 et 55 du roman sont très fortes : le type diplômé de l’hopital psychiatrique va l’enfermer parce que son père l’a demandé, parce qu’elle fugue, parce qu’elle est punk. Comme le dit Bourdieu au sujet de la jeunesse, on est aussi le “fou” de quelqu’un ; la folie n’existe pas seulement en soi, sans les interractions sociales auxquelles elle se rattache. Le ton aussi change chez Despentes. Gloria, l’héroine, cherche un exutoire non pas dans la violence infligée aux autres, comme dans “baise moi” mais dans le suicide, la fin de la vie (p. 27). Toutefois, là encore, Despentes montre que ce n’est pas une solution et que dans la vie, il faut attendre toujours la suite, qui peut être constituer du meilleur comme du pire. Là c’est le meilleur, puisqu’elle tombe sur ex et que sa vie va changer. A travers ce roman Despentes montre que l’engagement punk n’est pas peut-être pas le meilleur moyen de s’insérer dans la vie, et que ceux qui vont au bout finissent mort ou à la rue, comme la narratrice du roman. La rage, la violence, l’arbitraire de la vie sont toujours là. la société est présentée comme une “jungle”, où chacun essaie de survir. Est-ce dans ce sens là que l’entend le ministre de l’immigration Eric Besson lorsqu’il parle de Callais et des migrants, dont le film “Welcome” donne une vision magistrale ? Bon revenons à “Bye Bye Blondie”. Il y a une vrai réflexion, comme dans le roman de C. Zina “Heureux les simples d’esprits”, sur l’aboutissement de l’engagement punk anarchiste. D’un côté, il y a ces idéaux allant de “not future” à ”vive l’anarchie”, cette sensation de liberté et ces soirées en “meutes”, en bande, avec l’alcool et la musique. Nos amis de dark star, là encore, se souviendront sans doute des soirées agitées entre la fin des années 80 et le début des années 90, où le menu était concert, pogo, méchante cuite, roupillon sur les plages de Cannes et délirs en tous genres, y compris dans les piscines, sur les toits et autres palais des festivals de cannes (ah la fameuse nuit où l’on a dormi en haut des marches du palais!!!). Bref , d’un côté il y a tout ce que permettait de vivre un contexte où l’idée même d’un Sarkozy président était inimaginable, où l’idée de liberté, notamment de liberté de pensée et liberté des moeurs (c’était l’époque de French Kiss ou du relax de FGTH), avait un autre sens qu’aujourd’hui, où les mots “liberté”, “libertaire”, “anarchie”, “insoumission”, “résistance” avaient un autre sens qu’aujourd’hui. Et de l’autre côté, il y a vers tout ce quoi peut mener cet engagement libertaire si l’on arrive pas à concilier avec les impératifs de la vie réelle, celle qui exige de bouffer, d’avoir un toit et de se faire des tunes. C. Zina le montre aussi très bien dans son livre. Y’a un moment où tu mets de côté les idéaux punks du style “j’encule le système” et tu rentres dans le rang, tu cherches un  job car tu en as marre des plans foireux, du froid de la rue le matin, des marques que laissent les baston, des dents qui jaunissent et des fringues qui puent. Du coup, on cherche des échapattoires qui permettent de pas trop virer ses idéaux en intégrant le système. On devient prof, par exemple, plutôt que commercial (Mon Dieu, comme je sens concerné par tout ça ; certains de mes élèves de COM’SUP comprendront – malhereusement – ce que je veux dire par là !!!). Virginie Despente l’écrit très bien : à un moment “un punk crêteux, bons disques, bonnes vannes” peut se transformer en une saison, se ranger et bosser pour payer ses crédits et faire vivre sa famille. C’est là le désaroi dans lequel se trouve Gloria, l’héroine, qui vit à 40 ans dans un monde qui n’est pas le sien : “Quand on était gamin, on se doutait que je ne serai pas heureuse. Mais à quel point j’allais être mal adaptée, on s’en rendait pas compte (…) y’a plus rien qui me convienne. Comme plein de gens tu me diras. J’aime pas les euros, j’aime pas les cd, j’aime pas les ordi, j’aime pas les mails, j’aime pas mon époque, j’aime pas ma gueule, j’aime pas les putes à la télé, j’aime pas bosser”. Y’a un moment où, comme dit Bernard Cantat “le joint, le cul lassent” et on est bien mieux avec sa petite femme ou son petit copain à se construire un avenir, penser à avoir des enfants dans un nid douillet, même si le monde dans lequel on est est sans pitié, sans aucune humanité, sans aucune chaleur, sans aucun confort, sans aucune possibilité de compréhension pour la pluralité des manières de vivre et de pensée. On se cherche des petits îlots de conforts et de bien être dans cette sombre mer mélancolique et sauvage qu’est la société. C’est un peu entre ces deux côtés que navigue le personnage de Gloria. Et en son de cloche, cette question récurrente : “qui aurai-je été si tout cela ne m’était pas arrivé”. Comme le dit Despentes après Sartre, on n’est rien d’autre que sa vie…et il faut faire avec

