cinéma : vous avez dit “populaire” ?

novembre 11, 2009 par lytter

  

Les salles médina ont mauvaise réputation. Pourtant, après avoir observé ce qui se passe à l’intérieur, force est de constater que l’on ne peut réduire entièrement ces lieux cinématographiques à l’image péjorative qu’ils traînent derrière eux.

 

 

Lorsqu’on cherche des lieux « fréquentables » au Maroc pour aller voir un film, on se tourne généralement vers les salles du Megarama ou bien vers celle du 7e art de Rabat. Toutefois, ces endroits sont loin d’être représentatifs de l’hétérogénéité des cinémas existant au Maroc. Il existe un grand nombre de salles « populaires » au sein des grandes villes du Royaume. Selon les chiffres du CCM, il y a à Casablanca le Rif qui compte 1030 sièges, le Ritz qui en compte 1000, Le Rialto avec ses1051 places et le Lutetia avec 1010 fauteuils, sans parler de celles qui, comme le Dawliz Habous, ont fermé. A Rabat, il y a le Royal et le Fairouz, comptant respectivement 1302 et 680 places (alors que la salle du 7e art en comptabilise 330). A Marrakech, à deux pas de la place Jama El Fnaâ et en plein cœur de la médina, il y a le Rif avec ses 2084 sièges qui passe un film hindou pour une poignée de dirhams. Tous ces endroits existent dans l’espace public urbain et sont visibles aux yeux de tous. Toutes ces salles de cinéma font partie du décors et sont là parfois depuis forts longtemps. Cependant, on sait encore très peu ce qui se passe à l’intérieur.

 

Salles obscures et lieux de débauche

Ces « cinémas populaires » ou « cinéma de quartier » ne sont pas très bien vus au Maroc. C’est ce que nous dit Meryem Ihrai, étudiante, membre actif de l’association Save Cinemas In Marocco : “Durant mon enfance, j’ai fréquenté des cinémas du centre ville comme le Rialto, Rif et Dawliz. A l’époque ces salles étaient fréquentées par des familles et avaient une bonne réputation. Maintenant c’est tout à fait le contraire. C’est vraiment dommage. Ce sont des lieux avec une architecture unique, un patrimoine culturel à sauvegarder“. Ces cinémas sont considérés comme des endroits mal fréquentés, voire dangereux. C’est ce que nous a dit une personne qui connaît bien l’avenue des FAR de Casablanca et qui parle du Rif comme d’un lieu de prostitution : « Vous voyez, les prostituées se mettent là, à ce coin de rue et elles attendent le client. Quand elles en trouvent un, elles l’amènent au Rif ; le type laisse un bon pourboire à l’ouvreuse qui les place dans un coin discret et voilà le tour est joué ». Comme nous avons pu le voir nous-même lors des cinq dernières années, au cours desquelles nous avons fréquenté régulièrement les salles de cinéma du centre-ville de Casablanca, il y a des projections où un couple entre au beau milieu du film, reste dans les fauteuils qui sont sur les côtés de la salle et sort avant la fin. Un samedi après midi, lors d’une projection dans un cinéma du centre ville de Casa, la lumière s’est allumée brutalement au beau milieu du film par inadvertance et la salle s’est amusée à faire des commentaires croustillants sur les couples surpris en train de se peloter. Une fois, il y a même eu une grande fille avec de longs cheveux bruns qui s’est mise avec un type au premier rang, juste sous l’écran, et tous les spectateurs  – c’est-à-dire la quinzaine de personnes présents ce jour là – ont vu qu’elle était en train de lui faire une fellation. L’année dernière le Rif a fait l’objet d’une descente de police et le cinéma a été fermé pendant quelques mois. Ces dernières semaines, ce cinéma a connu un relooking sérieux. Fini les films hindous et l’ambiance parfois glauque. Désormais, ce sont des longs métrages arabes ou américains qui sont diffusés et les billets sont contrôlés par un personnel en chemise cravate. En dehors de la prostitution, ces salles de cinéma n’ont pas bonne réputation à cause du manque de sécurité en leur sein. C’est ce que  disait déjà il y a quelques années le réalisateur marocain Latif Lahlou : « Le problème, c’est qu’il y a des gens des milieux populaires qui voudraient aller au cinéma de leur quartier et n’y vont pas car c’est dangereux ». Il peut y avoir des bagarres, sans qu’il y ait toujours quelqu’un qui intervienne. Le bruit est également une constante dans ces salles de cinéma. C’est ce que nous dit Mohamed Hassini, réalisateur de Two lakes of tears : Aller au cinéma au Maroc, c’est comme aller voir un match de foot. C’est différent de la cinémathèque de Paris où les gens vont au cinéma comme s’il s’agissait d’un lieu de culte et où il y a un silence quasi religieux“. Dans certaines salles, on peut voir également des gens fumer des cigarettes ou bien même des joints. Othmane, étudiant dans une école privée, nous relate ses expériences : « le samedi soir, j’adore aller avec mes potes dans les salles du centre ville voir un film à la con. On y va pour fumer et se payer des tranches de fou rire». Parfois, ce sont même des shamkaras qui arrivent à s’introduire dans la salle et profiter des fauteuils pour se reposer un peu de leur quotidien de la rue  Bref, il serait faux de dire qu’il n’y a pas du dévergondage ou de la violence au sein de ces cinémas. Mais notre enquête montre qu’il serait tout aussi faux de les réduire à cela et de stigmatiser les endroits « populaires » comme des lieux où tout le monde est violent ou débauché. N’oublions pas qu’il y a des avant-premières dans ces cinémas populaire, qui attirent une foule de spectateurs des classes aisées ainsi que des réalisateurs connus. Aziz Salmy, réalisateur de Amours voilées, nous déclare : «J’ai fréquenté ces salles de Casablanca et bien d’autres, qui malheureusement ne fonctionnent plus (Beaulieu, Kawakib , Mamounia Sherazad, Olympia à  Belvédère, Moulin aux Roches Noires) . Concernant le Cinéma Rif  de Casabalanca,  non seulement je fréquentais cette salle mais c’est là où j’ai fait la première de mon premier court métrage “Déjà vu”. J’ai donc une relation particulière avec cette salle . Quant au Rialto, j’y ai fait la première de mon troisième court métrage « Ayda », programmé au début des séances du film Les yeux secs. Pour ceux de ma génération, le Rialto fut une des plus belle salles et malheureusement, elle a beaucoup perdu malgré la rénovation. Il y a là peut-être une réflexion à avoir de la part des autorités pour réhabiliter le quartier tout entier ». Les publics qui fréquentent ces salles de cinéma sont donc loin d’être homogènes et les aspects négatifs que nous venons de décrire ne se déroulent ni à toutes les séances, ni de manière quotidienne ou régulière.