Jean Zaganiaris    

 

Adieu Abdelkebir Khatibi

mars 19, 2009 by lytter

Le Maroc a perdu cette semaine un de ses grands intellectuels, Abdelkebir Khatibi. Sociologue, écrivain, philosophe, politologue, cet intellectuel – au sens noble du terme – était d’une finesse et d’une profondeur rares. Mondialement connus, ses travaux parlaient de l’altérité, de la littérature, de sociologie, du champ politique marocain. Il avait une culture encyclopédique, depuis les écrivains français (Duras, Aragon, Barthe) à la civilisation japonaise. Ses romans et ses pièces de théâtre étaient des “îlots de résistance” au sens que Deleuze attribuait à ce terme. On se souvient du “prophète voilé”, pièce de théâtre contre le fanatisme religieux qui était aussi une attaque contre la théocratie de Khomeiny en Iran. Nous avons eu la chance de rencontrer Khatibi à trois reprises et de partager de précieuses discussions avec lui. La première fois c’était à un colloque du club Pen, avec Ghita el Khayat et Youssouf el Alami. Il avait présenté une conférence magistrale sur le rôle de l’écrivain en tant qu’intellectuel, porté par ses convictions et son souci de résistance. La deuxième fois c’était à son bureau, à Rabat. Nous avions passé une après midi à discuter de ses travaux. Je voulais en savoir plus sur son livre ”Chemins de traverse”, publié chez Okad. Il  y a quelque chose dans cet ouvrage qui m’avait fasciné. Quelque chose sur l’altérité et le pluralisme des valeurs qui est aux antipodes des discours idiots sur le choc des civilisations, sur le repli a-critique vers telle ou telle culture. Je lui avais dit que son oeuvre est très proche de l’intellectuel britannique d’origine russe sur lequel j’ai beaucoup travaillé et qui s’appelle Isaiah Berlin. J’avais fait le lien d’ailleurs entre ces deux auteurs au sein de ma thèse de doctorat – où le jury, composé entre autre de Jean Leca, avait apprécié les références à Khatibi. Il y a quelque chose d’humaniste dans l’oeuvre de Khatibi. Un respect pour la vie, pour le bonheur, pour l’amitié et la tolérance. Ensuite, nous avions parlé littérature : Proust, Joyce, Driss Chraïbi ainsi que de l’oeuvre du regreté Edward Saïd. Une belle après midi de discussion autour de références culturelles, dans un monde où les attaques capitalistes contre le système éducatif, avec toutes cette logique autour des compétences et des savoirs faire, risquent d’anéantir à jamais la notion même d’intellectuel. La troisième fois où nous nous sommes vus, c’était à l’hotel Hilton de Rabat, en compagnie de sa fille. Je voulais lui parler de mon projet de travail sur l’obscurantisme. Il était arrivé en avance et lorsque je l’ai apperçu dans le hall, il était en train de parler avec quelqu’un qui me ressemblait en croyant que c’était moi. Il y avait quelque chose de Woody Allen chez Khatibi. Une légèreté, un sourire, des situations. J’ai été très content de le connaître, d’avoir pu échanger des idées avec lui et de découvrir ses travaux. Adieu Khatibi…

Jean Zaganiaris     

Jean Zaganiaris, Penser l’obscurantisme aujourd’hui. Par-delà ombres et lumières, Casablanca, Editions Afrique Orient, 2009.