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Dignité des publics populaires    

Qui fréquentent les salles populaires du Maroc ? Si à certaines séances nous y trouvons des prostituées, des ivrognes, des drogués et des voyous, nous pouvons y voir également des étudiants, des personnes âgées, des mères et des pères de famille ou des gens tout ce qu’il y a d’ordinaire qui ont envie de découvrir un film au cinéma et se rendent dans ce type de salle car leurs ressources financières ne leur permettent pas d’aller au Megarama. D’ailleurs, lors de certaines séances de projection, il ne se passe strictement rien dans ces cinéma. Pas de débauche. Pas de violence. Pas de drogue. Rien, mise à part quelques rares spectateurs dans ces salles aux centaines de sièges vides. Samedi soir à Rabat, au Royal, il y avait une dizaine de personnes lors de la projection du film marocain « Kherboucha » et tout le monde regardait ce qui se passait à l’écran. Il en était de même il y a quelques années, lors de certaines séances du Rif le vendredi à 14h30, où il n’y avait que quelques amateurs de cinéma hindou dans la salle. C’est ce que nous dit Soraya, qui avait conscience de la stigmatisation péjorative de ce cinéma mais qui le fréquentait  à une époque uniquement les après-midi, pour être sûre de passer un bon moment avec ses amis: « Je suis une fan des acteurs hindous type Shah Rukh Khan…J’ai plein de dvd de lui chez moi et je venais au Rif quand il passait ses films ou bien ceux avec Aishawara Rai ». Nous pouvons voir d’ailleurs au passage que ce ne sont pas les achats de films piratés qui vident les salles de cinéma puisqu’il semble que ceux qui les fréquentent lors de certaines séances sont aussi ceux qui achètent les dvd à Derb Ghalef ou à Jutia. Quoi qu’il en soit, il y a bien des gens qui vont dans ces salles de cinéma pour y voir les films. C’est le cas de ces personnes qui, avant sa fermeture il y a quelques années, se rendaient le samedi après-midi au Mauritania, le cinéma de la médina de Rabat situé à l’avenue Mohamed V et qui est aujourd’hui un magasin improvisé de babouches made in China. Dans cette salle où on pouvait voir courir des chats le long des rampes d’escalier ou entre les fauteuils, il y avait un public fort nombreux qui venait les week end pour profiter des deux films que l’on passait à la suite pour le prix de neuf dirhams. Les publics des salles de cinéma populaires, c’est aussi la grand-mère avec sa djellaba blanche et son jolie foulard qui va voir un film américain romantique accompagnée de son petit neveu, c’est un père au revenu modeste qui amène ses enfants voir Jackie Chan, c’est un couple d’amoureux platonique respectueux de la tradition islamique et se rend dans les salles obscures juste pour être côte à côte loin du regard des autres. Le public des salles populaires est multiple et les ambiances qui y règnent peuvent aussi être conviviales. C’est ce que nous dit Zineb enseignante, à propos d’un cinéma de Marrakech qu’elle a découvert avec son mari lors de ses vacances: « Je me souviens que l’on tenait absolument à voir des films et il n’y avait pas encore le Megarama …Le film qu’il passait au Colisée on l’avait déjà vu…Alors on s’est rabattu sur un petit cinéma des quartiers populaire de Marrakech ; je crois qu’il s’appelait le Mabrouka …J’avais un peu peur du public que l’on pouvait croiser mais il n’y a eu aucun problème…Malgré la chaleur qu’il y faisait car il n’y avait pas de clim, l’ambiance était très sympathique ». De la même manière, les pratiques que l’on peut voir dans ces cinéma sont également très hétérogènes. Les couples qui s’y rendent n’ont pas tous les mêmes manières de se comporter et ces pratiques que l’on qualifie à tort ou à raison de débauchées existent non seulement dans les cinémas (populaires ou non) mais aussi dans les toilettes, les garages, des caves et dans tous les endroits un peu déserts susceptibles d’offrir un peu d’intimité à ceux qui la recherchent. Il en est de même des actes de violences, que l’on peut voir un peu partout au sein de chaque société. Par contre, ce qui risque de ne plus exister si les grandes firmes cinématographiques monopolisent toutes les parts de marchés et font fermer les cinémas de quartier, ce sont ces publics populaires, composites et culturellement hybrides, qui cherchent en dépit de leurs revenus modestes à avoir accès à des produits culturels et à en faire profiter leur famille.

 

Jean Zaganiaris (version longue d’un texte paru dans Le journal hebdomadaire n° 415, 31 octobre-6 novembre 2009)

 

ENCADRE

« Ces salles de cinéma ont une âme »

 

Nourredine Lakhmari revient sur sa fréquentation des salles populaires de Casablanca et ses projets pour leurs préservations.

 

-          Fréquentez-vous les salles de cinéma du centre ville de Casablanca ?

 

-          Oui, je connais très bien ces cinémas. Quand j’étais jeune, j’allais très souvent au Rif et au Ritz. C’est des lieux magiques. C’est des lieux qui donnent envie de faire du cinéma. Dernièrement je suis allé au Ritz, en face du Rialto, pour l’avant première d’un ami. Je fréquente toujours ces salles.

 

-          Que pensez-vous du fait qu’elles ont mauvaise réputation ?

 

-          Je me fiche qu’elles aient mauvaise réputation !!! Pour moi, ces salles de cinéma ont une âme, une histoire. Elles continuent de vivre malgré les difficultés et cela, c’est très bien.

 

-          Que faudrait-il faire pour les sauver ?

 

-          Le problème de ces salles, c’est qu’elles visent pas grand…Elles ne passent qu’un seul film…Parfois, c’est le même film pendant plusieurs semaines…Ce qu’il faudrait faire, c’est proposer quatre ou cinq films différents et rénover ces cinémas pour qu’ils aient quatre ou cinq salles…Avec mon associé, on envisage de racheter des cinémas du centre ville tel que le Lutétia…C’est comme ça que l’on va éviter de les perdre et de voir fermer des lieux mythiques.

Souad Guennoun et Omar Radi invités d’honneurs à l’école COM’SUP

novembre 5, 2009 par lytter

 Lundi après midi, nous avons eu l’honneur d’inviter Souad Guennoun et Omar Radi au sein du travail d’encadrement des projets associatifs des L2. Ces dernier nous ont parlé avec beaucoup de passion et de sincérité de leur parcours de militants et membres associatifs. Souad a commencé par évoquer son séjour à Paris. Arrivée à Paris en 1975 pour faire des études d’architecte (elle sera la première femme architecte au Maroc), elle peut évoluer dans un milieu culturel nouveau pour elle. L’expérience des squattes parisiens sera importante. Elle rencontre là bas des gens qui luttent contre une urbanisation sans âme et s’engage dans des projets associatifs visant à protéger l’environnement des villes. Dans ces squattes, elle rencontre des gens qui fuit la dictature de Pinochet au Chili : « Je discute avec des gens qui sortent de mon environnement historique : je prends conscience que je suis plus membre de la terre que marocaine. Je deviens internationaliste ». Ces rencontres la marquent encore aujourd’hui puisqu’elle cherche à mettre en place des associations entre le Maroc et l’Amérique latine, notamment à travers des documentaires sur la mémoire. Omar a ensuite pris la parole pour parler de ATTAC. Il a situé cette association dans son contexte internationale, en parlant de sa création en France en 1998 et de Porto Allegre en 2001. Puis il a parlé des structures du mouvement et des moyens de communication, que ce soit dans la rue ou sur internet.

 

Pour Souad, il est nécessaire, notamment dans un mouvement associatif, de faire ce travail de mémoire posant le lien entre le passé et le présent. Souad Guenoun fait de la photo et parle de la mémoire que l’image peut garder : « la photographie préserve ce qui a disparu physiquement aujourd’hui ». La mémoire ne suppose pas la vérité. Souad et Omar étaient d’accord là-dessus. Dans les associations au sein desquelles ils militent, telle que ATTAC, il n’y a pas le culte de la vérité, de l’autorité. Au contraire, il faut des débats dans une association. C’est ce qui fait avancer les choses. Après les débats, les gens des associations cherchent à aller par-delà le pour ou contre pour fédérer autour d’une cause.

 

Les intervenants ont fait des rappels historiques, en parlant de l’UNEM dans les années 70, mais ont aussi parlé de l’actualité en évoquant les débats internes et externes du groupe MALI. Omar nous a parlé de ce que signifie de s’engager dans un collectif et de s’impliquer dans la cité. Ensuite le débat a été riche avec les étudiants (que j’aurai aimé plus participatifs quand même, avec plus de questions, même si je les remercie pour leur grand intérêt). On a parlé de créer un BDE indépendant et autofinancé à COM’SUP, voire un syndicat étudiant capable d’être un interlocuteur efficace avec la direction. Mais cela implique une maturité et un sens de la justice ainsi que du bien commun de la part des étudiants qui vont s’impliquer dans cela. Souad a finit par une très belle citation : « Si on a pas conscience qu’il y a un monde commun qui nous appartient, on va pas s’impliquer pour préserver ce monde commun …Il faut résister à ce formatage qui réduit notre vie à bouffer, dormir, bosser et agir en dehors de soi pour le monde dans lequel on vit». Cette conférence a été brillamment animé par Linda Mokhtari et Saleh Halfi, qui ont su bien présenter les invités et les relancer par des questions.    

BiblioMonde

 

Souad Guennoun

 

Architecte et photographe marocaine.

Elle est née en 1956 à Casablanca (Maroc). Elle vit et travaille dans cette ville. Diplômée en architecture à Paris en 1981, elle ouvre, en 1986, le Cabinet ARC à Casablanca. En 1989, elle photographie le Casa des années 1930-1950 tout comme le quartier historique Bousbir qui sera ensuite démoli sans résistance. En 1990, elle débute un travail d’écriture et de relevés photographiques sur les enfants des rues pour l’Association Bayti à Casablanca. Elle collabore régulièrement à l’hebdomadaire marocain Le Journal pour lequel elle réalise des reportages sur des thèmes généraux ayant trait à la vie quotidienne et à la culture. Souad Guessoun est très engagée dans l’action humanitaire.

« Architecte de formation et de profession, elle débute en 1990 un travail d’écriture et de relevés photographiques notamment sur l’architecture disparue de Casablanca , l’architecture moderne au Maroc et sur la mémoire des espaces et des lieux. Cette première phase d’investigation sur les bâtiments ou les quartiers remarquables des cités marocaines est menée avec le souci de la découverte et de la réappropriation d’un patrimoine, qu’il soit “moderne” ou traditionnel, bien souvent en déshérence. Cette vision où l’architecte se mêle au photographe est particulièrement sensible en ce qui concerne Casablanca, ville à laquelle Souad Guennoun voue une affection particulière. C’est dans cette grande métropole qu’elle photographie, en 1996 , toujours sur le mode de l’enquête, les enfants des rues, Les Incendiaires (exposition individuelle itinérante), série à la fois tendre et sociale, puis ces fragments d’imaginaire,(édités en livre par les éditions Le Fennec), où elle laisse libre cours à sa relation poétique avec Casablanca. » (extrait de la notice de l’AFAA)

« Vous avez une formation d’architecte, vous êtes également designer, mais vous êtes plus connue comme photographe.
R : Je suis toujours architecte, mais les commandes ne tombent pas toutes seules. Par contre, c’est l’architecture qui m’a amenée à la photo car au départ, je faisais de la photo d’architecture pour laisser des traces des bâtiments anciens qui tombent en ruines et qui finissent dans les démolitions. Au début, je me promenais dans la ville et je faisais des croquis à la main, mais les démolitions allaient tellement vite que je n’avais pas le temps de terminer mon croquis, j’ai donc changé d’outil, je suis passée du crayon à l’appareil photo. Et comme c’était plus commode pour moi de travailler tôt le matin avant que les rues ne soient débordées par les passants et en raison des lumières, j’ai commencé à voir des enfants qui dormaient dans les entrées des immeubles et dans de petites cachettes dans la rue. Et c’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser à leurs conditions. À la fin, je me suis dit, ce n’est pas possible, je suis en train de faire des photos des murs alors qu’existent des enfants qui vivent dans la misère; c’est ainsi que j’ai décidé de changer d’objectif. » (extrait d’un entretien avec le Temps du Maroc, 23 février 2001)

Trois photos sur le site de l’AFAA.