mars 7, 2009 by lytter

 

 image de la couverture réalisée par Aaziz Chafik

Quatrième de couverture

“Pour penser l’obscurantisme aujourd’hui, il ne faut pas croire qu’il existe en soi. Il ne s’agit pas de chercher une bonne définition ou une essence. L’obscurantisme n’existe que dans une perspective interactionniste. On est toujours l’obscurantiste de quelqu’un. L’obscurantisme n’existe pas sans des discours ou des acteurs sociaux, qui vont définir quelqu’un, personne ou groupe, comme étant obscurantiste. C’est « l’autre » qui nous définit comme étant « obscurantiste », en raison de nos paroles ou de nos pratiques, ou bien c’est « nous » qui désignons « autrui » comme « obscurantiste », si nous ne parvenons pas à accepter, voire à respecter sa différence. C’est pour cela que nous ne réduirons pas notre propos à l’opposition entre «Ombres » et «Lumières ». Les discours sur l’obscurantisme sont avant tout des pratiques sociales et non pas simplement une lutte acharnée entre le « bien », symbolisé par la pensée éclairée, par la raison, et le « mal », incarné par les préjugés, l’irrationalisme, l’idéologie.”

 

 

Nous avons le plaisir de vous informer de la sortie de notre premier ouvrage au Maroc, sur le thème de l’obscurantisme. Notre but a été de penser une notion apparement claire, opposée traditionnellement aux Lumières sur le mode de l’allant de soi. en fait, il nous a paru que ce terme est plus complexe qu’il n’y paraît. Il ne s’inscrit pas dans une essence mais ne peut être pensé qu’à la lumières des interactions sociales. Qualifier l’autre d’obscurantisme est tout d’abord une pratique sociale, aux composantes multiples. C’est pour cela que nous avons voulu penser l’obscurantisme aujourd’hui à partir non pas d’une définition mais d’une opposition qui est celle entre “monisme” et “pluralisme”. L’obscurantisme se retrouve dans les pratiques sociales qui refusent le pluralisme des modes de vie et de pensée existant et tentent d’imposer des vérités uniques, des dogmes, des moralismes religieux et non religieux. A ce sujet, comme nous l’avons dit dans le livre, il serait absurde de réduire l’obscurantisme à sa dimension religieuse, comme le font notamment les discours islamophobes. Il existe des formes d’obscurantisme non religieuses telles que la raison d’Etat, le machisme, le racisme, le capitalisme. Ce sont les jalons d’une réflexions sur tout cela que nous avons posé dans ce livre.

Le lecteur pourra lire les controverses que nous avons ouvertes avec la pensée de Laroui et de El Mandjra, ainsi que la discussion avec les travaux sociologiques de Khatibi ou de Ghita El Khayat, et verra qu’au delà des particularismes culturalistes que l’on entend trop souvent au Maroc, qu’un véritable dialogue interculturel est possible. L’obscurantisme au Maroc n’est pas l’attachement au religieux mais dans cet enfermement conceptuel que l’on fait parfois des Marocains, en les particularisant au nom de la nation, de la tradition et de la religion, au lieu de voir qu’ils font partie de ce monde commun que nous partageons tous. C’est cette ouverture qu’a voulu faire ce livre, par un auteur qui n’est ni tout à fait un des nationaux, ni tout à fait un étranger. Beaucoup de dualisme sont renvoyés dos à dos dans ce livre ; rejet de l’opposition Lumières/obscurantisme, Universalisme/particularisme, Universalisme/relativisme, Laïcité/théocratie, communautarisme/individualisme, capitalisme/marxisme…Comme le dit Deleuze, c’est “l’entre deux”, “le milieu” que nous avons cherché et pas un camp particulier, où nous réfugier…Ce livre sur l’obscurantisme – avec toutes ses contradictions, ses défauts, ses manques (on aurait dû citer Zakya Daoud et son livre sur Lamalif) - est un plaidoyer pour la pluralité des modes de vie et de pensée, dans un cadre humaniste. Il milite pour la diversité, la symbiose, l’ambivalence. Il est au domaine de la pensée ce que la bisexualité est au domaine des pratiques sexuelles. Il veut montrer que par delà les identités monistes et cohérentes dans lesquelles on enferme les êtres au nom de la tradition, de la morale, la vie peut être aussi constituée de métissage, de multiplicités, d’ambivalence, de pluralisme. Je reste ouverte avec quiconque veut discuter de l’ouvrage avec moi 