Parmi ses publications

Les incendiaires de Tanger (L’œil-Tarik, 1997) : Un reportage photographique sur les enfants de Tanger.

 
artsvisuels/souad guennoun2.jpg Guennoun Souad
Maroc
  Née au Maroc en 1956
Vit et travaille à Casablanca (Maroc)
Diplômée d’architecture à Paris en 1981, Souad Guennoun rentre au Maroc pour y fonder son agence d’architecture, le Cabinet ARC.
Sensibilisée à son patrimoine, elle photographie le Casa des années 1930- 1950 ainsi que le quartier historique de Bousbir avant qu’il ne soit démoli. « C’est l’architecture,dit-elle, qui m’a amenée à la photo car au départ, je faisais de la photo d’architecture pour laisser des traces des bâtiments anciens.»
Ce travail sur l’architecture sensibilise Souad Guennoun à l’existence des gamins des rues qu’elle croise dans le Casablanca très matinal où elle déambule pour ses relevés architecturaux. En 1990, elle change d’objectif, pose son regard photographique sur ces enfants et réalise un reportage pour l’association humanitaire Beyti, basée à Casablanca.
Ce travail donne lieu à une exposition, Les Incendiaires, au Maroc, en France et en Suisse. Les photos de Souad Guennoun parlent ainsi de son fort engagement : elle s’intéresse aux diplômés chômeurs, aux gens des bistrots, aux femmes palestiniennes dans les camps de Beyrouth et d’Amman.
Souad Guennoun collabore régulièrement à l’hebdomadaire marocain Le Journal. Elle a exposé aux Rencontres africaines de la photographie de Bamako en 2001.
Elle photographie régulièrement les Forums altermondialistes de Porto Alegre. Enfin, elle prépare un documentaire sous forme photographique et vidéo sur la question indigène au Chiapas (Mexique) et celle des Berbères du Maroc, pour révéler la quête des minorités qui cherchent à garder leur intégrité sans pour autant sombrer dans le repli identitaire.

Quand le FUS se met à gagner …

novembre 2, 2009 par lytter

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Oublié le coup dur contre les FAR, où après un très beau match le FUS s’était incliné 1 à 0. Là, l’équipe rabati a aligné deux victoires d’affilé qui nous ont fait bien plaisir. Tout d’abord 1 à 0 contre le HUSA (l’équipe d’Agadir). Après avoir été dominé au cours de la première mi-temps et avoir bien su résister aux attaques, la vaillante équipe du FUS s’est mise à bien jouer en contre et cela a été payant à la deuxième mi temps. Précisons également qu’en fin de match, les joueurs de Rabat auraient pu marquer un deuxième but. Comme nous l’avons dit après avoir vu la qualité de jeu contre le WAC lors de la 1er journée (match perdu 3 à 2 mais avec un jeu superbe !!!), le FUS est peut-être une équipe parfois fragile (comme tout promu) mais elle a le charisme des «petits poucets» et surtout une combativité qui fait honneur. Elle me rappelle l’équipe de l’AS Cannes des années 80 et 90, qui faisait l’allé retour en Division 1 et 2, mais qui avait des joueurs qui en voulaient lorsque ils allaient sur le terrain. Elle me rappelle aussi l’équipe du football club d’Amiens, l’année de sa montée en 2e division en 1994. Cette envie de bien faire a été encore démontrée samedi 31 octobre lors de la rencontre contre le KAC de Kenitra. J’ai pu arriver au stade de justesse et voir ce match dont je garderai un souvenir précieux. Tout d’abord, j’ai suivi la rencontre avec le cop des supporters du FUS. J’ai fait la connaissance des membres de cette importante association qui a son siège à Diur Jamâa. Des gens très sympathiques qui sont venus au stade avec des tambours, des casquettes et des écharpes. Il y avait des jeunes, qui ont chanté tout le match. Il y avait des gens venus seuls et d’autres avec leurs enfants. Par contre aucune femme dans le coin où j’étais. Dommage. Des équipes comme le Raja ou le Widad comptent de nombreuses supportrices et cela rend encore plus beau la nature de ce public. Mais on verra aussi peut-être des supportrices du FUS en rouge et blanc venir acclamer leurs joueurs.

J’ai discuté avec une personne qui soutient le FUS depuis 1983, époque où il allait au stade avec son père et qui maintenant en 2009 est là avec son fils pour encourager l’équipe, tous les deux vêtus de rouge. J’ai discuté aussi avec un géologue à la retraite qui était là pour se détendre et voir gagner une équipe qu’il soutient depuis quelques années. Du coup, je me suis mis aussi à certains moments du match à chanter et à encourager l’équipe de vive voix. Le FUS a fait d’ailleurs une bonne entame de match. La domination était très forte, sans pour autant qu’il y ait des occasions de buts franches. Par contre, les chants et le bruit du tambour étaient là. Puis on commence à avoir quelques tirs et surtout un but de Dsouyat quelques minutes avant la mi-temps. Tout le monde s’est levé en acclamant. J’adore ce genre d’ambiance. On sent tout le stade vibrer. Même si ce dernier était loin d’être plein, la tribune était chargée d’une âme à ce moment et c’est ça qui est génial. Pendant la mi temps, j’ai discuté avec les supporters. Ca les a peut-être un peu surpris de voir un français qui est là à supporter le FUS mais pas plus que ça. La deuxième mi temps reprend et là le KAC se réveille. L’équipe est plus offensive et on accuse pas toujours très bien le coup. C’est dommage que l’on ait pas su se protéger en mettant un 2e but. Mais pour cela, il aurait fallu, comme me le dit mon voisin, ne pas se contenter de jouer avec un seul attaquant en pointe. Et ce qui devait arriver arriva. Le KAC égalise sur coup franc, avec une frappe magnifique. Sachons en effet rendre hommage à l’adversaire, qui a bien réagi en 2e mi temps. N’empêche que bon, moralement le but a fait mal. Et là j’ai trouvé géniale cette petite trentaine de supporters parmi lesquels je me suis trouvé par hasard. Les gens poussaient, acclamaient l’équipe. Ca, c’est vraiment magnifique. J’étais debout avec eux et j’encourageais moi aussi, à tue-tête (j’ai eu la voix enrouée toute la soirée). Puis dans le dernier quart d’heure, le FUS a essayé de reprendre les commandes du match face à un KAC opérant par contre et cherchant lui aussi une victoire. J’ai trouvé rageant une certaines stérilité devant le but, avec des maladresses parfois indignes d’une première division (opinion que l’on entendait sans cesse à haute voix dans les tribunes). Il y a des actions qui ont été tout simplement vendangées et il faut travailler cela à l’entraînement (je parle des centres qui sont ratés dans la surface car ils manquent de vivacité et de précision). Après il y a le fameux coup franc qui finit sur la barre du gardien du KAC. Il reste 4 minutes. On se dit que c’est fini et que c’est dommage de passer à côté de la victoire. Puis à la 92e minutes, c’est la délivrance. Le but de la victoire signé du brillant attaquant Assoufou, qui s’est battu tout le match avec un panache qui fait honneur à toute l’équipe et qui, tel un renard des surfaces, a profité d’une hésitation des joueurs du KAC pour filer au nez de tout le monde et inscrire le but de la victoire en fusillant le gardien. Ce qui s’est passé à ce moment dans le stade, je ne l’oublierai jamais !!! une explosion de joie !!! on s’est tout pris dans les bras !!! c’était de la folie !! Assoufou est venu devant la tribune où j’étais lever le bras de la victoire en faisant quelques pas de danse et des gens sont descendus l’acclamer !!! Vraiment génial !!! C’est pour des moments comme ça que je vais au stade !!! Il y a des moments durs (la défaite contre les FAR il y a quinze jours et celle contre le WIDAD) mais il y a aussi ces explosions de bonheur intense, où on extériorise sa joie avec les gens autour de nous, où l’on partage quelque chose de très très conviviale. Vraiment un très beau match. En sortant, sur la route qui ramène à Rabat, il y a une bagnole blindée avec des supporters qui étaient à côté de moi au stade (notamment un monsieur très sympathique, plutôt grand et mince, avec des cheveux longs et une barbe courte, qui vient à l’avance pour installer les drapeaux, les tifos, les banderolles et les enlève quand le match se termine), et les gens me proposent de me ramener en ville. Je ne vais pas les déranger et j’attends patiemment un taxi qui ne vient pas (j’ai pris le bus de Temarra). Par contre, je suis de tout cœur avec eux cette saison pour soutenir le FUS !!! Hé oui, cette belle équipe de rabat compte un supporter de plus dans ses rangs