Jean Zaganiaris    

 

 

 

 

Mickey ROURKE, The wrestler

février 18, 2009 by lytter

Ce week end, on a vu le dernier Mickey Rourke. C’est un acteur dont on avait adoré la préstation dans des films tels que “L’année du dragon” ou “Rusty James”.  Cela fait plaisir de le voir revenir dans ce petit bijou réalisé par Darren Aronofsky. Le film raconte l’histoire d’un catcheur assez connu mais un peu précaire (un peu à l’image du boxeur de “Homeboy”), qui va faire un infractus après un combat particulièrement violent. Le film démarre en montrant la carrière de “Jam”, qui s’étale sur plus de vingt ans. Le type a dépassé la quarantaine mais a du mal à décrocher, tant avec les plaisirs intenses du ring qu’avec la préparation du show (la musculation, le brooshing, les uv, puis l’entrée sur le ring avec la musique et les applaudissements). Et après son arrêt cardiaque, il cherche à se raccrocher à autre chose, à sa fille qu’il a pas vu depuis des années, à un amour difficile, à un boulot sans inérêt. On l’aura bien compris, on est pas loin de la société du spectacle. La caméra suit l’acteur de dos, quand il rentre sur le ring, quand il rentre dans la boite de strip tease où bosse sa copine, quand il va voir sa fille, quand il rentre dans le petit local poisseux où il va exercer ses fonctions de vendeur. Tout ça est prodigieux. Le personnage de Mickey Rourke n’est pas éloigné de celui de la vieille dame de “Requiem for a dream”, qui veut passer à la télé et s’accroche à la spéctacularisation de soi, au prix même de sa propre vie. C’est sans doute cela la thématique première de “The Werestler”. Avoir quelque chose dans sa vie, qui lui donne sens. Avoir un sens à sa vie autre que celui de la chronologie qui mène de la naissance à la mort. Il y a quelque chose pour  ce catcheur qui est plus important que tout, que sa fille, que l’amour. Il est prêt à tout donner, à tout sacrifier pour les plaisir épprouvés sur le ring. Avoir un sens à sa vie peut avoir parfois un coût terrible. Le film attire l’attention sur ces passions qui peuvent donner une élévation à notre existence et être capables en même temps de nous détruire de la façon la plus brutale qui soit.    