Jean Zaganiaris, enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP, auteur de « Penser l’obscurantisme aujourd’hui », Casablanca, Afrique Orient, 2009.

 

pick up entre des deleuze et des nietzsche et autres devenirs

octobre 24, 2009 par lytter

Voilà ci dessous un poème écrit par Wadii Charrad, un étudiant qui m’a fait l’amitié de suivre mes cours avec beaucoup d’assiduité et avec beaucoup de regards critiques. Je garde le précieux souvenir de ces matinées où, connaissant ma ponctualité et mon désir de commencer les cours à 8h30 pile, il était là à 8h15, histoire de parler un peu des séances, de cinéma ou des auteurs comme Deleuze ou Sartre. Je lui souhaite la belle carrière artistique qu’il envisage de faire …Ci dessous, le poème nous invite à oublier l’immobilisme des identités figées du “je” et de suivre le courant, le flux de la vie, à l’image de ce bateau ivre chanté par Rimbaud. “Le fleuve du corps me fait flotter” nous dit l’auteur, qui nous propose un “envoutement” des sens  plein de cette joie dyonisiaque dont parle si bien Nietzsche.

 

“Je” se jette dans son humeur
Qui n’empêchera pas la révélation d’une stupeur,
Engageant des mouvements,
Mêlant des « événements »
« Gai savoir », « j’ »entends libérer,
Point de symptômes, point de pensées à imager
« Le fleuve du corps » me fait flotter
Sur des mystères reposants et gais
« Une affaire de vie » me porte et s’affirme,
Loin de touts les représentations et le « Dasein » qui enveniment
« Inter-être », « je » me dispose à vous,
« Homme qui se prend au sérieux », qui êtes-vous ?
Pluies ensoleillés, brumes précaires,
Faites-moi chavirer sur des céans éphémères
Provoquant ainsi l’illusion de l’unité,
Prémisse de vitesses fragmentées
Qui, telle une musique, foisonnent
« S’affectent » et non se cantonnent
Dans des « arborescences » rigides,
Dans une herméneutique perfide,
Dans des « micro-fascismes » arides,
Microclimats, envoutez-« moi »,
Arrachez de mes viscères les jugements du « sur-moi »
« Quelle erreur d’avoir dit le ça » !
Le résultat et là !
Misogynie et pornographie au quotidien
Triomphe du raisonnable qui momifie les humains
Le capitalisme, contrairement à « vous »,
A compris vos corps
Et vous récupère à mort
(In) continents malades,
Vibrez au son de la sensualité
De l’érotisme et de la curiosité
Que votre vie soit « fête »,
Sans substances illicites qui vous immiscent
Dans l’Idéal et dans les couples faux-métis
« La drogue fait délirer parfois,
Pourquoi je ne délirerai pas sur la drogue ! »
« Amour courtois », révèle-toi,
« Charme », reviens sans « Moi »,
Sans raison-lumière et sans « faire le point »,
Laisse couler ta pureté, ni plus ni moins
« Je » te quémande sans avoir à être servile,
« Dividualise » ton énergie volatile
Dans les « steppes » ET dans les campagnes ET dans les villes,
Donne un sens à la vie,
Sans être sensé,
Sans qu’il soit, par nous, recensé
« Dieu est mort »,
L’Homme ne s’en est jamais remis,
« mai 68 n’a jamais eu lieu »,
Le « nihilisme » non plus,
« Nous » sommes portés par des « flux »
Sonnez en nous instincts diffus,
Peuplez-nous d’un « monde »,
« Ré enchantons le monde »,
« Chacun a son propre monde »,
Une phrase psychanalytique immonde,
« Fuis en nous immobilité du nomade »,
Ne laisse guère place à une connexion sédentaire bavarde,
Mobilisant les gens qui, sans arrêt, clavardent,
Une « solitude souterraine »
Et non l’isolement qui coule dans nos veines,
Citoyens du monde,
« Devenez » « des êtres sans patrie »,
Ce ne sont pas des verbes au mode de l’impératif,
Ce sont « des verbes sans sujet » qui saisissent au vif
« je » fait fuir son sujet
Qui fait de « nous » des codes et des sujets
En ayant à se définir,
Nous passons pour des anonymes
« Ô peuple moléculaire »,
Délivre de nous de cet anonyme
Et dansons sur le rythme des « innommables ».
« Le voulez-vous ? »

Wadii Charrad

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Soutien à la presse marocaine

octobre 24, 2009 par lytter

Le métier de journaliste, comme le rappelle le très bel édito de Libération du samedi 17 octobre, implique en effet une déontologie et une éthique professionnelle. La presse ne peut diffuser de fausses informations ou bien révéler n’importe quoi qui puisse porter atteinte aux individus. Elle est un acteur qui agit au sein de l’espace public et de par le fait qu’elle communique publiquement, elle doir respecter les lois de la cité qui sont là pour garantir le bien commun de tous. Toutefois, est-ce que la régulation de la presse signifie pour autant sa mise au pas. est-ce que le respect de règles déontologiques implique la soumission des journalistes aux pouvoirs politiques ou économiques qui cherchent selon les mots de Naomi Klein dans “No logo” à “privatiser l’espace public”, c’est-à-dire à s’approprier personnellement un espace de communication qui est censé  appartenir à tous. Respecter une certaine déontologie journalistique ne signifie pas que la presse doit être “la muse enrolée” du pouvoir ou bien qu’elle doit raconter des récits sans polémiques censés satisfaire tout le monde. Etre journaliste, ce n’est pas contribuer à des journaux dont le contenu ressemble à des dessins animés du style de Dora ou des Télétubbies. Le public n’est pas un enfant à qui on raconte des histoires à l’eau de rose et, contrairement à ce que l’on pense, il n’est pas dupe de ce qui se passe autour de lui.