Casanegra : un gros navet du cinéma marocain

février 6, 2009 by lytter

La semaine du 25 décembre, on est allé voir Casanegra au cinéma. On s’attendait à un petit bijou, d’autant plus que Le regard, l’un des précédants films de Lakhmari, était un chef d’oeuvre. C’était un très beau film sur les dérives du colonialisme au Maroc. Par contre, Casanegra s’inscrit plutôt dans le registre du nanard bombardé dans l’espace public à grands coups de pompe médiatique et auto-sacralisé un peu partout de manière a-critique comme le film réalité sur Casa. On nous dit “Allez le voir et le revoir, c’est génial etc”…Bon, faut arrêter un peu les conneries. C’est l’histoire de deux jeunes de Casa, avec leur galère, leurs états d’âmes, leurs rêves. Casanegra aurait pu être un bon film. Il y avait matière. Les belles images de la ville de Casa, avec son architecture particulière, les rêves brisés des deux amis, le sauvetage de tortue (sans doute la scène la plus intéressante du film), la tentation de la pègre (un peu à l’image de “Il était une fois le Bronx” de Robert de Niro), l’attention sur des problèmes de société (femmes battues, précarité des jeunes). Toutefois, qui embrasse trop finit par mal étreindre. Le film de Lakhamri s’enlise dans les clichés (la scène dans le cabaret est ratée, contrairement à celle de “Le Regard”) et dans un manque de structure profond, où les personnages du films ne semblent être que la bouche du réalisateur qui exprime telle ou telle de ses opinions personnelles sur la mendicité, la violence, la langue. La scène où l’un des personnages exprime sa rancoeur à l’égard d’une Casa où un bourge peut griller un feu sous pretexte qu’il a une grosse bagnole ou que les saoudiens viennent abuser des filles rappelle à fond celle de “La 25e heure” de Spike Lee…Toutefois, le film manque cruellement d’un scénario béton, d’un fil conducteur qui rassemble les parties éparses et aussi d’un certain recul. Ce qui est le plus génant dans le film est cette subjectivité érigée comme une sorte de vérité sur la ville, voire sur la vie. Il y a une “opposition de classe” radicalisé à l’extrême qui transparait tout au long du film et qui montre ce jeune amoureux d’une antiquaire (qui, au passage, a le tort de parler français et non arabe, ou bien d’aimer aller danser en boite de nuit !!!). On est loin dans “Casanegra” de l’éloge de la femme marocaine émancipée et indépendante !!! La seule femme forte est celle qui flirte dans le cabaret et sert d’objet de diverstissement aux hommes. Ce sont ces derniers qui sont érigés en personnages centraux dans “Casanegra”. Ce film est, disons le franchement, un film de “mec”. Pour reprendre Coluche, les femmes sont soit toutes des putes, soit toutes des vierges mais rarement dans l’entre deux (comme la cheikhat de “Le regard”, dansant derrière l’affiche de Marilyn). Rien que parce qu’elle est d’une autre classe sociale, la femme dont tombe amoureux l’un des héros du film  va le faire souffrire car lui n’est qu’un rejeton de la rue. Tout cela est accompagné d’un “nationalisme étriqué”, où l’image des français (qui sont pourtant divers et multiples à Casa) se réduit à celle d’un pervers qui débauche les pauvres petites casablancaises et où le darigea est érigé de manière normative comme la langue qu’il faut parler, alors que les langages sont eux-mêmes multiples, y compris au sein de la darija. Contrairement à “Le regard”, le refus du pluralisme de la vie, des cultures (voire de l’interculturalité, au sens de mixité, de métissage, d’hybridité ) est présent dans le film. De plus, la fraternité et l’amitié ont un sens particulier dans Casanegra. A aucun moment celui qui a trouvé la grosse liasse de pognon ne va la partager avec son ami. Cet absence de recul critique sur l’individualisme et sur les rapports pas toujours francs entre les deux personnages donne au film un accent très particulier (et du coup inachevé) sur ce qu’est l’amitié. Si ça se réduit à galérer ensemble mais ensuite chacun pour soi quand il y a une pépite, dans ce cas on peut remettre en cause ce que signifie l’amitié. La construction médiatique présentant Casanegra comme choquant ou trash n’est guère fondée (”Marock” va beaucoup plus loin au niveau de la radicalité, en bousculant les tabous de la société marocaine, ce que Casanegra ne fait jamais vraiment). On attend avec impatience son prochain film !!!

Un manifestant lance une chaussure contre le Premier ministre chinois

février 3, 2009 by lytter

J’ai trouvé ça génial. Dans un contexte où capitalisme et autoritarisme marchent main dans la main, il est bon qu’il y ait un peu d’air frais dans les facs, aussi traditionnelles soient-elles. Les JO de Pékin ont été une insulte au sport et il est dommage qu’aucun athlète n’ait eu le courage de dire publiquement quoi que ce soit sur place.

voilà ci dessous l’article sur yahoo

Un manifestant a lancé une chaussure lundi en direction du Premier ministre chinois Wen Jiabao qui prononçait un discours à l’université de Cambridge, au dernier jour de sa visite au Royaume-Uni, a constaté un journaliste de l’AFP. Lire la suite l’article

Le manifestant s’est levé et a lancé une chaussure de sport en direction du dirigeant chinois en criant “c’est un scandale”, avant d’être rapidement maîtrisé et expulsé de la salle, selon ce journaliste.

La chaussure est tombée à moins d’un mètre du Premier ministre qui s’exprimait sur une estrade dans une salle de concert de la prestigieuse université.

Le manifestant, un jeune homme d’allure occidentale vêtu d’un T-shirt, s’est également écrié: “Ce dictateur là-bas, comment peut-on écouter les mensonges qu’il raconte? Vous ne le contredisez pas”, avant de souffler dans un sifflet.