La presse ne s’adresse pas à une masse uniforme et homogène qui interpréterait de la même manière les informations qu’elle contient. Les publics sont hétérogènes et les appropriations varient selon les caractéristiques sociales des interprètes. C’est là que le journalisme s’inscrit dans ce que l’on peut appeler un espace public démocratique et qu’il contribue à la démocratisation de la cité, en informant de manière pluraliste et éthique les citoyens qui sont suffisament éclairés (notamment grâce à cette presse mais aussi en raison des facultés mentales qui sont propres à chacun) pour lire de manière critique les journaux qu’ils ont sous les yeux. Les gens peuvent adhérer ou non aux informations qui leur sont destinées, voire être indifférents à leur égard. Si l’on part de l’idée que les média sont des acteurs capitaux du processus de démocratisation entamé au Maroc depuis la fin des années 90, on ne peut pas leur repprocher de faire preuve d’esprit critique, notamment en parlant des éléments intolérables existant au sein de la société marocaine ou bien en apostrophant les autres acteurs de l’espace public lorsque des actes se fesant dans la sphère privé méritent d’être énoncés publiquement. La démocratie, c’est le respect de la liberté d’expression à partir du moment où celle-ci est au service du bien commun de la cité. Il ne faut pas instrumentaliser la notion de déontologie pour museler une presse qui joue son rôle critique dans l’espace public. Depuis le procès au caricaturiste Khalid Gueddar et au journaliste Taoufiq Bouachrine suite à l’affaire des caricatures sur un membre de la famille royale parue dans Akhbar Al Yaoum jusqu’à l’interdiction du journal Le Monde du vendredi 23 octobre, la presse au Maroc a connu une rude semaine !! Pour ma part, j’ai la chance de collaborer de temps en temps avec l’équipe du Journal hebdomadaire. Je ne remercierai jamais assez la grande journaliste et directrice de publication qu’est Kawtar Bencheikh, qui m’a formé aux techniques de l’écriture journalistique avec beaucoup de gentillesse et de patience, et qui m’a introduit auprès de l’équipe du Journal hebdomadaire, en m’invitant à certaines réunions de rédaction. J’ai pu connaître des journalistes professionnelles avides de contribuer à la démocratisation du Maroc. Ces derniers ont le souci de renforcer la dignité des citoyens de ce pays en rendant public les choses inacceptables mais en parlant aussi de ce qui fait la grandeur de ce pays tant au niveau de son histoire et de sa culture que des actes citoyens existant au son sein. J’ai été amené à fréquenter des journalistes qui sont l’honneur du Maroc, de par leur professionnalisme et la qualité de leurs écrits. Je pense à Hicham Bennani, à Laétitia Dechanet, Aziz El Yacoubi, Hicham Oudaïfa, Fedoua Tounassi etc, ainsi qu’à des gens qui sont passés par le Journal, comme Gypsie Allart ou Omar Brouksy. Depuis  quelques semaines, l’hedomadaire pour lequel travaillent ces personnes s’est vu ”menacé de mort” – pour reprendre les termes de l’éditorialiste Aboubakr Jamaï – suite à la venue d’un huissier pour notifier la saisie des comptes bancaires. La disparition de ce journal de l’espace public marocain serait une perte importante pour la société tout entière, y compris pour le pouvoir qui en perdant l’un de ses principaux critiques perd également une part de la légitimité du processus de démocratisation qu’il cherche à mettre en oeuvre et à exhiber publiquement sur la scène internationale.

 

   

THE WALL

octobre 19, 2009 par lytter

Alan Parker est un réalisateur qui nous a marqué à une certaine période, avec des films tels que “Birdy” ou “Angel Heart” (notre ami Nicos NSB se souviens bien de l’enthousiasme avec lequel nous foncions dans les salles de la côte à chaque nouveau film).

« The wall » est sorti en salle en 1982, à un moment où le mur de Berlin n’était pas encore tombé, et est bâti à partir de l’album des Pink Floyd du même nom. représente un coup de cœur que l’on a voulu passer, M. Brun et moi-même, aux étudiants de COM’SUP (du moins à la poignée de motivés qui ont pu venir ce vendredi après midi au Studio). Que représente « The Wall » ? Certainement pas un long métrage théoriciste dont il faudrait chercher la bonne interprétation. Il s’agit plutôt d’un énorme délire cinématographique qui, un peu à la manière d’une vague, vient heurter les émotions et le vécu du spectateur. C’est à partir de la subjectivité de chacun que les différentes visions (et donc les différents sens) de ce film se construisent. Les scènes où les dessins animés se mélangent à la réalité, où les visions apocalyptiques construites à partir d’un excès de drogue mélangent présent, passé et futur, sont prodigieuses. Je pense aux scènes tournant autour de la piscine, où Pinkie est en train de flotter dans un bain de sang après avoir péter les plombs sur une groupies à partir d’un souvenir douloureux lui rappelant la fin de sa grande histoire d’amour ou bien s’être rappelés les passages de son enfance où l’absence du père s’est faite cruellement sentir.

 

 

Pour ma part, j’ai vu ce film peut-être six ou sept fois, et chaque vision est ressentie de manière différente. Par exemple, la première fois que j’ai vu ce film, c’est en 1987. J’étais encore au Lycée (je commençais à m’enthousiasmer un peu culturellement), je connaissais les Pink Floyd, j’aimais bien faire la fête avec les potes et j’aimais pas l’ordre, les profs austères, l’autorité (ah le fameux cri anarchiste « vive libre ou mourir !!» des Bérus !!!, qu’est-ce qu’on l’a crié !!!). J’avais été sensible aux scènes où les étudiants fracassent les portes avec des chaînes, entrent dans un conflit parfois violent avec la police et s’approprient les espaces publics qu’ils détruisent ou incendient. Je me disais c’est super, c’est cela qu’il faudrait faire (sans jamais être passé à l’acte). Aujourd’hui, maintenant que je suis prof, je suis quand même sensible à ces scènes mais je les vois plus comme des métaphores, des images. « We don’t need no education, we don’t need no thought control ». Peut-être que ces paroles ne signifient pas que l’on doit tout laisser faire aux enfants mais qu’elles rappellent simplement que l’éducation n’est pas synonyme de dressage ou d’élevage animalier. La liberté, c’est pas l’anarchie ; c’est pas faire ce que l’on veut. C’est pas,  par exemple, se détruire, s’auto-détruire dans un  excès de drogue. Foutre le feu, tout casser, ça défoule peut-être mais ça n’a jamais rien changer non plus. Puis, comme le montre également le film, les fascistes aussi à un moment ils cassent tous, ils mettent le feu et détruisent tout. On pourrait transposer les mises en garde deleuzo-guattarienne de l’Anti-Œdipe à celles qui semblent surgir dans « The Wall ». Le film semble en effet mettre en garde contre cette tentation révolutionnaire qui peut se reterritorialiser sur le fascisme. Les mouvements visant à émanciper et à promettre la liberté peuvent se changer en dictature ; et de ce point de vue, « The Wall » est un film profondément anti-totalitaire, tant au niveau du fascisme et du nazisme que du stalinisme. C’est aussi un film qui interroge les régimes démocratiques. « The wall » fait étrangement écho aux thèses de Herbert Marcuse dans les années 60. L’image du mur ressemble étrangement à ces foules solitaires décrites dans « L’homme unidimensionnel ». Les démocraties ne sont pas uniquement cette image idéale que nous vante la théorie politique. Il s’agit de régimes pratiques qui ont eux aussi leurs limites. Ce sont les démocraties libérales de l’Europe qui lors des deux guerres mondiales ont fait des soldats de la chaire à canon. Ce sont les démocraties libérales de l’Europe qui ont inventé ces systèmes scolaires quasi-carcéraux où les enfants sont brisés par une discipline de fer, similaires justement à celle des camps militaires, où les soldats sont des machines programmées à obéir quel que soit l’ordre. Ce sont nos démocraties qui produisent toutes sortes de murs, derrière lesquels on se réfugie, on se camoufle, on se coupe des autres. La drogue, la télévision, l’enfermement chez soi, l’enfermement dans ses souffrances, ses souvenirs douloureux, ses échecs, ses angoisses et ses traumatismes ; tout cela forme les briques d’un mur que l’on dresse entre soit et les autres, entre soit et le monde. Et devenant ainsi, en mettant des murs entre soit et le monde, entre soit et la vie, on devient soit-même une brique, une brique comme toutes les autres briques de ce mur incarné par la masse homogène et uniforme des soldats prêts à mourir au combat ou bien de ces étudiants soumis à l’embrigadement scolaire et prêts à rejoindre docilement les rangs des entreprises.

Présentation de l’ouvrage de Jean Zaganiaris, “Penser l’obscurantisme aujourd’hui, par-delà ombres et lumières”, Editions Afrique Orient

octobre 8, 2009 par lytter

 

Mercredi 14 octobre 2009 à 19h – Villa des arts de Casablanca (discutant M. Thomas BRUN)

Vendredi 30 octobre 2009 – 18h30 – Librairie Kalila wa dimma (Rabat)

 Il s’agit de penser l’obscurantisme aujourd’hui à partir non pas d’une définition mais d’une opposition qui est celle entre “monisme” et “pluralisme”. « L’obscurantisme se retrouve dans les pratiques sociales qui refusent le pluralisme des modes de vie et de pensée existant et tentent d’imposer des vérités uniques, des dogmes, des moralismes religieux et non religieux ». Il serait absurde de réduire l’obscurantisme à sa dimension religieuse, comme le font notamment les discours islamophobes. Il existe des formes d’obscurantisme non religieux telles que la raison d’Etat, le machisme, le racisme, le capitalisme. Ce sont les jalons d’une réflexion sur tout cela qui sont posés dans ce livre.

Jean Zaganiaris est docteur en sciences politiques. Il est l’auteur de Spectres contre révolutionnaires, interprétations et usages de la pensée de Joseph de Maistre (XIXe-XXe siècles), Paris, L’Harmattan, 2006. Et avec Edwige Rude Antoine, Croisée des champs disciplinaires et recherche en sciences sociales, Paris, Presses Universitaires de France, 2005. Il est enseignant et coordinateur pédagogique à COM’SUP, Ecole supérieure de Publicité et de Communication.

 

Cette présentation à la villa des arts a été super sympa ; merci à toutes les personnes qui sont venues ce soir là ainsi qu’à l’équipe professionnelle pour son accueil (et le très bon thé à la menthe offert dans le jardin). Cela m’a fait plaisir de voir ou de revoir tout ce beau monde : Christiane, que je félicite pour la parution prochaine de son premier roman, les militants d’ATTAC, notamment Souad, Omar, Linda (qui ont posé des questions importantes et qui posent toujours des questions importantes à l’espace public marocain),  Mohamed Mouaqit (dont le dernier livre est passionnant), Abdellah Amallah, ainsi que les étudiants de l’école COM’SUP, qui ont pu voir un type spécifique de communication (conférence/débat) et qui ont, comme notre ami Reda, pu poser des questions sympa. J’ai été content aussi de faire la connaissance de certains lecteurs ou certaines lectrices, notamment de Marrakech, ainsi que de rencontrer M. Taleb, avec qui nous avons parlé foot.

Un merci particulier à Thomas Brun, qui a fait le modérateur de cette séance, avec talent et brio. La présentation du livre, accompagnée de citation de Camus et de Kant, m’a beaucoup plu.