“Levez-vous et protestez”, a-t-il crié à l’adresse de l’assistance alors qu’il était évacué par les services de sécurité.

“Honte à toi, honte à toi”, lui ont répondu des spectateurs.

Impassible, le Premier ministre chinois n’a pas bronché pendant l’incident.

“Ce comportement méprisable ne saurait interférer dans l’amitié entre la Chine et le Royaume-Uni”, a-t-il déclaré, recueillant une salve d’applaudissements d’une salle apparemment composée essentiellement d’étudiants chinois.

Cet incident rappelle celui intervenu le 14 décembre à Bagdad au cours d’une conférence de presse de l’ex-président américain George Bush et du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki: un journaliste irakien s’était levé brusquement puis avait crié “c’est le baiser de l’adieu, espèce de chien”, avant de lancer ses deux chaussures sur M. Bush.

Un porte-parole de la police du comté de Cambridgeshire Police a indiqué que le manifestant avait été arrêté pour trouble à l’ordre public, sans plus de précisions.

Un des membres de la sécurité de l’université a déclaré que le protestataire n’avait “pas résisté” quand il a été reconduit à la porte de la salle.

Un surveillant a précisé à l’AFP que l’homme s’était levé et qu’il avait commencé à “protester”. Les membres de la sécurité lui ont alors demandé de se taire et de se rasseoir. Mais “il a continué, a enlevé sa chaussure et l’a lancée en direction de l’estrade… Les cris faisaient partie d’une protestation légitime mais lancer une chaussure, c’est quelque chose de différent”, a indiqué le surveillant.

Un porte-parole de l’Université de Cambridge a qualifié l’incident d’”extrêmement regrettable”. “Mais cela n’a pas gâché l’événement. Notre université est un lieu de débat, de discussions et de disputes respectueuses, mais pas pour lancer des chaussures”, a-t-il ajouté à l’AFP.

Le porte-parole a précisé que le protestataire avait agi seul, refusant de se prononcer sur son identité, et que son geste n’avait pas constitué de “menace sérieuse pour qui que ce soit à n’importe quel moment”.

La visite de M. Wen avait été marquée par l’arrestation de cinq militants pro-Tibet, dimanche lors d’une manifestation à Londres. La situation des droits de l’homme en Chine a été brièvement abordée par le Premier ministre britannique Gordon Brown lors de ses discussions avec son homologue.

Emeutes en Grèce : remettre en cause le monopole de la violence physique légitime

décembre 8, 2008 by lytter

Au début du XXe siècle, Max Weber utilise le concept de “violence physique légitime” pour définir le pouvoir de contrainte de l’Etat. Si c’est un particulier qui roue de coups un autre particulier car il l’a doublé dans la queue du supermarché, il peut être puni par la loi. Par contre, si c’est un policier ou tout autre agent de l’ordre qui donne un ordre, celui -ci peut utiliser la force pour l’exécuter. Toutefois, s’il y a une légitimité à l’ordre (qui a pour but de préserver les sociétés de l’état de nature), cela ne signifie pas pour autant qu’il faut cautionner tout et n’importe quoi au sein des sociétés dans lesquelles nous vivons et accepter toutes les violences dont nous pouvons être victime de la part des forces policières et militaires (ou autres d’ailleurs). Daniel Bensaïd parlait dans son dernier livre des abus des “démocraties policières” qui jalonnent l’Europe. Dans son livre sur l’histoire de la police, Paolo Napoli attirait l’attention sur le fait que cette dernière est en théorie rattachée à l’Etat mais qu’en réalité, elle s’est historiquement construite comme un corps qui a réussi aussi à avoir des domaines d’autonomie par rapport aux injonctions étatiques auxquelles il doit pourtant se soumettre. Récemment, un article sur yahoo attirait l’attention sur une fouille policière particulièrement dure, voire humiliante, au lycée Marciac (Gers), où les élèves ont été tous soumis à ces contrôles policiers visant à créer une prétendue peur salutaire (une bonne “insécurité” satisfaisante en termes de prévention). En Grèce, on a touché au drame avec la mort par balle d’un mineur, suite à des affrontements avec la police (voir les événements sur : http://berthoalain.wordpress.com/2008/12/07/emeutes-en-grece-decembre-2008/)

ce week end, des affrontements entre la société et la police grecque entachent tous le pays. Tous ces événements amènent à poser la question suivante : peut-on penser avec raison qu’il existe une violence légitime ? La violence est physique mais aussi symbolique (violence “douce” des humiliations verbales, d’un ton rude, d’une insulte, d’un regard méprisant). Toutefois, peut-on dire qu’elle est légitime ? Même si elle est exercée par des agents de l’autorité, mandatés par l’Etat, peut-elle être considérée comme légitime, c’est-à-dire comme ayant un bien fondé effectif ? Je ne crois pas. Toute violence est à banir de l’espace public. Il n’y a pas un seul pays qui peut se targuer de ne pas avoir d’exhibition de la violence légitime en son sein, et notamment de violence légitime policière. Il faut en finir avec cela et mettre en place des politiques publiques sociales profondes afin de faire disparaître le plus possible et sur une durée à long terme ces phénomènes sociaux que l’on éradique bien souvent brutalement et rapidement, par la violence. Bien entendu, nous ne disons pas que la violence exercée contre les forces de l’ordre soit légitime, notamment dans ces manifestations en Grèce. Ce n’est pas par la brutalité dans les manifestations que l’on va règler le problème. Le film “bataille à seattle” montre bien ça.

Nous le répétons. Il faut en finir avec l’exhibition de la violence au sein de l’espace public et repenser politiquement l’humanisme. Il faut que l’Etat revoit ses politiques publiques et impulse dans la société des conditions sociales évitant la plongée dans la violence. Le capitalisme ne peut qu’engendrer l’autoritarisme. Il faut revoir les politiques publiques de santée, scolaires, culturelles et créer un monde commun où les individus se sentiraient utiles, épanouies, importants, que ce soit au sein de leur travail ou de leur foyer.

Widad-Raja : quand foot et convivialité arrivent à être combinés grâce à la communication

novembre 19, 2008 by lytter

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Dimanche dernier, on est allé voir le derby Widad-Raja avec Thomas. Superbe match. Super ambiance. Ca chantait dans les deux cops respectifs du Widad et du Raja. C’était sympa de voir les deux camps de supporters encourager leur équipe. Côté communication, on a senti que les dirigeants ont fait des efforts pour éviter les violences des années passées. C’était beau de voir entrer sur la pelouse deux supporters du Raja et du Widad, et de les voir s’échanger les drapeaux devant les supporters. Ca, c’est de belles actions de communication. Je crois que ces actions symboliques pronant aux supporters l’amitié et la fraternité entre deux équipes rivales valent mieux que toutes les mesures répressives. Le foot, c’est aussi la convivialité et l’amitié pour l’adversaire. J’ai adoré voir dans les tribunes où nous étions assis un père de famille avec ses deux filles, une habillée en rouge et étant pour le Widad et une autre vêtue de vert et pour le Raja. J’ai trouvé ça génial, comme de voir les supporters du Widad et du Raja aller au stade ensemble le long du boulevard d’Anfaa. D’ailleurs, même si je suis pour le Raja, je me suis retrouvé lors de ce derby dans la tribune du Widad. C’était bien de voir que finalement les supporters de l’équipe adverses sont comme moi. Dans la tribune où nous étions, Thomas et moi, il y avait des familles vêtues de rouge, des jeunes, un papa et sa fille de trois ans sur les épaules, des filles avec le maillot du widad, une grand mère qui emmenait au foot ses petits enfants…J’ai trouvé ça merveilleux…C’est ça le foot et pas des hooligans qui font fuire les autres supporters et ne sont là que pour se mettre sur la tronche…Ces gens là il faut leur interdire l’accès des stades !!! Non, là les publics étaient géniaux…J’ai d’ailleurs fait le pari avec Thomas que si le Raja marque je crie hourra, même si on est dans la tribune du Widad…Bon dommage, ils ont pas marqué…C’est même le Widad qui a dominé, surtout sur la fin, avec deux actions très chaudes (et un bel arrêt du gardien)…Bon, j’espère que le derby retour sera aussi bon…en tout cas, cette fois ci, on sera dans le camp du Raja