Bon, en tout cas, c’était bien sympa tout ça …

Le FUS nous a encore fait vibrer !!!

octobre 3, 2009 par lytter

Après le match nul arraché de justesse contre l’OCK, les joueurs du FUS ont encore montré leur courage hier soir lors du déplacement à Safi en ramenant le point du match nul face à l’OCS, en égalisant par un superbe but de Jamal Tricky à la 81e minute. Ce que l’on aime dans cette équipe du FUS, à l’image de Montpellier ou de Boulogne dans le championnat français ou bien de Asteras Tripolis dans le championnat grec , c’est la tenacité des joueurs. Que ce soit contre l’OCK ou bien contre OCS, ils ne lachent rien et ils se battent jusqu’à la dernière minute. C’est une qualité qui mérite d’être souligné. Finalement, le fait de regarder des match de foot à la télé peut nous donner une belle leçon sur la vie. La vie, c’est comme un match de foot, presque comme un championnat (c’est toujours comme ça que j’ai pensé ma vie d’étudiants et que je pense mon métier d’enseignant; une année scolaire, c’est comme une saison de championnat). Dans la vie comme dans un match de foot, on fait une erreur, on paie souvent cache. Dans la vie, on a l’occasion de tout donner, de se battre, de faire tout ce qu’il faut et on reste quand même soumis à la contingence des choses. Lors de la 1er journée, le FUS a fait tout ce qu’il a pu contre le WIDAD. Ils ont ouvert le score, ils ont fait un jeu offensif et beau à voir. Cela ne les a pas empêché de perdre 3 à 2. Par contre, lors des rencontres contre l’OCK et l’OCS, ils se sont battus jusqu’au bout et ont été récompensés.

Hier soir, les deux équipes ont montré un jeu engagé, offensif, qui a fait plaisir à voir. Chacune d’entre elle aurait pu l’emporter. Un arrêt remarquable du gardien du FUS vers la fin du match a sauvé les joueurs rabatis de l’enfer mais eux-mêmes auraient pu aussi marquer dans les dernières minutes. On attend avec impatience le derby FUS-FAR et on ira encourager les joueurs au stade, en espérant que ça sera leur première victoire !!!

Libérer Roman Polanski

octobre 1, 2009 par lytter

L’affaire Roman Polanski rappelle étrangement les visions de Michel Foucault dans Surveiller et Punir, où la société capitaliste est présentée non pas comme une société permissive et libérale mais comme une société où la marchandisation des choses est conjointement liée à une répression accrue des êtres. Il est navrant de constater qu’un hommage fait à l’un des plus grands cinéastes se soit changé en une arrestation policière et est fini par un enfermement (le mot cher à Foucault). Bon, on va pas être les premiers et les derniers à crier Libérez Polanski mais bon on avait envie de le faire. On a adoré certains de ses films. Deux sortent du lot pour nous : Lune de fiel et la 9e porte. Tous les deux sont avec la superbe Emmanuelle Seigner, qui dans chacun d’eux joue le personnage de cette femme troublante, tantôt fatale (Lune de fiel), tantôt muse (La 9e porte).

Dans Lune de fiel, librement adapté d’un roman de Pascal Brukner, on voit l’histoire d’amour tragique entre un écrivain raté vivotant à paris et une jeune apprenti danseuse. Des payasages superbes de Paris (tels que l’on en voit aussi dans Frantic) sont accompagnés de la musique de Vangelis. Tout marche à l’expérimentation des plaisirs et des souffrances dans ce film savament orchestré par Roman Polanski.  

Dans la 9e porte, on voit les aventures d’un détective du monde des livres parti à la recherche d’un livre de magie noire. Plus que l’histoire ou bien la logique des choses, c’est l’athmosphère du film qui nous a conquis. Le monde est une bibliothèque dans laquelle on recherche un livre. Mais cette bibliothèque est aussi un labyrinthe dans lequel on se perd. Tout tourne autour de cela. Le héros, superbement incarné par Johnny Deep, voyage dans le monde sans savoir où il va. Il se perd, que cela soit dans les rues espagnoles et françaises ou bien dans les yeux d’Emmanuelle Seigner, qui l’accompagne tout au long de sa quête jusqu’au dénoument final.  

Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, de François Dosse

septembre 28, 2009 par lytter

François Dosse est connu pour ses livres sur l’histoire du structuralisme et sur les Annales ou bien sur Michel de Certeau ou Paul  Ricoeur. Nous venons de finir sa monumentale biographie sur Deleuze et Guattari, paru en septembre 2007. Nous avons beaucoup appris sur le processus d’écriture de ces deux auteurs importants, à partir des entretiens mais aussi du dépouillement d’archives effectué par François Dosse. La manière dont l’auteur parle de la rencontre entre Félix Guattari et Gilles Deleuze en juin 1969, des réunions de travail qui ont produit L’Anti-oedipe en 1972 sont saisissantes. On voit qui a trouvé tel ou tel concept, et comment les deux auteurs ont mis en commun les choses pour produire un ouvrage qui est écrit à deux mains, un peu comme un morceau de piano joué par deux personnes. Guattari était le « trouveur de diamant » et Deleuze « le tailleur » (p. 18). La richesse de l’ouvrage se trouve dans la contextualisation qui est faîtes de la trajectoire biographique et intellectuelle des deux auteurs. On se trouve plongé dans des événements tels que mai 68, les cours de Vincennes, les événements de la fin des années 70 en Italie, la polémique avec les nouveaux philosophes ou la controverse avec Badiou, la candidature de Coluche aux présidentielle, les séjours de Guattari et Deleuze aux Etats-Unis. Le pluralisme de la pensée deleuzo-guattarienne est mis en avant, avec l’idée de cette « culture de l’hétérogénéité » et des « multiplicités » dont parlaient les deux auteurs. On peut regretter certains faits importants absent de ce colossal travail, notamment la controverse avec Jürgen Habermas (dont Qu’est-ce que la philosophie a fait la critique cinglante)  ou bien les rapports avec Claire Parnet, avec qui Deleuze a écrit Dialogue. Il n’en demeure pas moins que ce travail biographique éclaire sociologiquement et historiquement une œuvre philosophique d’une profonde envergure, que l’auteur a su mettre en avant. On a recopié ci dessous un des plus beaux passages de ce livre, racontant une soirée au cours de laquelle Deleuze, qui ne supportait pas les sociabilités trop importantes et les mondanités, était venu retrouver Guattari chez lui :

 

« Lors de la longue dépression que traverse Guattari dans ces années d’hivers, Deleuze est là, présent : « Deleuze épuisé, ne respirant pas, m’appelle et me demande ce que je fais ce soir. Je lui réponds que je vais regarder la coupe d’Europe de foot parce que je suis dingue de sport. Deleuze me dit : « Je vais à une fête chez Félix, il faut être auprès de lui ». Je m’y suis rendu…Félix complètement hiératique, assis par terre regardant la télé, la finale de foot justement, et à ses côtés Gilles, qui aurait sans doute donné un doigt de sa main pour ne pas être là, devant le foot, à cette fête, lui pour qui être avec deux personnes était déjà une foule » (propos de Michel Butel, entretien avec Virginie Linhart et cité dans le livre de F. Dosse).

 

Jean Zaganiaris